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Aveugle et sauveteur - Moniteur National des Premiers Secours

Quatre cannes blanches.

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Typhlophile écrit en braille.
Une vitrine virtuelle à l'attention des AMIS DES AVEUGLES

Le Typhlophile / Aveugle et sauveteur - Moniteur National des Premiers Secours

30 janvier 2005

Comment allier cécité et secourisme? Un défi que j'ai relevé. Pas tellement pour me prouver quelque chose, mais parce que cela m'a plu dans mon ancienne vie de voyante, parce que surtout il m'a été dit que c'était impossible... Et ça c'est l'argument que je ne supporte pas! :-)

J'ai passé à 18 ans un Brevet national de secourisme, et d'autres qualifications plus tard. Quelques expériences de terrain, et la "chance" de secourir des gens "pour de vrai".

Un point commun à tout secouriste, qu'il soit salarié (et rarement bien), volontaire ou bénévole reste commun à tous: la joie de préserver une vie en détresse immédiate! Rarement une victime sauvée vient remercier son sauveteur, rarement l'entourage (surtout lorsqu'on est bénévole) comprennent les motivations. Pourquoi passer autant de son temps à apprendre des techniques souvent compliquées? Pourquoi sacrifier quelques heures, sinon même pour certains et certaines que j'admire, qui travaillent toute la journée à l'usine ou au bureau à rester dans le froid ou la chaleur dans un poste de secours? En espérant en plus ne jamais avoir à intervenir? Ou passer des diplômes exigeants pour enseigner?

Difficile à expliquer, celles et ceux qui donnent de leur temps à tout autre chose, nos chers donneurs de voix et tant d'autres que la liste prendrait une place folle, etc.. comprendront mieux que personne la joie de se sentir "utile", d'avoir en somme fait son devoir humain!

Et pour certains, c'est plus qu'un devoir que de secourir, c'est préserver la vie. Dans un monde dur où elle ne compte pas ou plus tellement, une vie, la mienne et la vôtre est importante, et il m'est donc très tôt apparu que c'était là un savoir à ne pas négliger.

Ma seconde "vocation" m'est venue un matin 2003 à Paris, il faisait très chaud... vous vous souvenez de la canicule? J'étais dans un foyer et une dame âgé a eu un coup de chaleur, une forte déshydratation. Elle pouvait mourir et je le savais. Les témoins voyants le savaient aussi, mais pas quoi faire!

Alors et parce que j'avais parlé de secourisme avec un jeune étudiant qui travaillait là à la réception, il est venu me chercher et souvenirs aidant, j'ai pu préserver cette dame au moins d'une hospitalisation, sinon plus.

Personne à ce moment ne s'est simplement posé la question de savoir si je voyais ou non, l'important en cet instant était allongé sur le sol et réclamait des soins immédiats. Cela fut une révélation. Je pouvais malgré tout sauver ou tout au moins secourir, même sans voir! Quelle joie!

Après cela, rentrée à la maison, j'ai voulu recommencer et me remettre à jour. J'ai tapé sur mon PC "organismes de secours" ou quelque chose comme cela qui pouvait se trouver dans ma ville, et c'est la Croix-Rouge qui est apparue...

Un coup de fil, des réticences à surmonter, un courriel au Docteur Pascal CASSAN à la Croix-Rouge de Paris et quelques semaines après, je passais une Attestation de Formation aux Premiers Secours (a F P S) qui devait réactualiser mes anciennes connaissances.

Le moniteur, un jeune homme très motivé a eu une patience d'ange et me l'a dit après, était impressionné par l'idée de m'avoir avec ses autres élèves. Il s'est donné beaucoup de mal! Merci Yannick!

Merci aussi à tous ces membres de la Délégation Croix-Rouge de Lens qui ont cru en moi, pas tous, mais les plus intéressants en tous cas. Eugénie, Martine, Alain ou Jean-Claude, puis Mathieu, tous responsables de la Délégation. Avec eux, en juin 2004, j'ai passé un premier cap, devenir Initiatrice en premiers secours. Autrement dit, apprendre à donner des cours raccourcis et rapides de gestes de survie.

Puis cela s'est approfondi, j'ai été donner des initiations dans un centre aéré pour jeunes enfants (5 à 7 ans), une autre à l'AVH de Lille, où cela a marqué plus que tout, c'était déjà une "première". Puis devant un magasin de sports... J'ai à ce moment beaucoup appris, d'abord à parfaire la technique de mes gestes, mes explications/ justifications. Pourquoi fait-on ainsi et pas autrement?

