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Les multiples défis d'Internet pour les usagers handicapés visuels

Quatre cannes blanches.

Lundi 11 décembre 2017 à 00:31:22 HnE

Tournois d'échecs pour déficients visuels

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Photographie d'un afficheur braille et un clavier d'ordinateur.
Un poste de travail informatique adapté utilisant l'afficheur braille du PACmate en position de travail sous un clavier d'ordinateur.





Typhlophile écrit en braille.
Une vitrine virtuelle à l'attention des AMIS DES AVEUGLES

Le Typhlophile / Les multiples défis d'Internet pour les usagers handicapés visuels

Journée thématique
Les enjeux d'Internet pour les personnes handicapées visuelles
organisée par l'Association BrailleNet
et la Cité des Sciences et de l'Industrie de la Villette
 
9 février 1999
Cité des Sciences et de l'Industrie de la Villette
Salle Louis Armand
30, avenue Corentin Cariou 75930 Paris cedex
 
par Jean-Marie D'Amour M.Éd.
Agent de réadaptation en déficience visuelle
Institut Nazareth et Louis-Braille
http://www.inlb.qc.ca

Internet n'est plus un phénomène en émergence, du moins au Québec, mais une réalité grand public en croissance rapide. Pour un nombre de plus en plus grand, il a déjà changé notre façon de nous informer, de communiquer et d'interagir sur une base commerciale, politique ou privée. C'est un phénomène en évolution constante, tant au niveau des moyens mis en oeuvre que de la mouvance sociale qui y prend forme.

Il représente une opportunité extraordinaire pour les personnes non-voyantes. Internet permet enfin d'accéder à la même information que les voyants et en même temps, ce qui représente un progrès par rapport à l'enregistrement audio ou à la transcription braille. On parle déjà de bibliothèque virtuelle, ce qui illustre bien les possibilités ouvertes par ce média. Internet peut être un contenant et un véhicule pour la bibliothèque, mais il est également un contenu qui dépasse les frontières de la bibliothèque. C'est une porte ouverte sur le monde. Un nouveau départ pour tous, que nous soyons voyants ou non-voyants.

Des entreprises privées ou publiques de plus en plus nombreuses ont placé ce nouvel outil au coeur de leur stratégie de communication interne et externe. L'intranet et l'internet deviennent dans bien des cas des outils de travail indispensables. Une personne non-voyante peut très bien utiliser le courrier électronique, ce qui n'est pas le cas de la télécopie, impossible ou difficile à lire. Elle peut faire des achats, des transactions bancaires ou compléter les formulaires administratifs de son entreprise sans avoir à se déplacer. Au clavier de son ordinateur, elle est un employé ou un client comme les autres et élimine ainsi de nombreuses situations de handicap. En un mot, Internet est déjà une avenue incontournable qui offre un potentiel d'intégration sociale tout à fait exceptionnel.

Internet est cependant une réalité en évolution très rapide, une rapidité de changement que l'on peut qualifier de phénoménale et de passablement essoufflante pour ceux qui veulent se tenir à la fine pointe. Malheureusement, cette évolution ne va pas toujours dans le bon sens. Toutes ces nouvelles technologies qu'on introduit si rapidement sur Internet ne facilitent pas toujours la tâche de ceux qui veulent les utiliser via des adaptations braille ou sonores. En pratique, cette course à la nouveauté ressemble souvent à une course à obstacles qu'il faut franchir ou contourner, mais qu'il faut surtout voir venir d'un peu plus loin si l'on veut augmenter ses chances de réussir.

Même s'il existe un organisme central de concertation et de consensus comme le World Wide Web Consortium qui tente d'établir des standards qui tiennent compte des besoins des personnes handicapées, HTML 4.0, par exemple. Il est débordé de toutes parts par les petits et les grands concepteurs trop pressés de gagner un avantage significatif sur leurs concurrents. Résultat: un développement somme toute assez anarchique.

L'adaptation d'Internet est donc une bataille permanente qui se fait sur deux grands fronts à la fois: l'adaptation du Web et l'adaptation au Web. Le premier relève de la responsabilité sociale face à l'exclusion de certains individus. Le second, fait appel à la responsabilité individuelle des exclus de se donner les moyens nécessaires à leur intégration sociale.

L'adaptation du Web

Sur le front de l'adaptation des sites Web, l'initiative la plus intéressante et la plus prometteuse est celle du WAI (Web Accessibility Initiative). Ce groupe est rattaché directement au W3C (World Wide Web Consortium) et donc branché sur les travaux en cours visant la standardisation des nouvelles technologies sur Internet. On ne peut imaginer de meilleure situation pour influencer le développement dans le sens de l'accessibilité universelle ou pour travailler à l'adaptation des technologies en émergence.

