Vous consultez : Le Typhlophile / Les Actes du Forum de l'U.M.A. - Juin 1997 - Atelier VII - Exposé : Les interfaces graphiques
Accès au contenu | Accès au au menu | Touches d'accès rapide du site

Les Actes du Forum de l'U.M.A. - Juin 1997

Quatre cannes blanches.

Lundi 11 décembre 2017 à 00:35:11 HnE

Tournois d'échecs pour déficients visuels

Chercher sur le site

Interroger Google

Logo de Google.


Photographie d'une machine unimanuelle à écrire le Braille.
Principalement utilisée pour la re-transcription braille. Pendant qu'une main procède à la lecture, de l'autre, il est possible d'écrire. La Perkins Brailler a été inventée par un Américain Frank H. Hall à la fin du XIXe siècle. Un clavier de 9 touches permet de reproduire les 64 symboles braille et d'effectuer toutes les tâches requises pour l'écriture. De construction robuste, elle n'a à peu près pas connu de transformation majeure et elle est toujours en usage malgré l'avènement des systèmes informatisés.





Typhlophile écrit en braille.
Une vitrine virtuelle à l'attention des AMIS DES AVEUGLES

Le Typhlophile / Les Actes du Forum de l'U.M.A. - Juin 1997 - Atelier VII - Exposé : Les interfaces graphiques

Table des matières

LES ATELIERS

Deuxième partie : Les grands défis

VII. Communications et technologie
Les interfaces graphiques

Introduction

Les deux tiers des aveugles en âge de travailler n'exercent aucune activité professionnelle. Plusieurs facteurs complémentaires au problème du handicap semblent à l'origine de ce phénomène. Dans un tel contexte, peut-on penser que les nouvelles technologies, et en particulier les interfaces graphiques, amélioreront les chances d'insertion?

L'objet de mon propos ne sera pas de fournir une liste exhaustive des interfaces graphiques et de leurs caractéristiques respectives. Il sera plutôt de montrer, de manière générale, dans quel sens vont les progrès technologiques.

Cette synthèse est le fruit, d'une part, de la consultation de la littérature, et, d'autre part, du travail d'évaluation réalisé par la FIDEV, reconnue en France comme centre expert par l'AGEFIPH. Nous montrerons en quoi ces avancées technologiques sont sources de progrès, mais aussi, quelles en sont les limites et comment, d'ores et déjà, en tenir compte.

Les interfaces graphiques : une innovation incontournable
Un essai de définition

Le concept d'interface en tant que tel est relativement réducteur, dans la mesure où il s'agit en réalité d'"interface utilisateur". L'interface est l'élément qui se situe entre la machine et l'utilisateur, d'où l'intérêt d'étudier "les rapports homme/machine". Néanmoins, nous garderons l'expression "interface" dans la suite de nos propos, afin de ne pas alourdir le texte. De plus, nous ne traiterons que des interfaces braille et vocales et n'aborderons pas les spécificités des logiciels de grossissement de caractères.

Lorsque nous travaillons en mode texte, le repérage dans l'espace est relativement aisé. Il suffit de décrire à une personne déficiente visuelle un espace en deux dimensions, comprenant vingt-cinq lignes et quatre-vingts colonnes.

Le graphisme est le résultat d'un agencement entre des points. On dessine les éléments qui apparaissent à l'écran. C'est là que cette représentation de l'espace n'existe plus. Un même caractère peut avoir des tailles très différentes. On s'exprime alors en pourcentage de la surface de l'écran. De plus, à l'écran, plusieurs informations peuvent se superposer.

Les interfaces graphiques se situent dans un contexte informatique global : en effet, Il est important de souligner que les interfaces graphiques sont le fruit d'une évolution globale du secteur informatique en général. En tant que personnes aveugles, nous avons l'impression, aujourd'hui, de revivre les difficultés qui ont été surmontées au moment de l'apparition de l'informatique.

Il n'y a pas si longtemps, le fait qu'un déficient visuel utilise un ordinateur paraissait être de l'ordre de la science fiction. On peut dire qu'à ce jour le défi a été parfaitement relevé. Néanmoins, avec le développement du mode graphique, une nouvelle inquiétude s'est installée. Nous sommes entrés dans une nouvelle "ère". Allons-nous parvenir à relever à nouveau ce défi?

