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L'obtention d'un permis de conduire pour des personnes handicapées visuelles

Quatre cannes blanches.

Lundi 11 décembre 2017 à 08:14:05 HnE

Tournois d'échecs pour déficients visuels

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Le Typhlophile / L'obtention d'un permis de conduire pour des personnes handicapées visuelles

7 février 2004

Différence
Octobre 2003, volume 4 numéro 2. pages 13 à 17

Différence est une publication de l'IRDPQ

TÉMOIGNAGE

L'obtention d'un permis de conduire pour des personnes handicapées visuelles
Louis Deschênes
Steeve Gagné
Candidats au programme de conduite automobile avec aide télescopique

C'est en 2000 que l'Institut de réadaptation en déficience physique de Québec (IRDPQ), en collaboration avec la Société de l'assurance automobile du Québec (SAAQ), l'Association canadienne des automobilistes (CAA), l' Office des personnes handicapées du Québec (OPHQ) et d'autres partenaires ont mis de l'avant un programme pilote visant la formation et l'évaluation en conduite automobile de personnes handicapées visuelles. Voici le témoignage de deux candidats ayant complété ce programme : MM. Louis Deschênes (reçu au permis) et Steeve Gagné (en attente de passer son permis).

Louis - « J'ai 39 ans et je vis avec une limitation visuelle depuis ma naissance. Pendant longtemps, j'ai cru que je n'aurais pas accès à l' autonomie et aux privilèges que procure un permis de conduire. Comme la majorité des gens ayant une déficience visuelle, je me suis toujours débrouillé pour être inventif dans mes moyens de locomotion : les amis, le transport en commun, les taxis, la parenté, le vélo, etc. J'ai toujours eu à faire une planification très serrée de mon horaire afin de limiter et d' optimiser mes déplacements. Le programme présenté par l'Institut m'a enfin ouvert de nouveaux horizons. »

Steeve - « J'ai 28 ans et je travaille à Québec à titre de conseiller à l' intégration à La Croisée. Je suis originaire de Mont-Joli, une petite ville située dans le Bas-Saint-Laurent. Ce qui m'a amené à demeurer à Québec est principalement la proximité des services et notamment le transport en commun. Le transport est probablement l'obstacle le plus contraignant pour mon autonomie et ma liberté. Mon handicap visuel vient d'une atrophie des nerfs optiques diagnostiquée dès mon enfance. J'ai de la difficulté à voir les détails. On m'a toujours dit que je ne pourrais jamais posséder un permis de conduire or, il existe un vieux dicton selon lequel il ne faut JAMAIS dire JAMAIS. »

Pour avoir accès au programme, il faut d'abord soumettre sa candidature par écrit. Le dossier est alors évalué par une équipe de professionnels en déficience visuelle de l'IRDPQ en fonction des critères suivants :

  • Avoir un champ visuel parfait (100 %) avec les deux yeux;
  • Avoir une acuité visuelle qui se situe entre 6/15 et 6/60 après correction;
  • Être âgé d'au moins 25 ans;
  • N'avoir jamais eu de permis de conduire;
  • Toute autre caractéristique de la vision, comme la mobilité des yeux et la vision des couleurs, est évaluée;
  • Avoir sa résidence permanente dans la grande région de Québec (pour les treize premiers candidats).

Les candidats retenus doivent ensuite se soumettre à une batterie de tests :

  • Rapport médical (formulaire M-28-0);
  • Rapport d'évaluation auditive (audiogramme);
  • Rapport sur la condition visuelle par un ophtalmologiste (diagnostic);
  • Rapport d'examen visuel par un optométriste (formulaire M-5-0);
  • Rapport d'examen psychologique (test sur les habiletés cognitives et test de personnalité);
  • Rapport d'évaluation en orientation et mobilité par un spécialiste de l'IRDPQ.

Une fois ces premières barrières franchies, nous devons, comme tout conducteur, réussir notre examen théorique à la SAAQ.

