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Les Actes du Forum de l'U.M.A. - Juin 1997

Quatre cannes blanches.

Vendredi 15 décembre 2017 à 18:24:14 HnE

Tournois d'échecs pour déficients visuels

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Photographie d'une télévisionneuse.
Cet appareil permet à une personne mal-voyante d'avoir un accès direct à un document imprimé. Une caméra renvoie sur un écran l'image d'une portion de la page et des contrôles permettent d'ajuster la taille des caractères aux besoins du lecteur.





Typhlophile écrit en braille.
Une vitrine virtuelle à l'attention des AMIS DES AVEUGLES

Le Typhlophile / Les Actes du Forum de l'U.M.A. - Juin 1997 - Atelier VII - Exposé : L'adaptation de l'Internet pour les nonvoyants

Table des matières

LES ATELIERS

Deuxième partie : Les grands défis

VII. Communications et technologie
L'adaptation de l'Internet pour les nonvoyants

Introduction

Il est difficile de traiter de l'adaptation d'Internet pour les nonvoyants sans parler, d'abord, de l'autoroute de l'information, de sa réalité actuelle et de son avenir prévisible.

Je suis moi-même un nouveau venu sur Internet, j'y "navigue", selon l'expression consacrée, depuis moins d'un an. Depuis janvier 1996, j'ai travaillé à un projet d'adaptation d'Internet pour le Regroupement des aveugles et amblyopes du Montréal métropolitain (RAAMM). Mon initiation à Internet s'est d'abord faite en mode graphique, sous Windows, parce que j'ai un résidu visuel suffisant et qu'il s'agit d'un environnement beaucoup plus facile et intéressant.

Mais, compte tenu de l'objectif du projet, j'ai vite dû apprendre un chemin plus ardu qui permet d'accéder à Internet en mode texte seulement. Je connais donc bien les deux mondes et je suis en mesure de les comparer. De plus, mon expérience des douze dernières années dans le domaine des aides techniques à la communication pour les personnes ayant une déficience visuelle m'a été particulièrement utile pour relever ce défi.

Mais, avant de traiter des aspects technologiques de la question, j'aimerais faire quelques commentaires enthousiastes et critiques sur mon expérience d'internaute, de même que sur l'importance et la pertinence de ce nouvel outil de communication.

Le réseau des réseaux

Bien qu'Internet soit né dans les années 70, il n'a vraiment fait parler de lui que depuis quelques années. Récemment encore, il était réservé aux scientifiques et aux spécialistes de l'informatique, par qui et pour qui il avait d'abord été conçu. La percée "grand public" du phénomène varie selon les pays, mais on peut dire qu'au Québec, elle date d'environ un an et sollicite, il faut bien l'avouer, une clientèle généralement masculine, jeune et scolarisée. De ses origines, Internet a cependant conservé certains traits culturels sur lesquels il vaut la peine de s'arrêter brièvement.

Internet a vraiment été conçu comme un outil de communication entre individus. Une philosophie généreuse imprègne la culture des internautes, faite d'entraide et de fraternité. Il suffit de lire un manuel d'introduction au langage HTML, utilisé pour la programmation des contenus d'information à diffuser sur Internet, pour réaliser que celui-ci a été pensé et voulu dans une perspective inclusive, - et non pas exclusive comme bien des technologies. L'objectif était de rendre le contenu accessible à tous, quel que soit le mode d'accès utilisé, y compris et explicitement les personnes handicapées de la vue.

Comme internaute néophyte, j'ai découvert un réseau planétaire dans le plein sens du terme. C'est une réalité à la fois enthousiasmante et déconcertante. Enthousiasmante parce qu'on peut établir une communication instantanée avec une quarantaine de millions d'individus branchés à travers le monde, communication d'idées, de préoccupations, d'espoirs et de déceptions, de passions aussi, honorables ou dégradantes. C'est également une réalité déconcertante, parce que le réseau est dépourvu d'une autorité centrale, qu'il est le résultat de l'interaction entre les initiatives de millions d'individus et qu'il donne à certains moments l'impression d'un fouillis indescriptible d'informations, dans lequel on peut très bien se noyer.

Malgré tout, ce réseau, par un processus démocratique unique en son genre, s'est défini des règles de fonctionnement, une étiquette, une éthique particulière fondée sur le respect des libertés individuelles.