Malheureusement, il s'agit d'une épreuve imposée. Les chercheurs et ingénieurs chargés du développement des interfaces graphiques sont en permanence dans une situation de "course poursuite" par rapport aux innovations informatiques pour les voyants. Lorsque sont apparues les premières aides techniques informatiques pour déficients visuels, il s'agissait de passer d'un mode texte à un mode accessible pour des personnes handicapées de la vue. Ainsi, il était possible de lire en braille ou de manière sonore, les informations proposées à l'écran.

Il nous faut à présent introduire une étape supplémentaire. L'information nous est maintenant présentée en mode graphique, illisible en tant que tel par les interfaces spécialisées. Il devient donc nécessaire de prélever "à la source" les informations en mode texte. Cette opération doit avoir lieu avant que WINDOWS transforme ces informations en mode graphique.

Ce qui nous amène à notre première question : le procédé que nous venons de décrire subsistera-t-il encore longtemps? La possibilité en sera-t-elle maintenue par les concepteurs? Rien n'est moins sûr. Toutes les applications ne passeront pas par le mode texte.

De plus, même dans les applications classiques comme WORD, il arrive, pour certaines opérations, que le logiciel ne transite pas par cette étape. Dès lors, il est nécessaire de contraindre l'écran à se "rafraîchir", afin de saisir l'information.

Un autre exemple assez courant peut être cité : celui d'ACCÈS. En effet, il s'agit d'une application que peut utiliser un déficient visuel, moyennant une interface graphique. Ceci est très important dans la mesure où de nombreux employeurs ont choisi ce type de base de données. Par contre, le développement, ou la conception de la base de données, n'est pas accessible à une personne handicapée de la vue. Il faut, en particulier, mettre les tables en relation les unes avec les autres à l'aide de la souris. Auparavant, on utilisait des lignes de commandes pour élaborer la structure de la base de données.

Il faut souligner que les concepteurs se sont attardés, voire dans certains cas focalisés sur quelques applications. Le traitement de texte le plus couramment utilisé, à savoir, WORD sous WINDOWS, a généralement été bien adapté.

Cela répondait à un réel besoin, car beaucoup de déficients visuels ont accès à des débouchés professionnels qui exigent l'utilisation de cette application. Ceci, bien que très positif, reste malgré tout insuffisant.

Si l'on souhaite ensuite travailler sur un tableur tel qu'EXCEL, les performances de certaines interfaces diminuent rapidement. Pour les travailleurs susceptibles d'occuper des postes nécessitant l'utilisation d'applications particulières, les solutions sont souvent assez pauvres ou requièrent des recherches importantes, à condition, toutefois, qu'une solution technologique soit possible. Par conséquent, on aura de plus en plus de difficultés à gérer les cas particuliers.

Les orientations des interfaces graphiques

Il est indéniable que les interfaces graphiques s'améliorent. Les moins performantes disparaissent du marché. Le nombre de manipulations à réaliser tend à diminuer.

Un essai de typologie des interfaces graphiques

On assiste aujourd'hui à la confrontation de deux logiques de conception différentes. En gros, on peut classer les interfaces graphiques en deux familles : d'une part, celles qui visent à reproduire l'écran tel que le voit un "voyant", et, d'autre part, à l'inverse, celles qui n'accordent à la fidélité à l'écran aucune importance particulière. Cette seconde famille tend à personnaliser l'interface. C'est le cas du matériel français, comme le VISIOBRAILLE, où par exemple, l'utilisation d'une application est facilitée par la création de "sous-fenêtres" ou par des liens entre les objets et les mots, ce que l'interface graphique ne permet pas d'emblée. D'aucuns diront que cette méthode nous renvoie aux appareils dédiés. Pourtant, il est certain qu'elle facilite grandement les manipulations. Cette même famille inclut également des adaptations telles que VIRGO. Là aussi, il s'agit d'une interface qui ne s'intéresse qu'à l'arborescence ou à la hiérarchie des informations.

La famille d'interfaces graphiques rendant compte de la représentation de l'écran comprend, entre autres, JAWS. Dans ce cas, on fait parfois appel à un accès multimodal, afin de combiner les différents modes de perception pour une meilleure représentation. En complément de JAWS, les recherches canadiennes proposent le "PANTOGRAPHE" qui apporte une information tactile, complémentaire à l'information vocale ou braille. Ceci nous paraît être un excellent outil pédagogique. Cependant, nous n'avons pas effectué d'évaluation pour un usage permanent et opérationnel.

Néanmoins, il nous paraît important d'insister ici sur le fait que, quelles que soient la logique et l'ergonomie choisies, il est important de toujours maintenir la même orientation, la même philosophie. Il est impossible de dire à l'heure actuelle s'il est préférable d'utiliser l'une ou l'autre de ces deux logiques. Cela dépendra, en particulier, des caractéristiques cognitives de l'opérateur, mais aussi et surtout, du travail qu'il devra effectuer.