Steeve - « Le délai est un peu trop court entre le test théorique de la SAAQ et le début du programme. À moins d'un mois du début de la formation, j'ai subi l'examen me permettant d'obtenir le permis d'apprenti conducteur. Il me fallait réussir ce test pour être admis au programme, sinon je n'aurais pu commencer ma formation à la date prévue. L'examen théorique n'est pas adapté aux besoins spécifiques des personnes handicapées visuelles, ce qui rend la tâche un peu plus exigeante. »

La durée du programme est de huit semaines intensives.

Louis - « Cela peut causer des problèmes aux gens qui sont en situation d' emploi. Personnellement, j'ai eu la chance d'exposer à mon employeur (IRDPQ) l'importance que ce projet avait pour moi et j'ai reçu un appui appréciable de celui-ci qui m'a libéré en partie; j'ai complété avec un investissement personnel. »

Steeve - « Mon employeur, La Croisée (organisme de service d'intégration au travail pour personnes handicapées physiques), m'a permis d'accumuler des jours de vacances pour entreprendre ce programme. Je n'ai donc pas eu le casse-tête financier que d'autres candidats ont malheureusement pu vivre. »

Le STB est une paire de lunettes servant à la vision générale sur laquelle est monté un télescope miniaturisé sur la partie supérieure de l'un des verres.

Dans l'attente du début de la formation, nous avons des rencontres avec le Dr Jean-Paul Lachance afin de préparer notre système télescopique bioptique (STB). Le STB est une paire de lunettes servant à la vision générale sur laquelle est monté un télescope miniaturisé sur la partie supérieure de l'un des verres. Cet outil permet d'obtenir l'acuité visuelle exigée par la SAAQ. Il y a aussi des rencontres avec une spécialiste en orientation et mobilité. Elle nous enseigne l'utilisation d'un STB à l'aide d'exercices précis afin de développer des habiletés compensatoires. Voici les quatre grandes étapes d'apprentissage avec le STB par ordre croissant de difficulté :

  1. Le candidat est stationnaire et il recherche une cible fixe.
  2. Le candidat est en mouvement et il recherche une cible fixe.
  3. Le candidat est stationnaire et il suit une cible en mouvement.
  4. Le candidat est en mouvement et il suit une cible en mouvement.

Puis arrive le début de la formation. On nous remet un cahier de deux pouces d'épaisseur contenant la partie théorique du cours donnée par la formatrice du CAA, Mme Nancy Bolduc.

Voici une journée type :

8 h 30
Travail en compagnie d'une spécialiste en orientation et mobilité pour développer l'utilisation pratique du STB
10 h 15
Pause
10 h 30
Enseignement théorique de la conduite automobile par la formatrice du CAA
12 h
Dîner
13 h
Enseignement pratique - Conduite automobile avec la formatrice du CAA. Une à deux fois par semaine, une spécialiste en orientation et mobilité se joint à nous pour faire des observations et évaluer l'évolution relativement à l'utilisation du STB en situation de conduite.
15 h
Pause
15 h 30
Rencontre en optométrie ou rencontre avec une intervenante sociale
16 h 15
Fin de la journée

Nous découvrons rapidement que le cours est exigeant, qu'il nous faudra travailler très fort et que nous aurons à faire face à de nombreux défis (les intempéries, le soleil levant ou couchant, l'éblouissement, la nuit, le partage de la chaussée avec les autres usagers, etc.) pour atteindre les objectifs visés. Le plus grand défi demeure néanmoins à l'égard de nous-mêmes et de nos propres préjugés. Ce qui rend ce programme unique, c' est qu'il se base d'abord et avant tout sur la sécurité (celle d'autrui et celle du conducteur) et sur le développement d'habitudes de conduite préventive en utilisant les habiletés compensatoires (STB).

Les gens qui voient un STB pour la première fois demandent souvent :

  • Le télescope nuit-il à notre champ de vision?

    Non, car il est placé dans la partie supérieure de la lentille et libère du même coup tout mon champ visuel.

  • En utilisant le télescope, perdons nous la vue d'ensemble de la route?

