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Les Actes du Forum de l'U.M.A. - Juin 1997

Quatre cannes blanches.

Dimanche 17 décembre 2017 à 08:52:26 HnE

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Typhlophile écrit en braille.
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Le Typhlophile / Les Actes du Forum de l'U.M.A. - Juin 1997 - Atelier III - Exposé : L'utilité du braille hier, aujourd'hui et demain

Table des matières

LES ATELIERS

Première partie : Vers l'autonomie

III. Alphabétisation
L'utilité du braille hier, aujourd'hui et demain

C'est Valentin Haüy qui dans les années 1780, fut le premier à concevoir et à appliquer le projet d'appendre à lire aux aveugles au moyen du toucher. Bien sûr, il compléta son système d'éducation par un enseignement basé sur l'utilisation de l'ouïe: enseignement oral et apprentissage de la musique. En effet, il était déjà implicitement admis que le toucher et l'ouïe sont les deux sens qui permettent le mieux de suppléer à l'absence de la vue.

Certains auraient tendance à les opposer, à privilégier l'un au détriment de l'autre : ce fut en particulier le cas lors de l'avènement, au cours des années 1950, des moyens d'enregistrement sonore grand public. En réalité, ils ne s'opposent pas; ils se complètent en apportant chacun à sa façon son lot d'autonomie à l'aveugle.

Avec l'expérience acquise dans l'éducation des aveugles au cours des deux siècles passés, les pédagogues spécialistes ont fréquemment souligné le caractère actif du toucher et, inversement, le caractère passif de l'audition. Cette différence ne serait pas sans conséquences sur la formation intellectuelle du sujet.

La genèse du système braille

Louis Braille (1809-1852), élève, puis professeur à l'Institution Nationale créée par Valentin Haüy en 1783, inventa son système d'écriture en points saillants (ou anaglyptographie) à l'usage des aveugles en 1825. Puis il le perfectionna au cours des années suivantes.

Quelle était la situation à l'institution en 1825? À cette date, le système officiel d'apprentissage de la lecture pour les aveugles était toujours le caractère d'imprimerie, gaufré sur papier. Mais la lecture en était lente et fastidieuse et l'écriture manuscrite quasiment impossible. C'est pourquoi les aveugles de l'École, professeurs et élèves, étaient particulièrement réceptifs à la recherche de systèmes plus performants.

C'est ainsi que, depuis quelque temps, un système de lecture et d'écriture, dont les signes se composaient de points saillants, avait été mis à l'essai à l'Institution par son inventeur, le capitaine Charles Barbier. Le système avait été initialement conçu comme système de lecture nocturne pour permettre, aux armées, le déchiffrage de messages dans l'obscurité sur le front. Il s'agissait d'une sonographie dont les signes s'inscrivaient dans une matrice de douze points répartis en deux colonnes de six points. L'écriture des signes pouvait se faire aisément grâce à une tablette et à un poinçon.

Les deux inconvénients majeurs du système Barbier étaient :

  • le caractère sonographique et non alphabétique du système; c'était un grave inconvénient malgré l'affirmation de Barbier que l'orthographe n'était pas utile aux aveugles;
  • l'ampleur du signe (six points en hauteur) qui en rendait la lecture difficile.

Cette sonographie allait cependant jouer un rôle très important : celui de précurseur du système alphabétique mis au point par Louis Braille. Ce dernier en retint l'utilisation du point saillant dont la reconnaissance au toucher est plus aisée et précise que celle du trait lisse. Il en retint aussi la structure générale du signe en le réduisant à six points maximum, répartis en deux colonnes de trois points, ce qui le rendait instantanément palpable dans sa globalité par la pulpe de l'index. Les 63 combinaisons qui se déclinaient à partir des six points de base permettaient la création d'un alphabet complet, des lettres accentuées, des ponctuations et des chiffres. Il en découlera aussi une notation musicale, une notation mathématique, des systèmes d'abrégé et de sténographie; le système fit également preuve d'une capacité remarquable d'adaptation à un nombre important de langues dans le monde entier, comme on le verra.

Au cours de ces années, il règne, à l'Institution, un climat de recherche, de fièvre intense de découverte. Le système que Louis Braille inventa fut immédiatement testé et discuté dans l'établissement avant de s'y imposer. En 1852, à la mort de Louis Braille, le système était définitivement adopté.