Puis tout de suite après, le lendemain, parce qu'il se trouvait une formation de moniteurs aux premiers secours en route, j'ai demandé à en faire partie. Je m'attendais peut-être à ce moment à un refus... Mais non, j'ai pu avec un jour de retard intégrer ce groupe.

Mais comment faire? Il n'existe aucun moyen ou adaptation pour les aveugles! Tant pis, ce n'est pas ça qui m'arrête.

J'ai trouvé la joie d'enseigner, d'apprendre de nouveau. Pas de grandes théories, les gestes, les techniques sont réalisables et finalement très simples. a la portée d'un enfant, je les ai assisté sur un apprentissage et les gamins de 5 ans n'étaient pas du tout en retard question compréhension. Alors moi qui en ai 42, raison de plus!

Heureusement, j'ai un PC portable équipé d'un Jaws et un scanner à la maison. Donc pour la documentation, j'y ai accès. Et ce que je ne peux pas scanner, des yeux amis me le lisent. Merci pour toute cette patience! Le GNR (Guide National de Référence) la bible de tout futur moniteur, de tout moniteur et au-dessus, les Instructeurs qui nous forment est en .pdf protégé. Tant pis, je le scanne. Puis ce sera Marie Thérèse, donneuse de voix à Aulnay sous Bois qui me le lit. J'en fais un CD en MP3. (Du GNR, pas de Marie-Thérèse, hein?)

Eugénie m'aide à poser des étiquettes en braille sur les pictogrammes que je dois présenter aux élèves voyants. Je sens que j'avance et maîtrise de mieux en mieux.

Entre temps, un accidenté sur la route près de Paris me confronte de nouveau à la réalité, je sais faire maintenant et pas tellement d'appréhension. D'une seconde à l'autre, parce que le monde n'est pas toujours si sûr, il faut abandonner ses certitudes et ses théories pour les appliquer en "vrai". Ca je suis bien placée pour le savoir! (Je fais une petite référence à mon passé un peu tumulteux).

Vient le jour de l'examen, je pense avoir tout fait au mieux, mais au moment de déclarer les résultats, j'apprends que je suis recalée. Querelles surtout? Je n'en sais rien, ce que je sais par contre, c'est que l'on a sans aucun doute eu un peu peur de me laisser avoir ce diplôme. Je n'en veux pas aux voyants, ils ne comprendront que plus tard!

À Paris, quelques semaines après, je rencontre au siège de la CRF le responsable national de la Formation, Christophe TALMET. Il me parle d'un Centre de formation permanent de la Croix-Rouge à Modane, en Savoie. Je pourrais tenter de nouveau ma chance? Une forte hésitation, j'ai perdu l'habitude de voyager seule sur de si longues distances, et mesure cet obstacle! Puis je me sens encore très démotivée par mon échec immérité. Puis un manque évident de soutien de la part de ma Délégation. J'en parle de ces doutes, de mes appréhensions, mieux vaut tout mettre à plat. Quelques jours après, j'apprends qu'un collègue et ami, un jeune homme de 18 ans qui se trouvait comme moi au cours précédent et recalé aussi viendra avec moi.

Le 3 décembre 2004, nous prenons tous les deux le train vers Lyon, changement et direction Modane au Centre de l'Albaron. Arrivée un peu plus de 6 heures plus tard. Nous sommes bien reçus, Jérôme un de nos Instructeurs passe pas mal de temps à tout me faire visiter, petit à petit je me retrouve assez facilement dans ces châlets. Les cours sont plus denses que ceux reçus à Lens, mais ma préparation a été très bonne et j'ai relu tout ce que j'avais en documentation, et presque appris le fameux GNR par coeur.

La formation est difficile pour tout le monde et nous nous sentons parfois bien fatigués, mais en groupe, cela va tellement mieux! Dans celui où je suis, nous avons deux sapeurs pompiers, ils sont comme deux frères et de joyeux drilles! Puis les autres, nous sommes 22 en tout, et 5 à 6 par groupes de travail. L'ambiance est bonne, seul hic, pas une prise de téléphone pour connecter mon PC.

Le restaurant est très bon et nous engraissons tous. Il faut sortir autant que possible, mais le verglas avec des chaussures un peu lisses fait faire de belles glissades. L'un d'entre nous se blesse même sérieusement à une épaule. Mais dans l'ensemble, très heureuse ambiance.