    Non, car pour utiliser le STB nous faisons un léger mouvement de tête vers le bas pour aller chercher le détail de l'information déjà repérée. Pendant cette courte période de temps (souvent une fraction de seconde), l'autre œil reste à l'affût de tout changement de situation sur la route. En réalité, la fréquence d'utilisation du STB est d'environ 4 à 7 % du temps, indépendamment des conditions climatiques, de la densité de la circulation, du type de milieu (rural, urbain, etc.).

L'utilisation du STB fait en sorte que le candidat a trois niveaux de vision :

Périphérique :
Le candidat a un champ de vision parfait. Il capte l' information (objet fixe ou en mouvement) comme toute personne portant une paire de lunettes. Son attention peut donc être attirée par tout changement de la circulation.
Centrale :
C'est la partie de la vision couverte par le verre correcteur.
STB :
Il est utilisé pour obtenir le détail afin de compléter l' information.

Exemple : Je marche dans un centre commercial tout en utilisant mon STB. Soudain, je vois du coin de l'œil une personne se dirigeant vers moi (périphérie). Je tourne la tête et je reconnais, à son apparence physique (vision centrale), un ami. J'utilise alors le STB pour identifier son visage. Ce sont les mêmes principes en situation de conduite; l'information arrive parfois en périphérie, parfois par la vision centrale. Il est évident que déambuler dans un centre commercial et conduire dans une circulation dense sont deux situations présentant des niveaux de difficulté et de rapidité d'exécution très différents; voilà pourquoi il faut beaucoup s' entraîner avec le STB.

À la cinquième semaine de formation arrive le Driver Performance Measurement (DPM). Il s'agit d'un test de conduite administré par un formateur du CAa accompagné par deux spécialistes en orientation et mobilité. Le trajet proposé est de 80 kilomètres. Il permet d'évaluer notre progression dans tous les types d'environnement. Compléter celui-ci est en soi un exploit. Vous, qui avez réussi votre examen pratique de la SAAQ, connaissez bien la nervosité et le stress éprouvés à ce moment. Imaginez maintenant l'effet de la présence de trois évaluateurs dans l'automobile, chacun prenant des notes. À la moindre petite erreur, les trois personnes se mettent à griffonner en même temps. Une fois le trajet complété, nous en sortons épuisés mais grandis. Les trois spécialistes se réunissent ensuite pour compiler leurs données et déterminer les points forts et faibles sur lesquels il faudra travailler pour progresser. Bien qu'il soit exigeant, ce test permet d'avoir une vision précise du développement du candidat. Le DPM sera renouvelé lors des quatre dernières semaines du programme.

Quand les huit semaines sont terminées, l'IRDPQ complète son évaluation et fait une recommandation écrite à la SAAQ. Celle-ci peut être positive, négative ou positive avec restrictions. Il faut mentionner qu'un candidat ayant une recommandation négative sera définitivement privé d'un permis de conduire. Si la recommandation est positive, le candidat se voit délivrer un permis d'apprenti par la SAAQ. Voici une liste de restrictions possibles :

  • Restrictions obligatoires :
  • Obligation de porter un STB en tout temps
  • Interdiction de conduire un véhicule de plus de 2500 kilos

Restrictions supplémentaires possibles (à titre d'exemples) :

  • Interdiction de conduire la nuit
  • Interdiction de conduire sur les autoroutes
  • Interdiction de conduire à plus de 70 km/h en tout temps
  • Interdiction de conduire à plus de 100 km de chez soi ou de son lieu de travail
  • Obligation de suivre des cours de perfectionnement privés en technique de conduite

