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La démarche d'uniformisation du braille français franchit de nouvelles étapes

Quatre cannes blanches.

Dimanche 10 décembre 2017 à 23:01:22 HnE

Tournois d'échecs pour déficients visuels

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Photographie d'une machine à SwellTouch.
Cet appareil permet de reproduire des graphiques en relief sur du papier SwellTouch. Procédé par lequel, sous l'effet de la chaleur, l'encre prend du volume pour donner un relief sur le papier.





Typhlophile écrit en braille.
Une vitrine virtuelle à l'attention des AMIS DES AVEUGLES

Le Typhlophile / LaCriée : La démarche d'uniformisation du braille français franchit de nouvelles étapes

14 avril 2007

Comme vous le savez sans doute, des démarches ont cours, depuis quelques années, afin d'uniformiser le braille français. Faisons le point sur ces travaux dont l'enjeu est de première importance pour tous les lecteurs de braille. Mais, avant de passer en revue les derniers événements, laissez-moi vous expliquer pourquoi j'ai participé à ces travaux.

Pourquoi uniformiser le braille français?

Personnellement, j'ai accepté de consacrer beaucoup de temps et d'énergie au projet d'uniformisation du braille français parce que je suis profondément convaincue qu'une telle démarche peut apporter de grands avantages, tant individuels que collectifs, à l'ensemble des lecteurs de braille du Québec. Ma conviction s'appuie sur une pratique professionnelle de plus de vingt-cinq ans dans divers domaines reliés au braille : transcription chez plusieurs producteurs et en milieu scolaire, gestion du service de production braille et de la bibliothèque de l'Institut Nazareth et Louis-Braille (INLB), enseignement du braille et travail de réadaptation en informatique adaptée auprès des utilisateurs de braille.

Cette expérience variée m'a permis de constater les incohérences du système braille québécois actuel où il n'est pas rare qu'un lecteur doive faire face à trois, quatre ou même cinq représentations différentes pour un même symbole typographique selon qu'il le lit dans un roman produit au Québec, sur afficheur braille, dans un livre de mathématique, dans un roman produit en Europe ou dans un livre en anglais. Dès la première année du primaire, un élève aveugle doit déjà faire face à deux de ces situations (français et mathématique). Lorsqu'il commence à utiliser l'ordinateur, généralement en deuxième année, il doit en affronter trois. Quand il entreprend l'apprentissage de l'anglais, la ronde des incohérences s'accentue encore. Pour l'utilisateur qui apprend le braille à l'âge adulte, ces incohérences peuvent être décourageantes au point que certains finissent par ne plus lire qu'en mode sonore.

Si nous menons à bien l'uniformisation du braille français, nous éliminerons toutes les incohérences entre le braille produit ici et celui des autres pays francophones de même que celles qui existent actuellement entre le braille papier et le braille informatique. Il s'agit là d'un avantage quotidien pour tout lecteur québécois. De plus, l'uniformisation des symboles utilisés et des règles de présentation offrira des documents plus uniformes, quelle que soit leur provenance, ce qui facilitera le repérage et la lecture tout en accroissant la diversité des documents. Enfin, l'existence d'une table braille unique pour le français favorisera le développement de logiciels et d'appareils pour le braille et simplifiera grandement l'échange de documents électroniques.

Hormis les mathématiques, ne resteraient plus, alors, que les divergences entre le français et l'anglais – ou toute autre langue étrangère. Ces divergences sont loin de se limiter à la seule représentation des chiffres et il serait illusoire, à l'heure actuelle, de rechercher une uniformisation universelle du braille puisque plusieurs communautés linguistiques ont déjà entamé sinon terminé leur propre processus d'uniformisation.

État de situation au plan international

Un groupe d'experts formés de représentants de la Belgique, de la France, du Québec, de la Suisse et de pays d'Afrique travaille, depuis 2001, à éliminer les divergences qui se sont accumulées entre les notations braille utilisées dans ces divers pays. Le mandat qui a été confié à ce groupe d'experts comporte trois volets : la représentation des 63 symboles de base, le braille informatique et l'abrégé.