Qu'en est-il du système braille aujourd'hui?

En consultant l'ouvrage L'Emploi du Braille dans le Monde, publié par l'UNESCO en 1990, on relève 65 alphabets braille différents. C'est dire l'adaptabilité du système aux langages les plus divers. Sans doute, quelques langues doivent-elles encore être dotées de leur alphabet braille, mais l'essentiel semble fait.

Si l'on considère les seules langues européennes, on dénombre 29 alphabets braille différents, dont l'espagnol, l'anglais, le portugais et le français concernent de grands pays situés hors du vieux continent (Amérique du Nord et du Sud, Australie, Nouvelle-Zélande, etc.). Les autres alphabets braille se rapportent notamment à des langues asiatiques.

Maintenant, si l'on se demandait quelle est la proportion d'aveugles pratiquant le système braille, il est certain que l'on trouverait de grandes différences entre les pays; ces différences seraient probablement liées pour une part au taux d'alphabétisation de la population générale. Dans cette appréciation, il conviendrait aussi de bien distinguer les aveugles (précoces) de ceux dont la cécité est survenue à un âge avancé. En effet, en raison de la nécessaire éducation du toucher, l'apprentissage du braille est d'autant plus difficile que le sujet est plus âgé.

Bien que l'on ne dispose pas de statistiques exploitables, il est permis de penser que la dizaine de milliers de "braillistes" français représentent une proportion importante de la population des aveugles capables d'apprendre le braille. Des études approfondies devraient être menées en vue de préciser ces notions.

L'enquête menée en 1992 par Henri Chauchat auprès des abonnées du magazine publié par l'AVH Le Louis Braille (un peu plus de 2 000 abonnés) a donné lieu à 642 exploitables. De ces réponses, on peut extraire les résultats suivants :

  • 625 utilisent couramment le braille abrégé, 12 seulement le braille intégral;
  • 602 utilisent le braille quotidiennement et 30 seulement épisodiquement;
  • 506 l'ont appris en école spécialisée ou en centre de formation et 126 l'ont appris individuellement;
  • 414 utilisent le braille dans leur activité professionnelle, 225 seulement pour des besoins strictement personnels;
  • 521 pensent que le braille est plus important que les autres auxiliaires, 79 les mettent à égalité et 14 pensent que le braille est moins important;
  • 593 pensent que le braille est indispensable à la poursuite des études, 3 répondent négativement et 3 sont indécis.

Henri Chauchat conclut ainsi l'introduction à son compte-rendu d'enquête :

"Informatique et machines performantes nous impressionnent, nous éblouissent, nous rendent d'immenses services, soit. Mais qu'on se rassure; le braille tel qu'il est perçu par les consommateurs, reste le moyen privilégié, presque le point de passage obligatoire, pour aborder les techniques les plus complexes. J'ai lu de vibrants plaidoyers en faveur de notre écriture, des appels angoissés qui transparaissent dans les messages de certains pour qui le braille est le compagnon fidèle de tous les jours. Et quel aveugle n'a pas au fond du coeur un peu de vénération et de reconnaissance pour Louis Braille? Mais que le culte ne masque pas la réalité. Il est certain que le braille devra changer de cheminement et passer par des techniques nouvelles de reproduction. À lire les correspondants, il a encore un bel avenir si on sait le traiter avec soin".

L'avenir du système braille

Le succès du système braille auprès des aveugles est à mettre au compte de l'autonomie qu'il leur permet de reconquérir. En effet, le braille assure à l'aveugle une large autonomie dans la vie quotidienne, professionnelle et culturelle. Mais il ne faut pas en dissimuler les inconvénients : l'encombrement du livre braille et les délais pour sa transcription en limitent l'usage à l'essentiel, laissant un important déficit d'information.

C'est pourquoi, lors de la diffusion sur le marché grand public des moyens d'enregistrement sonore sur bande et cassette, certains n'ont pas hésité à prédire la fin prochaine du système braille. Mais, outre le fait que nombreux sont ceux qui ont des difficultés de concentration et de mémorisation à l'audition (ce qui les oblige d'ailleurs à prendre des notes en braille), la recherche d'une information précise sur une bande ou une cassette n'est pas aisée, sauf en ce qui concerne les systèmes très sophistiqués. On en vient donc à la sage conclusion que la cassette, facile à enregistrer dans un délai raisonnable par un voyant sans formation préalable, constitue un complément précieux de moyens mis à la disposition des aveugles dans leur quête de culture et d'information.