Le permis d'apprenti nous autorise à pratiquer en compagnie d'une personne détentrice d'un permis de conduire depuis au moins deux ans. Cependant, qui fait confiance à un handicapé visuel pour conduire son automobile? À cette étape, nous nous heurtons plus que jamais à nos propres préjugés et à ceux de la société. Depuis notre enfance, on nous a persuadés qu'une personne ayant une limitation visuelle comme la nôtre n'accéderait jamais au privilège de la conduite automobile. Bien qu'ayant confiance en nous, et sachant que nous avons réussi les étapes préliminaires avec succès, les amis ou les parents qui nous entourent gardent certaines réticences à nous laisser conduire leur véhicule. Lorsque nous conduisons en leur compagnie, ils tentent de nous aider en nous indiquant des informations visuelles qu' ils croient hors de notre portée. Il faut donc prendre le temps de se faire confiance, de discuter et d'expliquer les habiletés acquises. Une fois démystifiée, la situation est toute autre et la confiance grandit tant chez le conducteur que chez les passagers. La période d'attente avant de se présenter au bureau de la SAAQ pour l' ultime test est de huit mois. Pendant ce temps, l'apprenti devra se soumettre à deux autres DPM, soit un après le troisième mois et un après le sixième. À la suite du dernier DPM, un formateur du CAa fait passer un examen pour l'obtention d'une attestation de cours suivi avec une école de conduite reconnue. Puis survient enfin l'examen pratique de la SAAQ. Après l' obtention d'un permis, le candidat doit une fois l'an repasser un DPM afin de revérifier ses habiletés compensatoires et de s'assurer qu'il est toujours un usager sécuritaire du réseau routier. En tout temps au cours de ce processus long et rigoureux, le candidat peut se voir retirer son privilège de conduire sans aucun droit d'appel. Cela lui ajoute, disons-le, un stress énorme puisqu'il n'a pas droit à l'erreur. La situation est très différente pour une personne sans handicap qui, si elle a échoué l'examen pratique ou théorique, peut se reprendre quelques semaines plus tard. Le programme devrait prévoir un mécanisme permettant au candidat de subir une seconde évaluation et de s'exprimer. L'OPHQ finance en grande partie le projet pilote pour les treize premiers candidats. Par la suite, rien n'est moins sûr quant aux autres personnes susceptibles de vivre la même expérience enrichissante et extraordinaire que la nôtre.

Ce que j'aimerais plus que tout, c'est que d'autres participants aient la chance que j'ai eue de repousser les limites de mon handicap visuel encore un peu plus loin.

Steeve - « Ce programme, orchestré par Mme Nancy Bolduc, est tout simplement formidable et impeccable. Sachez qu'il développe notre autonomie et notre employabilité plus que n'importe quelle adaptation ou n'importe quel programme d'aide d'insertion en emploi ou autre. Quant à moi, je suis très satisfait du programme et de l'encadrement offert par toute l'équipe de l' IRDPQ. Ce que j'aimerais plus que tout, c'est que d'autres participants aient la chance que j'ai eue de repousser les limites de mon handicap visuel encore un peu plus loin. »

Louis - « Je conduis maintenant depuis deux mois. Le programme a été tout simplement extraordinaire et fabuleux. L'autonomie acquise me permet de faire des activités auxquelles je n'avais pas accès, car les transports n' étaient pas disponibles ou le temps et les frais demandés pour mes déplacements étaient trop élevés. Toute ma reconnaissance va aux gens visionnaires de l'IRDPQ qui ont cru et rendu possible ce projet. De tous les services que j'ai reçus en réadaptation, celui-ci est de loin le facteur qui facilite mon intégration dans une société toujours en évolution. Il serait dommage qu'un programme si innovateur ne puisse continuer à offrir cette possibilité à d'autres gens ayant une déficience visuelle en raison d'un manque de fonds. »

Pour nous joindre :

Louis Deschênes : Lsdeschenes@sympatico.ca
Steeve Gagné : Winner_75@sympatico.ca

Un rêve réalisé

Louis Deschênes
Instructeur en informatique adaptée
Programme en déficence visuelle

Ce matin, en me levant, j'avais hâte de me rendre à mon travail. Accro du travail, me direz-vous; oui, un peu, mais ce n'était pas ma motivation première aujourd'hui.