Conformément à leur mandat, les experts ont d'abord tenté de trouver une représentation commune pour les 63 caractères de base du braille papier ainsi que pour les symboles qui sont composés de deux ou trois caractères braille. Les divergences accumulées au fil des décennies concernaient plusieurs symboles : le point, la barre oblique, les chiffres, le symbole pour cent, le symbole de degré, l'indicateur d'élévation, les guillemets, les indicateurs de mise en évidence du texte (gras, souligné), etc. Trouver une solution commune n'était pas une mince affaire, d'autant plus que les diverses représentations utilisées répondaient à des logiques différentes.

Après de longues discussions, les experts se sont entendus sur une proposition basée sur des concessions consenties par tous les groupes concernés. Pour le Québec, la Suisse et certains pays d'Afrique, le changement le plus important concernait la représentation des chiffres. Pour la France et la Belgique, c'est la représentation du point, de la barre oblique et du symbole d'élévation qui constituaient les changements les plus marquants car ceux-ci avaient des répercussions importantes sur leur code mathématique. Enfin, certains symboles adoptaient une représentation nouvelle pour tous, tels le symbole pour cent, l'astérisque et l'indicateur de valeur de base.

Lors de l'expérimentation menée auprès des utilisateurs en 2003, certaines difficultés de lecture ont été identifiées. En conséquence, des changements ont été apportés aux propositions initiales. Par la suite, un code de transcription basé sur les symboles uniformisés a été rédigé afin d'en préciser l'utilisation. Ce nouveau code comporte trois parties :

  1. La première concerne le code braille de base. Elle présente les symboles nécessaires à la transcription de documents généraux destinés à un large public tels les revues et la plupart des romans. Pour cette catégorie de documents, on propose, par exemple, d'utiliser un seul symbole pour marquer la mise en évidence d'une portion de texte, quelle que soit la technique utilisée dans le document d'origine (gras, italique, toutes lettres majuscules, etc.). On propose également une notation beaucoup plus simple pour les adresses de courriel ou de site web que l'on rencontre de plus en plus souvent dans les textes courants.
  2. La deuxième partie présente les symboles qui sont nécessaires à des transcriptions plus précises ou plus complexes tels les manuels scolaires, les documentaires ou les textes techniques. On y prévoit, entre autres, des indicateurs de mise en évidence qui permettent de connaître avec précision le procédé utilisé dans l'imprimé (gras, italique, couleur, etc.). On y traite également de la cohabitation de plusieurs codes afin de permettre la transcription de documents mathématiques ou scientifiques.
  3. La troisième partie présente l'ensemble des techniques utilisées pour la mise en page des documents en braille : types de paragraphes (centrés, alinéas, listes ou blocs alignés à gauche), pagination du document d'origine, titres de divers niveaux, pages préliminaires, tableaux, encadrés, poésie, théâtre, bandes dessinées, etc.

Les transcripteurs peuvent donc trouver, dans ce code, tous les outils voulus pour une transcription des plus précises lorsque c'est nécessaire tout en ayant la possibilité de recourir à une transcription plus souple dans les cas où l'on vise surtout la fluidité de la lecture. Dans un cas comme dans l'autre, ils ont des indications claires sur les techniques de mise en page qui favorisent la compréhension du texte par le lecteur.

Les deux premières parties du code ont été rédigées en 2005 et adoptées par l'ensemble des pays francophones à l'exception du Québec. La troisième partie, rédigée en 2006, en est à l'étape des corrections finales par le groupe international d'experts. Elle sera ensuite soumise à l'approbation des instances décisionnelles concernées. À compter du 1er septembre 2007, toutes les transcriptions en braille français faites en Europe seront conformes au nouveau code.

Parallèlement à la rédaction de la troisième partie du code, certains experts européens et québécois ont travaillé à la représentation des nouveaux symboles sur les afficheurs braille. Leur objectif a été d'éliminer le plus possible les incohérences entre le braille papier et sa représentation sur les afficheurs. Comme le premier se présente sur 6 points et le second sur 8, des aménagements s'imposaient. Une année de discussion a permis d'élaborer une table très cohérente qui devrait permettre aux nouveaux lecteurs de passer beaucoup plus facilement de la lecture sur braille papier à celle sur afficheur. De plus, l'utilisation d'une même table de caractères braille par tous les pays francophones devrait favoriser le développement des logiciels de transcription et la circulation de documents en format électronique. Cette nouvelle table en est actuellement à l'étape de tests avec divers logiciels et équipements braille.