En effet, si le travail est réalisé en équipe, et que l'opérateur handicapé visuel a besoin de communiquer avec son entourage professionnel en faisant référence à des informations qu'il doit décrire à partir de l'écran, il sera nécessaire de s'orienter vers des interfaces graphiques restituant parfaitement la disposition des informations à l'écran. Par contre, il peut être intéressant de se déconnecter dans certains cas de la représentation visuelle, dans la mesure où il est parfois difficile de représenter des informations "cachées" ou superposées.

Graphisme et performances des déficients visuels

A priori, les déficients visuels n'ont pas besoin de la souris. Il existe des "raccourcis de clavier" et des macro-commandes. Mais cette pratique sera-t- elle toujours possible? En effet, on est en droit de se poser cette question, dans la mesure où les voyants ne trouvent pas forcément un intérêt aux "raccourcis clavier". Ne devrait-on pas exiger que les concepteurs de logiciels prévoient toujours cette possibilité? Sinon, les développeurs d'interfaces spécialisées devront eux-mêmes, sans doute, s'en préoccuper.

Une autre façon de compenser l'absence de vision, dans le cas des interfaces graphiques braille, consiste à utiliser les "curseurs routine". Il s'agit de petits boutons placés au niveau de la cellule braille et qui permettent, par exemple, d'appeler le curseur classique. À notre avis, voilà un élément indispensable. Certaines interfaces exploitent mal ou sous-exploitent cette possibilité, et cela est dommageable.

On dit qu'en informatique, les personnes qui travaillent à grande vitesse n'utilisent pas la souris. Par conséquent, il est probable que les déficients visuels bien formés ne seront pas ralentis et qu'au contraire, ils puissent parfois être plus performants. Le travail d'observation que nous effectuons à la FIDEV permet de mettre en évidence des "stratégies de compensation certaines" que des personnes handicapées de la vue ont mises en place. Ceci est fondamental pour comprendre le niveau de performance qu'atteignent la plupart de ces opérateurs. Lorsqu'ils lisent en braille, les aveugles utilisent apparemment une région du cerveau normalement réservée au traitement de l'information visuelle, en plus du circuit cérébral habituellement sollicité pour décoder des informations perçues par le toucher. Le cortex visuel primaire, qui se situe à l'arrière du cerveau, intervient normalement dans le processus de vision. Des scanographies ont montré qu'il était activé dès l'enfance chez certains aveugles. Cela laisse supposer que le cortex visuel primaire pourrait aider les aveugles à améliorer leur sens du toucher. Pour Tim PONS, directeur de recherche en neurochirurgie à Winston-Salem (Caroline du Nord), il est trop tôt pour affirmer que le cortex visuel aide les aveugles à élaborer un sens plus aigu du toucher. Personne n'a encore démontré que les aveugles ont un meilleur sens du toucher que les voyants. Mais il ajoute que la transmission de signaux envoyés par les doigts au cortex visuel primaire pourrait, chez les aveugles, produire une sensation de vision ou de toucher, différente de celle perçue par les voyants.

Tout ceci est assez encourageant, bien que de nombreuses recherches restent à effectuer dans ce domaine. En effet, il est permis de penser que malgré l'absence de vision, nos opérateurs ont certainement des capacités cognitives particulières qui permettent de compenser tout handicap ou une partie du handicap. Il reste à mieux repérer et mettre en évidence ces capacités, afin de les développer et de mieux les exploiter.

Le rôle de l'apprentissage

Pour bien comprendre cette notion de "stratégie de compensation", il est important d'y associer celle d'apprentissage. Il nous semble fondamental d'insister sur cette dimension, car elle consiste à transmettre un savoir-faire permettant à l'utilisateur de compenser sa déficience. Le bon formateur sera celui qui se montrera en mesure de trouver les manipulations en adéquation avec la performance recherchée et la personnalité du stagiaire. Cette formation devra employer de bons outils pédagogiques, en particulier, des schémas en relief, afin que l'aveugle puisse palper concrètement ce qu'est une fenêtre d'écran, une icône, etc. De plus, il est faux de penser qu'il est plus difficile d'enseigner à un aveugle ce type d'aide technique. Simplement, il est important que le formateur intègre une tout autre logique pédagogique. Le problème de représentation de l'espace existait déjà sous MS DOS. L'esthétisme d'un document restera toujours quelque chose de difficilement gérable pour un aveugle.