J'aurai 39 ans le mois prochain et il y a déjà plus de quinze ans que je suis salarié. Depuis ma première journée de travail, j'ai toujours eu à être créatif et très organisé pour trouver des moyens de transport (parents, amis, transport en commun et, surtout, mes amis chauffeurs de taxi de Charlesbourg). Lorsque j'étais adolescent, j'ai pris conscience que je ne pourrais jamais conduire d'automobile, car ma vision ne répondait pas aux critères minimaux exigés par la SAAQ. Que de frustration et de colère j'ai vécues avant d'accepter en partie cette situation! Puis, un jour, une personne m'a informé qu'il y avait quelque part, chez nos voisins du Sud, des gens ayant les mêmes limitations que moi qui conduisaient (certains avec restrictions). Ces gens suivaient un cours spécialisé et apprenaient à utiliser un petit télescope installé sur leurs lunettes afin de compenser leur handicap. J'ai eu ensuite la chance de rencontrer d'autres individus comme moi (sans permis) qui croyaient en la possibilité de faire la promotion de la conduite automobile avec aide télescopique. Ensemble, nous avons créé une association dans le but de sensibiliser la population et surtout les acteurs sociaux au fait que cette technologie était disponible ailleurs mais pas encore ici.

Beaucoup de gens ont été impliqués et bien des efforts ont été déployés dans la poursuite de cette belle aventure. Nous parlons de plus de dix ans de sensibilisation et de travail ardu. En 2000, le projet d'expérimentation a enfin vu le jour grâce à des personnes dévouées et à des organismes qui ont apporté une contribution humaine et financière. De nombreux candidats et candidates ont donné leur nom pour servir de « cobayes » et ainsi suivre ce cours de huit semaines intensives. Nous avions à passer de nombreux examens : santé générale, optométrie, ophtalmologie, oto-rhino-laryngologie, profil psychologique, QI, etc. Quand j'expliquais cela à mes amis, je leur disais avec humour qu'il était plus facile d'être astronaute pour la NASa que de se faire accepter au programme de conduite automobile.

Liste des candidats

J'ai appris avec grand plaisir que mon nom avait été retenu sur une liste de six candidats. Le rêve commençait à prendre forme. J'étais heureux mais un peu anxieux en même temps, car il fallait que j'obtienne une libération de huit semaines de mon employeur pour réaliser mon objectif. Encore là, j'ai eu la chance d'obtenir son appui. Les pièces du puzzle se plaçaient tranquillement.

Le cours

Je vous dirai simplement qu'il s'agit d'une étape difficile, exigeante, où tout est fragile. Oui, fragile, car j'ai réalisé que c'était une chance unique et que si je la manquais, je n'aurais probablement plus l'opportunité d'être aussi prêt de mon but. À mi-chemin du processus, j'ai failli tout abandonner à la suite d'un problème. Je me suis finalement remis en selle et j'ai complété le programme avec succès. Le lundi 28 avril 2003, je me suis présenté au bureau de la SAAQ pour l'obtention de mon permis. J'avais eu peine à dormir la veille mais je me sentais confiant. Mon évaluateur avait l'esprit très ouvert à l'égard de mes explications concernant la drôle de lunette que je portais pour mon examen pratique. Puis, il m'a expliqué qu'il prendrait des notes durant l' évaluation mais qu'il ne fallait pas m'en inquiéter. Après l'inspection du véhicule, nous sommes partis sur la route. Cela devait faire au moins quinze minutes que nous roulions et mon évaluateur n'avait pas encore pris de notes. C'est alors que je me suis fait cette réflexion : soit tout va très bien, soit il a trop peur et préfère garder les yeux sur la route afin de s' assurer de revenir en un seul morceau à son bureau. À notre arrivée au stationnement de la SAAQ, il me restait à garer la voiture en marche arrière. Oh boy! J'ai dû m'y reprendre à deux fois avant de stationner l' automobile entre deux véhicules.

