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La chronique de Jean Brière : La banalisation

Quatre cannes blanches.

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Photographie d'un Dymo braille.
Cet appareil permet d'écrire en braille sur du ruban Dymo.





Typhlophile écrit en braille.
Une vitrine virtuelle à l'attention des AMIS DES AVEUGLES

Le Typhlophile / La chronique de Jean Brière : La banalisation

28 août 2007

La chronique de Jean Brière

Extrait de : Le Vision-Ère, Mars 2007

La banalisation
La chronique de Jean Brière

La rédaction tient à souligner que l'auteur de cette chronique s'exprime à titre personnel.

Récemment, un membre de notre Regroupement me confiait son indignation face à l'expression populaire «souffrir d'une déficience visuelle». Il estimait cette expression mensongère et humiliante puisque son état ne lui causait aucune douleur. Je lui fis observer que la privation d'une vision normale pouvait causer des souffrances psychologiques aussi bien que physiques sans parvenir à calmer son irritation.

Cette attitude me laissa songeur. D'autant plus que, les propos d'une célèbre québécoise handicapée publiés dans un grand magazine m'avaient consterné. En résumé, elle ne pouvait plus tolérer que le public souligne son courage de vivre avec une incapacité physique importante. Elle exigeait qu'on la considère comme une personne normale. Le mot est lâché, la normalité; cet idéal poursuivi, exceptionnellement atteint, par tant de personnes handicapées au Québec!

Dites-moi donc! Qu'est-ce qui nous pousse à tenter sans cesse de banaliser notre handicap et camoufler les difficultés que nous vivons quotidiennement? Croyons-nous vraiment afficher une meilleure autonomie en minimisant les limitations causées par la déficience visuelle lors d'une entrevue, d'un témoignage ou d'une simple conversation?

Il faut admettre que cette voie d'évitement nous est fermement indiquée depuis des décennies par tous les théoriciens du processus d'apparition du handicap. Eux-mêmes rarement handicapés, ils ont excellé dans l'art de manier l'euphémisme afin de normaliser coûte que coûte les anormaux que nous étions. Grâce à l'impulsion bienfaisante de ces «lologues», les aveugles sont tour à tour devenus des handicapés de la vue, des personnes atteintes d'une déficience visuelle, des personnes vivant avec une incapacité visuelle et des personnes ayant des troubles perceptifs. Et quoi encore! Si la tendance se maintient, nous serons bientôt des personnes légèrement désavantagées sur le plan visuel ou bien, des citoyens avec une vision atypique et, pourquoi pas, des gens qui voient différemment.

Certes, les sorciers de la rectitude politique ont adouci les vocables mais qu'ont-ils fait pour lever les obstacles, encombrants toujours nos chemins? Chez l'humain, le sens le plus important est évidemment la vue. Une simple observation de notre vie moderne permet aisément de conclure que près de 85% de l'information captée durant une journée s'avère de nature visuelle. Par conséquent, toute personne privée en tout ou en partie de l'usage de la vue, s'en trouve inévitablement limitée dans l'accomplissement de ses activités quotidiennes de façon sévère. J'ai acquis l'intime conviction que notre situation est grave et que nos efforts de dissimulation ne la rendent pas moins grave. À force de banaliser le handicap visuel en l'assimilant pratiquement à une simple différence, nous contribuons, je le crains, à la réduction de la solidarité, de la compassion et de la volonté d'accommodement raisonnable de la société québécoise envers ses citoyens aveugles et amblyopes. Il ne faut pas s'y tromper, la lucidité n'a jamais freiné la détermination ni l'autonomie.

Vous avez des commentaires, écrivez-moi à : rphv@rphv0312.org

Jean Brière, Québec

Ce texte a été publié dans l'édition de mars 2007 du Vision-Ère. Le Vision-ère est le périodique du Regroupement des personnes handicapées visuelles (régions 03-12).



Dernière mise à jour de cette page :  28 août 2007


Fac ut videam (Faites que je vois)
Le mot latin Fac écrit en braille. 
Le mot latin Ut écrit en braille. 
Le mot latin Videam écrit en braille.

Éphéméride du jour

Aucune éphéméride en déficience visuelle pour aujourd'hui.

Saviez-vous que :

Ted Henter, de nationalité américaine, l'inventeur de JAWS, le logiciel que plusieurs personnes aveugles utilisent pour accéder à l'environnement Windows, est aveugle? En effet JAWS signifie Job Acces With Speech; mais aussi 'machoires'. Le sigle de JAWS est aussi un clin d'œil au film Les Dents de la mer, car on y voit la dorsale d'un requin surgissant de l'eau. Le logiciel a aussi été commercialisé par Henter qui a fondé Henter-Joyce, le manufacturier de JAWS. Donc, Ted Henter est aussi donc un gestionaire d'entreprise.

JAWS le film, est un classique des films d'épouvante et raconte l'histoire d'un grand requin blanc qui terrorise les plages et bouffe les vacanciers!. Ce requin n'était pas un vrai requin dans le film, mais une merveille mécanique qui a valu à ce film certaines distinctions pour ses innovations techniques. Or, Ted Henter était aussi récemment un champion du ski nautique, sport qu'il pratique toujours encore. Les bruits de vagues lorsqu'on installe JAWS, vous vous rappelez? Le moindre qu'on puisse dire, c'est que Ted Henter est un aveugle qui n'a pas froid aux yeux et n'a pas craint de dominer la mer de mots imprimés dans laquelle nous vivons.

TyphloPensée

« Nous parlerons contre les lois insensées jusqu'à ce qu'on les réforme et en attendant, nous nous y soumettrons aveuglément. »

Denis Diderot - Supplément au voyage de Bougainville

Étymologie

Typhlophile tire sa racine de « typhlo » d'origine grecque et qui veut dire « cécité »; et « phile » veut dire ami, sympathisant, etc. Donc, Typhlophile veut dire l'ami des aveugles.

Un clin d'œil vers :

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