Mon regret est de ne pas pouvoir être avec Bernard mon compagnon qui a préféré rester à la maison. Mais on s'appelle au téléphone, et puis ce ne va pas durer trop longtemps.

Question secrourisme, j'apprends encore beaucoup, autant qu'en pédagogie! Ce n'est pas si simple, pas autant que je le pensais. Mais cela finit par entrer tout de même....

Le 11 décembre au matin, parce que j'ai droit à 15 minutes de plus, je passe la première. Tirage du sujet, j'ai les malaises... et les pictogrammes (images) magnétiques préparés me servent. J'ai appris à les disposer sur le tableau blanc.

La journée passe, j'assiste à d'autres prestations d'examen et joue comme tout le monde le rôle de victime et de sauveteur... avec bonheur. Cela aussi fait partie de l'examen d'ailleurs.

Et vers les 16 heures, un médecin du SMUR nous annonce les résultats. L'une d'entre nous est partie en cours de formation, un autre est recalé, ce qui nous peine beaucoup pour lui, et j'entends mon nom parmi les reçus! Mon accompagnateur est reçu aussi, il est comme moi, ému. Nous appelons notre responsable à Lens, et les nôtres.

Le retour se fait le lendemain, Lyon de nouveau et Lille. Eugénie vient nous chercher. Et retour à la maison.

Voilà, maintenant je suis "moniteur national des premiers secours" et l'envie d'en apprendre encore davantage! Je sais aussi que la vraie aventure pour moi va commencer dès janvier, ce n'est pas tout de décrocher contre vents et marées un diplôme, il faut l'exercer! Et le manque d'outils pédagogiques fait réellement défaut... il faudra du temps pour les concevoir.

Pour cela, il faut aussi un public. Eh oui, j'ai fait tout cela pour moi un peu et beaucoup pour nous tous. Le secourisme est possible, et plus nous serons nombreux à apprendre comment secourir les autres, plus toutes ces démarches iront vite.

Et si cela vous tentait? Ne pas voir, justement cela ne nous met pas dans une situation très sécurisante. Moins de 6% des Français savent les gestes élémentaires de sauvetage qui permettent la survie de quelqu'un ou préserver son intégrité physique en attendant les secours. 3 minutes, parfois moins déterminent la vie ou la mort d'inconnus, ou de ses proches. Pensez-y! Que faites-vous si votre époux(se) s'entaille une artère? Ou s'étouffe à table parce que la dinde au marron a fait fausse route? Que faites-vous si vous êtes confrontés à un accident cardiaque? Une brûlure? Une intoxication? Un comas, un malaise diabétique?

Ca c'est ce que vous pouvez apprendre. Et même très bien.

C'est important, parce que plus nous serons nombreux à demander des formations secouristes, plus nous avancerons dans cette voie! C'est à vous tous de jouer maintenant, moi je ne peux que vous donner des cours! Et aussi travailler à ce que ce soit de plus en plus facile pour toutes et tous, mais j'ai besoin d'être crédible, donc de vous tous.

(Au fait, les cours par Internet, c'est interdit...)

Et si vous avez des questions... écrivez-moi à

Amitiés et une très bonne année 2005!

Christiane MELIN



Dernière mise à jour de cette page :  30 janvier 2005


Fac ut videam (Faites que je vois)
Le mot latin Fac écrit en braille. 
Le mot latin Ut écrit en braille. 
Le mot latin Videam écrit en braille.

Éphéméride du jour

Aucune éphéméride en déficience visuelle pour aujourd'hui.

Saviez-vous que :

Une étude américaine publiée en 1982 démontre que la reconnaissance des aveugles comme citoyens à part entière est loin d'être acquise. De plus, il appert qu'un niveau d'étude plus élevé favorise d'une manière significative l'atteinte de cet objectif.

TyphloPensée

« Si jamais un philosophe aveugle et sourd de naissance fait un homme à l'imitation de celui de Descartes, j'ose vous assurer, Madame, qu'il placera l'âme au bout des doigts. »

Denis Diderot (Lettre sur les aveugles)

Étymologie

Typhlophile tire sa racine de « typhlo » d'origine grecque et qui veut dire « cécité »; et « phile » veut dire ami, sympathisant, etc. Donc, Typhlophile veut dire l'ami des aveugles.

Un clin d'œil vers :

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