De leur côté, les experts européens ont entièrement revu le code Antoine utilisé pour la transcription des mathématiques et des sciences afin de rétablir sa cohérence avec les symboles du braille général.

Enfin, des discussions sont amorcées pour mettre en place un mécanisme de révision continue du braille uniformisé afin de répondre à d'éventuels nouveaux besoins ou en vue de corriger des imprécisions ou des erreurs qui pourraient entraîner des problèmes de compréhension ou de transcription.

État de situation au Québec

Contrairement aux pays européens et africains qui sont tous regroupés au sein de la Commission évolution du braille français, le Québec n'a pas encore adopté les deux premières parties du nouveau code uniformisé. En avril 2006, le Comité québécois de concertation sur le braille, mis sur pied par l'Office des personnes handicapées du Québec, a formé un comité de travail technique afin que ce dernier lui donne un avis quant à l'adoption de ce code et quant aux modalités d'appropriation et d'implantation à prévoir, le cas échéant. Le comité technique est composé de 6 membres qui sont tous des professionnels œuvrant dans le domaine du braille. Il s'agit de représentants du milieu associatif, des réseaux de l'éducation et de la réadaptation ainsi que du groupe international d'experts. Au terme d'une étude approfondie des deux premières parties du nouveau code, le comité a recommandé leur adoption en décembre 2006 en énonçant par ailleurs quelques recommandations. Il demande, entre autres, que soit rédigée une version québécoise du nouveau code de transcription, conforme à l'esprit de ce dernier, mais plus spécifique dans les cas où deux options sont proposées pour une même situation. Les prochaines rencontres du Comité technique porteront sur l'examen de la version finale de la troisième partie du code et de la table braille uniformisée.

Lors de sa rencontre de juin prochain, le Comité québécois de concertation sur le braille réexaminera l'ensemble de la situation afin de prendre une décision définitive et concertée.

En conclusion

Si le braille gagne en cohérence, il sera plus facile à apprendre. Si plus de documents sont accessibles, tant sur papier qu'en format électronique, le braille sera lu davantage. Si toute la francophonie utilise les mêmes outils technologiques, elle aura plus de poids pour les faire évoluer. Tels sont les bienfaits escomptés de la démarche d'uniformisation du braille français.

Martine D'Amour,

spécialiste en réadaptation en déficience visuelle, Institut Nazareth et Louis-Braille
membre du groupe international d'experts,
représentante du groupe d'experts au Comité de travail technique du Comité québécois de concertation sur le braille (CQCB).


LaCriée, liste de distribution d'information générale concernant les déficients visuels est membre du partenariat de groupes consacrés à la déficience visuelle.

Pour recevoir dans votre boîte aux lettres ces derniers, lors de leur diffusion, envoyer un courriel à : lacriee-abonnement@yahoogroupes.fr.

 


Dernière mise à jour de cette page :  14 avril 2007


Fac ut videam (Faites que je vois)
Le mot latin Fac écrit en braille. 
Le mot latin Ut écrit en braille. 
Le mot latin Videam écrit en braille.

Éphéméride du jour

Aucune éphéméride en déficience visuelle pour aujourd'hui.

Saviez-vous que :

Le système braille est le résultat de nombreuses recherches de la part de son auteur, mais on peut dire que, dès 1825 alors que Louis Braille n'a que 16 ans, la partie essentielle de son système est conçue.

TyphloPensée

« L'œuvre se situe dans l'œil de celui qui regarde. »

MARCEL DUCHAMP

Étymologie

Typhlophile tire sa racine de « typhlo » d'origine grecque et qui veut dire « cécité »; et « phile » veut dire ami, sympathisant, etc. Donc, Typhlophile veut dire l'ami des aveugles.

Un clin d'œil vers :

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