Les opinions individuelles ou minoritaires y trouvent un véhicule d'expression inespéré, d'où le foisonnement de groupes d'intérêt, de factions ethniques, de groupuscules politiques, culturels ou religieux... et pourquoi pas les aveugles, s'ils ont quelque chose à dire à leurs concitoyens? En ce sens, Internet fait concurrence aux médias de communication de masse, qui ont tendance à niveler les opinions. Dans cette perspective de concurrence, la démocratie du "Net" joue d'ailleurs un rôle de plus en plus influent auprès de nos autorités politiques et autres. Jamais, dans l'histoire récente, l'opinion individuelle ou minoritaire n'a-t-elle eu un tel véhicule pour tenter d'infléchir le cours des choses.

Mais, attention, Internet connaît actuellement une mutation qui pourrait le transformer profondément. En effet, l'initiative individuelle n'en est plus le seul moteur, car l'argent et le pouvoir s'installent et s'affirment de plus en plus sur le réseau des réseaux. Les entreprises, grandes ou petites, y prennent de plus en plus de place avec des moyens technologiques de plus en plus puissants. L'anonymat des consommateurs y est de plus en plus menacé et leur liberté d'expression et d'échange d'information est de plus en plus surveillée, au nom du droit d'auteur ou d'autres considérations morales ou politiques. Comment Internet résistera-t-il ou s'adaptera-t-il à cette invasion? Même les spécialistes hésitent à le prédire.

Sur Internet on trouve de tout, du meilleur et du pire, mais certainement de plus en plus de renseignements susceptibles de faciliter la vie quotidienne des personnes ayant une déficience visuelle : journaux, magazines, horaires télé, télé-achat, transactions bancaires, programmes des institutions culturelles, textes classiques de la littérature française, ouvrages de référence, etc. Qu'on s'intéresse à la musique, à la cuisine ou à l'astronomie, on trouve sur Internet une mine d'informations. Cependant, on prend vite conscience du fait qu'on n'est pas réduit au simple rôle de consommateur et qu'il n'en tient qu'à nous, ce qui est relativement facile, de devenir également diffuseur d'information.

C'est surtout, sans doute, pour jouer ce rôle que les aveugles francophones doivent être présents sur Internet : en effet, ne serait-ce pas là l'enjeu le plus important?

Qu'avons-nous à nous dire, à échanger, à partager entre aveugles? Comment les plus nantis parmi nous peuvent-ils répondre aux aspirations des plus pauvres? Comment pouvons-nous nous stimuler les uns les autres, nous entraider, collaborer? Qu'avons-nous à dire aux autres, à nos concitoyens au niveau local, régional, national et international, aux employeurs qui nous embauchent ou qui nous boudent, aux politiciens qui nous ignorent, aux institutions sociales ou culturelles qui ne tiennent pas compte de nos besoins d'adaptation et qui érigent des obstacles parfois infranchissables à notre intégration pleine et entière? Qu'avons-nous à dire, enfin, aux concepteurs de ces technologies qui envahissent notre quotidien et qui nous laissent souvent en marge, faute d'avoir prévu des avenues permettant l'adaptation à nos besoins?

Voilà quelques bonnes questions qui méritent réflexion et dont les réponses justifieront, ou non, les efforts que nous consacrerons à apprivoiser et à adapter Internet.

Défis posés par le développement de la technologie et son adaptation

Le premier défi technologique important qui concerne les nonvoyants est celui de l'accès aux interfaces graphiques. Bien sûr, les anciennes infrastructures en mode texte sont encore disponibles et devraient survivre encore quelque temps, surtout dans les universités, où les équipements se renouvellent plutôt lentement. Dans le contexte actuel, c'est d'ailleurs l'approche que nous avons privilégiée dans le cadre de notre projet d'adaptation d'Internet, compte tenu du prix souvent inabordable des équipements et des adaptations capables de supporter Windows pour les nonvoyants. Pour ce qui est des fournisseurs commerciaux de services Internet, à quelques exceptions près, ils sont tous exclusivement graphiques.