Le verdict

Dès l'arrêt du moteur, j'ai pris conscience que le résultat de l'examen importait peu; ayant affronté les obstacles un à un, je me considérais gagnant. Le moniteur m'a demandé comment j'évaluais ma performance sur le parcours effectué. J'ai avoué avec une certaine timidité être assez satisfait du résultat. C'est alors qu'il a répondu : « Vous pouvez l'être! Félicitations, Monsieur Deschênes, vous avez passé votre examen avec succès. » Je me suis alors écrié youppiiiiiiiiiii dans ma tête tout en restant plutôt calme jusqu'à la fin de la procédure (papier, signature, etc.) de délivrance du permis.

Aujourd'hui

Ce 26 mai 2003, j'étais anxieux de rentrer au boulot pour la simple raison que j'étais pour la première fois de ma vie au volant de mon véhicule. Cela me donne une autonomie inespérée. Sans automobile, je devais planifier et optimiser chaque déplacement : épicerie, activité familiale, centre commercial, cordonnerie, petit souper au resto, etc. Je tiens à remercier tous les gens qui ont fait en sorte que ce projet devienne pour moi réalité :

  • MERCI aux professionnels de l'IRDPQ;
  • MERCI à la Fondation de l'IRDPQ;
  • un MERCI spécial à toute l'équipe du CAA;
  • MERCI aux gens de la SAAQ pour leur ouverture d'esprit;
  • MERCI à mes collègues de travail pour leur appui et leur encouragement;
  • MERCI à mes amis pour m'avoir remonté le moral quand j'étais fatigué et avoir calmé mes ardeurs lorsque mon imagination était trop en ébullition;
  • MERCI à ma famille proche qui a toujours cru en moi et sur laquelle je pouvais compter;
  • MERCI aux gens courageux et audacieux qui m'ont autorisé à conduire leur véhicule pendant mon apprentissage;
  • MERCI aux personnes trop souvent rares qui avaient la générosité de m'offrir des transports;
  • MERCI aux autres candidats pour les nombreuses discussions et le partage d'idées;
  • MERCI aux gens de la première heure, tant clients qu'intervenants et gestionnaires;
  • MERCI aux gens qui m' ont donné de nombreux renseignements lors de ma démarche d'acquisition d' automobile et d'assurance;
  • MERCI à tous ceux et celles que j'oublie.

Ce succès vous appartient à tous. Je me dis que dans ce bout de papier (permis) qui représente tellement pour moi, il y a une petite partie de chacun de vous. En toute amitié.



Dernière mise à jour de cette page :  7 février 2004


Fac ut videam (Faites que je vois)
Le mot latin Fac écrit en braille. 
Le mot latin Ut écrit en braille. 
Le mot latin Videam écrit en braille.

Éphéméride du jour

En ce 11 décembre de l'an de grâce 2004. France une première : une personne handicapée visuelle obtient le brevet national de moniteur des premiers secours. (BNMPS).

Saviez-vous que :

L'égalité ou légalité???

Blind Bob, c'est-à-dire Bob l'aveugle, comme le surnommaient affectueusement ses compagnons de prison n'était vraiment pas un aveugle ordinaire. Car de son vrai nom, Robert Vernon Toye, le crime cela pouvait être payant pour un aveugle. Et c'est ainsi qu'il a commis au cours de son infâme carrière criminelle, armé de sa canne blanche bien dissimulée sous son manteau, 17 vols à mains armés de banques. Il a aussi commis 11 tentatives d'évasion, toutes infructueuses. Tout cela lui a valu de passer une bonne partie de sa vie dans un pénitencier fédéral américain.

TyphloPensée

« Nous sommes si aveugles que nous ne savons quand nous devons nous affliger ou nous réjouir : nous n'avons presque jamais que de fausses tristesses ou de fausses joies. »

Montesquieu - Lettres persanes

Étymologie

Typhlophile tire sa racine de « typhlo » d'origine grecque et qui veut dire « cécité »; et « phile » veut dire ami, sympathisant, etc. Donc, Typhlophile veut dire l'ami des aveugles.

Un clin d'œil vers :

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