Encore mieux aujourd'hui! Avec l'ordinateur, l'utilisateur a le choix des armes puisqu'il peut opter soit pour une synthèse vocale ou barrette braille éphémère pour lire le contenu de l'affichage à l'écran.

Il convient aussi de noter que les capacités considérables de mémoire, de même que celles des disquettes, apportent une solution à la question de l'encombrement du livre braille. Ces mémoires pourront êtres consultées avec synthèse vocale ou barrette braille. Le contenu pourra en être modifié, être transféré, être imprimé en noir ou en braille.

On le voit, les progrès de la technologie, non seulement n'ont pas fait régresser l'utilité du système braille pour les aveugles, mais ils en augmentent considérablement les potentialités. On n'a qu'à citer la possibilité de "scannériser" un texte pour l'introduire directement dans les mémoires de l'ordinateur, le mettant ainsi à la disposition de l'aveugle dans des délais très courts; l'ensemble de l'opération (sauf correction des erreurs de saisie du scanner) peut être réalisé par l'aveugle de façon autonome. Il s'agit là de conquêtes encore récemment inimaginables.

L'enseignement du braille

En revanche, la question de l'enseignement du braille est beaucoup plus préoccupante. Dans les établissements spécialisés, l'apprentissage du braille allait de soi; il était primordial dans l'éducation du jeune aveugle. L'enseignement en était confié à des maîtres, aveugles eux-mêmes, qui étaient des "braillistes" confirmés; ils en connaissaient la pédagogie. L'intégration scolaire, qui a naturellement ses vertus et ses vices, ne donne pas la même chance de recevoir un enseignement du braille d'un niveau équivalent d'expertise.

Pour conclure

Comme on l'a vu avec quelques-uns des résultats de l'enquête menée par Henri Chauchat, le braille, compagnon fidèle de tous les jours, est jugé comme très utile pour l'activité professionnelle et comme indispensable pour la poursuite des études. Cette appréciation semble d'ailleurs tout à fait indépendante des outils utilisés (ordinateur ou tablette). En réalité, le braille a ses vertus intrinsèques qui, au lieu d'enfermer l'aveugle dans sa "nuit", permettent à celui-ci de dominer son handicap et de valoriser ses capacités. Le contact direct avec le texte est un facteur de sécurité et rassure. Ainsi le braille permet à l'aveugle de prendre des notes, d'écrire une adresse ou un numéro de téléphone, de lire un roman ou un poème, de prendre connaissance d'une partition musicale, d'étiqueter un disque, une cassette ou une boîte de conserves, etc. Avec le progrès technologique, le braille est de plus en plus performant. Aussi, on peut lui prédire un avenir brillant à la mesure de son passé./p>

Louis Ciccone
Secrétaire général
Association Valentin-Haüy pour le bien des aveugles (AVH)
(France)


Découlant également de cet atelier


Fac ut videam (Faites que je vois)
Le mot latin Fac écrit en braille. 
Le mot latin Ut écrit en braille. 
Le mot latin Videam écrit en braille.

Éphéméride du jour

En ce 17 décembre de l'an de grâce 2004. Québec : Sanction de la Loi numéro 56, loi assurant l'exercice des droits des personnes handicapées en vue de leur intégration scolaire, professionnelle et sociale.

Saviez-vous que :

Louis Braille naquit le 4 janvier 1809 à Coupvray, petit village agricole de la banlieue Est de Paris. Il mourut à Paris, à l'âge de 43 ans, le 6 janvier 1852. C'est vers 1825 qu'il mit au point l'alphabeth qui, déshormais, porte son nom. Aujourd'hui encore, il est utilisé comme système de lecture et d'écriture par les aveugles du monde entier.

TyphloPensée

« La science sans religion est boiteuse, la religion sans science est aveugle. »

Albert Einstein

Étymologie

Typhlophile tire sa racine de « typhlo » d'origine grecque et qui veut dire « cécité »; et « phile » veut dire ami, sympathisant, etc. Donc, Typhlophile veut dire l'ami des aveugles.

Un clin d'œil vers :

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