Pour l'instant, de nombreux débouchés professionnels restent ouverts à condition que l'informatique soit un outil de type bureautique, et non une fin en soi. Néanmoins, il semble que les aveugles puissent encore s'orienter vers la profession d'informaticien, surtout voire même exclusivement sur les gros systèmes.

Va-t-on vers le "tout graphisme"?

Il s'agit d'une évolution quasi certaine; on ne voit pas pourquoi la tendance s'inverserait. De plus, cela permettrait, par exemple, d'éliminer la barrière de la langue. Le graphisme est universel et permet de proposer des logiciels directement au niveau mondial. La tendance au développement du graphisme n'est pas seulement perceptible dans le domaine informatique. Cela se vérifie également dans l'ensemble des lieux publics, gares, médias, etc. On a montré plus haut que l'évolution des interfaces graphiques dépend largement des tendances provenant du secteur informatique en général. Les raisons d'espérer en l'avenir résident essentiellement dans la normalisation. En effet, on constate que le nombre des produits utilisés (du type traitement de texte) tend à diminuer. Par conséquent, on peut penser que les adaptations seront certes difficiles, mais qu'elles seront utiles à une majorité de déficients visuels.

Mais puisque la normalisation doit constamment tenir compte des innovations, peut-on réellement parler de normalisation? Va-t-on, dans le futur, prendre en compte les minorités? Un effort a été fait avec WINDOWS 95 mais il reste de nombreux points d'interrogation. Nous sommes assez perplexes et notamment par rapport à la mise en marché éventuelle d'un nouveau standard, à savoir : WINDOWS NT. Ce dernier ne fonctionne pas avec les interfaces graphiques actuelles. Par ailleurs, il semble que de nombreux CD-ROM actuellement proposés ne sont pas lisibles par les systèmes spécialisés.

Conclusion

Il est clair que les aveugles ne profitent pas de l'aspect convivial de WINDOWS. Par contre, il s'agit d'élaborer des techniques et des stratégies, afin de rendre accessibles ce système d'exploitation et les applications qui s'y rattachent. Nous avons souligné une évolution positive des interfaces graphiques. Celles-ci sont de plus en plus multi-modales, permettant ainsi de bénéficier d'un maximum d'information par des canaux différents. La plupart des interfaces braille sont complétées par un accès vocal et inversement. Les personnes qui ne pourront utiliser qu'un seul mode de restitution - cela est surtout vrai pour le mode vocal- seront pénalisées.

Nous croyons qu'il est important de distinguer l'usage professionnel de l'usage domestique. Au niveau individuel, les utilisateurs souhaitent avoir un accès au graphisme pour les CD-ROM, mais cela nous paraît pour l'instant assez limité. Par contre, pour un usage professionnel, les progrès sont concluants, mais il est difficile d'établir des pronostics, ne serait-ce qu'à moyen terme. La question est de savoir si les chercheurs et les ingénieurs parviendront toujours à emboîter le pas aux innovateurs de l'informatique en général.

Nathalie Paris
FIDEV
(FRANCE)


Découlant également de cet atelier


Fac ut videam (Faites que je vois)
Le mot latin Fac écrit en braille. 
Le mot latin Ut écrit en braille. 
Le mot latin Videam écrit en braille.

Éphéméride du jour

Aucune éphéméride en déficience visuelle pour aujourd'hui.

Saviez-vous que :

Au cours des derniers siècles, dans différents pays, des hommes se sont penchés sur le problème d'un alphabet pour les aveugles. L'un des plus étranges est certainement cette méthode qui emploie des nœuds disposés sur une corde. Toutes sortes de lettres en relief ont été proposées, en bois, en cire, voire un alphabet réduit à des formes géométriques en relief.

TyphloPensée

« Si j'utilise les mains, c'est que l'amour est aveugle. »

Proverbe brésilien

Étymologie

Typhlophile tire sa racine de « typhlo » d'origine grecque et qui veut dire « cécité »; et « phile » veut dire ami, sympathisant, etc. Donc, Typhlophile veut dire l'ami des aveugles.

Un clin d'œil vers :

Haut de la page.

Politique d'accessibilité du site
[Certifier Bobby Approved (v 3.2). | Description]
[Validation HTML/XHTML du W3Québec | Valide CSS! | Ce document rencontre les conformités Valid XHTML 1.0 Strict]
DERNIÈRE MISE À JOUR DU SITE 20 janvier 2012
© 1996/2017; Le Typhlophile - Longueuil, Québec (Canada)

Pour vos commentaires et suggestions.