Ce n'est pas par mauvaise volonté que les interfaces graphiques se sont imposées sur Internet, mais parce qu'elles permettent un accès multimédia qui rend les contenus beaucoup plus attrayants pour ceux qui peuvent y accéder. Mais, que vaut le multimédia sans image pour une personne aveugle? Marshall McLuhan ne disait-il pas que "le médium est le message"? Le multimédia n'est pas seulement du son et de l'image plaqués sur un texte, lequel pourrait très bien s'en passer. C'est une autre façon de dire les choses et de communiquer. C'est la différence entre le cinéma et la littérature. Même si une personne aveugle peut préférer la littérature au cinéma, parfois trop visuel, il reste que bien des contenus cinématographiques ne sont pas accessibles sous une autre forme et qu'une personne se coupe de tout un pan de la culture contemporaine si elle renonce au cinéma. Un accès sonore au cinéma ne vaut-il pas mieux que pas d'accès du tout?

Le cinéma est un loisir, donc par définition, quelque chose de relativement facultatif. Quant à Internet, il fera bientôt son entrée dans tous les foyers, ou presque, comme la télévision... et cela, beaucoup plus vite qu'on ne croit, du moins, dans les pays développés. Lorsqu'Internet sera devenu aussi indispensable que le téléphone, un accès sonore à l'Internet multimédia sera-t-il mieux que pas d'accès du tout? Un accès sonore sera-t-il suffisant ou faudra-t-il recourir à une approche ressemblant à la télévision descriptive? Pis encore, on expérimente de plus en plus la "réalité virtuelle" qui permet de se déplacer dans un contenu comme dans un environnement en trois dimensions. Pour les internautes aveugles, faudra-t-il inventer un nouveau type de canne blanche qui leur permette non seulement de se déplacer dans ces nouveaux environnements, mais aussi de les explorer et de les toucher pour être en mesure de les apprécier? Pour l'instant, ce n'est souvent qu'un jeu, donc encore quelque chose dont on peut se passer, mais il n'est peut-être pas si loin le jour où on accédera à son compte bancaire en simulant la façon dont on se rend, physiquement, à la banque ou au guichet automatique.

En attendant ce jour, il est encore possible de naviguer en mode texte sur la très grande majorité des sites Web. Mais avec l'apparition de Netscape 2.0 et l'utilisation des "frames" (sortes de fenêtres qui divisent l'écran), des sites jusqu'ici accessibles deviennent inaccessibles. Cette technique permet, par exemple, d'afficher un menu qui demeure à l'écran en permanence dans un cadre occupant la portion gauche de l'écran, alors que le contenu d'un autre cadre occupant la portion droite varie selon l'option du menu que l'on a activée. Pendant ce temps, un troisième cadre occupant tout le bas de l'écran peut très bien présenter la publicité du commanditaire du site. Chacun de ces cadres, selon les besoins, dispose d'une barre permettant d'en faire défiler le contenu. On voit donc aisément l'utilité et l'intérêt de la chose, sauf que le logiciel Lynx qui permet de naviguer en mode texte est incapable d'afficher ces pages.

Heureusement, les internautes aveugles peuvent compter sur la culture de générosité et de fraternité qui imprègne encore Internet. Tous les responsables de sites, ou presque, à qui j'ai soumis le problème, m'ont proposé une autre adresse qui permet d'accéder à leur contenu sans passer par les "frames", ce qui oblige parfois à fournir plusieurs adresses, c'est-à-dire, une pour chacune des pages du contenu, plutôt qu'une seule adresse présentant un menu d'accès à l'ensemble de ces pages. Cela me semble toutefois un compromis acceptable.

Si je me suis étendu quelque peu sur cet exemple - il y en a bien d'autres - c'est pour inciter les internautes aveugles et tous ceux qui sont sensibilisés à leurs besoins à intervenir sans hésitation auprès des créateurs de pages Web pour leur faire part des problèmes rencontrés et demander simplement s'il y a des solutions possibles. Avec un peu d'expérience, on peut même suggérer des avenues de solution. Ce genre d'intervention est facilité par le fait que presque toutes les pages Web comportent l'adresse de courrier électronique de la personne responsable. J'ai été étonné de la rapidité et du sérieux avec lesquels on m'a répondu. Si mes interlocuteurs semblaient parfois déconcertés, ils se sont toujours montrés heureux de donner un coup de pouce pour permettre aux personnes aveugles d'accéder à leurs pages.