Le WAI a produit à ce jour des documents de travail proposant des lignes directrices s'adressant notamment aux concepteurs de pages Web, aux concepteurs d'outils de navigation et aux concepteurs d'outils de conception de sites. De plus, ils tentent de développer des outils de diffusion pour évangéliser les divers publics qu'il faut sensibiliser au concept d'accessibilité universelle du Web.

Le principe fondamental véhiculé par le WAI est de dissocier le contenu d'un site de sa présentation et de toujours privilégier les balises qui qualifient la structure au détriment de celles qui modifient seulement l'apparence, par exemple, la balise <STRONG> plutôt que la balise <B> pour gras. C'est une façon différente et plus exigeante de concevoir un document que celle à laquelle nous a habitué le traitement de texte où seul compte le résultat obtenu sur papier. Ces balises structurelles permettent aux interfaces d'adaptation de faire un travail plus intelligent dans la présentation du contenu à l'utilisateur.

Heureusement, cette nouvelle façon de concevoir un document présente d'autres utilités que l'accessibilité universelle qui deviendrait autrement un fardeau que beaucoup jugeraient trop lourd à porter. Cette structuration des contenus permettra à des agents de recherche plus intelligents de mieux répondre aux besoins de l'ensemble des utilisateurs en leur évitant de se noyer dans une mer d'information où ils ne sauraient pas nager. C'est une question de survie pour Internet qui sinon pourrait bien crouler sous son propre poids.

Dans le domaine de l'édition papier, avec le développement des outils de conception, les dernières années ont vu apparaître dans les documents imprimés des mises en page de plus en plus complexes qui posent des obstacles parfois insurmontables aux machines à lire qu'utilisent de nombreuses personnes non-voyantes. Comme dans bien d'autres domaines, à partir du moment où une technologie est disponible, il devient irrésistible de la pousser à sa limite quelqu'en soit les conséquences sociales ou autres. C'est la même chose sur Internet avec, en plus, toutes les possibilités offertes par le multimédia.

Il est facile de concevoir un site Web accessible. Là où réside vraiment le défi c'est de concevoir un site Web intéressant, dynamique, interactif, à la fine pointe des nouvelles technologies... et accessible. Chaque nouvelle technologie en émergence sur le Web constitue un nouveau défi à relever pour les spécialistes de l'adaptation du Web. Il faut donc créer des alliances avec ceux qui conçoivent et utilisent jusqu'à la limite ces nouvelles technologies. Cela ne peut se faire seulement à l'échelle internationale, il faut également le faire au plan national, régional ou local.

Malgré tout le respect que j'ai pour le travail du WAI, je voudrais apporter quelques suggestion pour en améliorer la diffusion et l'impact:

  1. Offrir, le plus tôt possible, une traduction française de tous les documents publiés par le WAI parce qu'il est toujours plus agréable de lire dans sa langue. Si l'on veut faire du travail de promotion en français, il est important de disposer d'outils dans cette langue.
  2. Les documents du WAI sont des documents techniques de haut niveau très pertinents quand on s'adresse à des spécialistes du HTML, mais peu utiles pour d'autres publics. La conception des sites Web passe par des décideurs qui n'ont pas ces compétences techniques et implique des professionnels issus de divers horizons (communication, marketing, graphisme, animation vidéo et autres). Il faut pouvoir s'adresser tout autant à ces acteurs importants et ce, dans un langage qu'ils puissent comprendre.
  3. Offrir dans chacun des pays, avec la collaboration d'agences privées ou publiques, des services de consultation sur l'accessibilité universelle d'Internet pour guider les concepteurs de sites en proposant des exemples à suivre et des sessions de formation. Ces services pourraient également donner des conférences aux décideurs et autres acteurs qui ne sont pas des spécialistes du HTML.
  4. Mobiliser les utilisateurs qui bénéficient de cette accessibilité en leur fournissant des outils de sensibilisation dans un langage qu'ils puissent s'approprier tout en référant leurs interlocuteurs aux documents de nature plus technique. Rien ne vaut, par exemple, l'intervention d'un utilisateur aveugle auprès d'un responsable de site pour lui expliquer les problèmes qu'il rencontre. Compte tenu du nombre d'acteurs à sensibiliser, c'est souvent la meilleure porte d'entrée pour faire bouger les choses. Nous croyons quant à nous qu'il s'agit d'un moyen d'action absolument indispensable.