Le langage HTML qui est utilisé pour la programmation des pages Web prévoit, d'ailleurs, différentes alternatives pour la présentation du contenu, afin que celui-ci soit accessible à tous, peu importe le logiciel de navigation qui est utilisé. Par exemple, on peut afficher une brève description à la place d'une image pour les logiciels de navigation qui ne permettent pas l'affichage graphique. Les moyens existent et ce n'est souvent qu'une question de sensibilisation. Avec un minimum de diplomatie, on obtient rapidement un maximum de collaboration. Il ne faut donc pas hésiter à intervenir, car, si chacun fait sa part de sensibilisation, nous aurons des contenus beaucoup plus accessibles sans nuire pour autant à une présentation plus sophistiquée au goût des voyants.

Il est facile d'imaginer que nous ne sommes pas au bout de nos peines et que les concepteurs du multimédia nous réservent encore bien des surprises difficiles à digérer. Il faut rester conscient que le temps nous est compté en ce qui concerne la navigation en mode texte et que nous devrons bientôt, trop tôt sans doute, franchir la barrière des interfaces graphiques. Peut-on concevoir un logiciel de navigation en mode texte qui intégrerait les mises en page sophistiquées et l'aspect sonore du multimédia? Peut-être serait-ce là un premier pas, mais il aurait le désavantage de nous couper de toutes les applications qui se développent pour les interfaces graphiques, comme la téléphonie internationale sans frais sur Internet. Faut-il plutôt se convertir à Windows dans les meilleurs délais et consacrer toutes nos énergies à l'adaptation de cet environnement? Nous devons aussi tenir compte du fait que les personnes aveugles qui disposent d'un ordinateur constituent une minorité, et que cette situation est appelée à perdurer, dans la mesure où, nonobstant la baisse constante du prix des ordinateurs, les adaptations de type afficheur braille ou synthétiseur vocal demeurent, elles, fort coûteuses. Donc, dans un souci de démocratisation et d'accessibilité universelle à Internet, ne devrait-on pas en priorité travailler à la conception et à la mise en place d'un serveur téléphonique qui donnerait un accès sonore au contenu des pages Web pour tous les usagers du téléphone, qu'ils soient aveugles ou non? Il est probable que les aveugles en feraient une utilisation plus large, mais une telle application pourrait être profitable aux deux publics.

C'est ensemble que nous devrons répondre à toutes ces questions et les réponses que nous donnerons susciteront probablement de nouvelles questions. D'autre part, si nous manquons de questions, nous pouvons compter sur l'évolution de la technologie, conçue pour les voyants, pour en susciter de nouvelles, peut-être même trop nombreuses pour notre capacité d'y répondre.

En conclusion, j'aimerais vous rappeler que le point de vue que je viens de vous présenter n'est pas celui d'un expert en informatique, mais simplement celui d'un usager expérimenté. Il s'agit également du point de vue d'un québécois vivant dans un pays développé à forte consommation technologique, un québécois ayant un handicap visuel mais bénéficiant d'un résidu visuel appréciable, plus "voyant" et plus jeune que la moyenne des aveugles du Québec et faisant, en outre, partie de la minorité des aveugles informatisés. Un point de vue, donc, assez particulier, que je vous livre en toute humilité.

Jean-Marie D'Amour
Regroupement des aveugles et amblyopes du Montréal métropolitain
(QUÉBEC)


Découlant également de cet atelier


Fac ut videam (Faites que je vois)
Le mot latin Fac écrit en braille. 
Le mot latin Ut écrit en braille. 
Le mot latin Videam écrit en braille.

Éphéméride du jour

Aucune éphéméride en déficience visuelle pour aujourd'hui.

Saviez-vous que :

Le système braille est le résultat de nombreuses recherches de la part de son auteur, mais on peut dire que, dès 1825 alors que Louis Braille n'a que 16 ans, la partie essentielle de son système est conçue.

TyphloPensée

« Tu as des diamants, des perles,
Et tout ce qu'on peut souhaiter;
Tu as les plus beaux yeux du monde,
Que veux-tu de plus, mon aimée ?
________
Ces beaux yeux, les plus beaux du monde,
M'ont fait endurer le martyre
Et réduit à l'extrémité -
Que veux-tu de plus, mon aimée ? »

H. Heine, Poésies.

Étymologie

Typhlophile tire sa racine de « typhlo » d'origine grecque et qui veut dire « cécité »; et « phile » veut dire ami, sympathisant, etc. Donc, Typhlophile veut dire l'ami des aveugles.

Un clin d'œil vers :

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