L'approche de l'adaptation des sites Internet donne déjà des résultats intéressants et il faut poursuivre sans relâche le travail dans ce sens, même si la tâche est immense et que l'objectif ne pourra être atteint que partiellement. C'est pourquoi il faut également travailler sur un autre front, celui de l'adaptation au Web.

L'adaptation au Web

Le deuxième front est celui de l'amélioration des outils d'adaptation pour l'utilisation d'Internet. Sur ce front, deux avenues s'offrent à nous : les navigateurs dédiés pour les non-voyants et les outils d'adaptation des navigateurs grand public.

Parmi les navigateurs dédiés, c'est-à-dire conçus spécifiquement pour le utilisateurs non-voyants, on peut mentionner un produit américain appelé PW Webspeak et un produit français Braille-net. On peut également considérer dans cette catégorie le navigateur Lynx qui n'a pas été conçu à l'origine pour cette clientèle mais est utilisé encore par de nombreuses personnes non-voyantes.

Ces outils ont l'avantage de faciliter la navigation sur le Web en réinterprétant le code HTML dans une mise en page plus simple à lire en braille ou en sonore. Une telle approche peut sembler à plusieurs une façon plus sécurisante ou moins dépaysante d'aborder Internet. Si cela donne le goût de s'aventurer sur le Web c'est déjà un atout intéressant.

Cette approche comporte cependant plusieurs difficultés dont il faut également parler. La principale de ces difficultés est de maintenir à jour un outil dédié qui suive l'évolution de la technologie Internet. Cet outil doit également maintenir la compatibilité avec l'ensemble des outils d'adaptation logiciels et matériels (synthétiseurs vocaux et afficheurs braille).

Nous avons déjà parlé de la rapidité de l'évolution d'Internet. Nous pourrions ajouter que certaines technologies en émergences sont vouées à un avenir très éphémères alors que d'autres vont s'imposer plus longtemps ou marquer une nouvelle étape. Il faut faire les bons choix sans prendre trop de retard. D'autre part, maintenir la compatibilité avec les logiciels et matériels d'adaptation exige également du développement pour les concepteurs de navigateurs dédiés.

Les concurrents sur ce marché auront-ils les ressources suffisantes pour faire évoluer leur outil sans donner l'impression d'une arrière-garde qui traîne du pied? L'existence même d'une concurrence n'est-elle pas déjà un gaspillage de ressources? Pour notre part, nous avons choisi une autre avenue qui, comme vous le verrez ne renie pas la première, mais nous semble plus prometteuse à long terme.

Les outils d'adaptation tels que JAWS ont été conçu comme des interfaces adaptées de Windows et ont donc une vocation générale d'adaptation qui prend déjà en compte l'évolution des logiciels et matériels d'adaptation. D'autre part, grâce à une collaboration avec Microsoft, JAWS propose une adaptation de plus en plus complète d'Internet Explorer 4. Il incorpore notamment des fonctions de réinterprétation de la page Web qui s'approche grandement de ce que font les navigateurs dédiés, mais tout en demeurant dans le cadre du navigateur de Microsoft.

Microsoft a essuyé depuis plusieurs mois de nombreuses critiques concernant ses pratiques commerciales monopolistiques. Il reste cependant que cette compagnie a pris au sérieux le concept d'accessibilité universelle, ce qui se traduit d'une version à l'autre par de nouvelles fonctions d'accessibilité. Nous pourrions même imaginer que le travail de réinterprétation du code HTML tel que réalisé par les navigateurs dédiés pourrait être pris en charge partiellement ou totalement au niveau même du navigateur grand public.

Mais, de plus en plus, que ce soit au travail ou à la maison, les personnes non-voyantes partagent un ordinateur avec des personnes voyantes. De plus en plus, les personnes non-voyantes doivent travailler en équipe avec des personnes voyantes sur les même contenus. Il faut donc, le plus possible que la personnes non-voyante puisse accéder entièrement à l'information sur le même écran que la personne voyante et dans la même mise en page.

Il y a donc du travail à faire du côté de l'amélioration des outils d'adaptation pour développer par exemple une reconnaissance intelligente et automatique des colonnes ou des pavés de texte permettant de naviguer plus facilement sur des mise en pages complexes. Ce n'est pas simple, mais il y a sûrement des possibilités à explorer et à créer de ce côté.

Notons enfin, que le Web mobilise de plus en plus de travailleurs à travers le monde et pourquoi pas aussi des travailleurs du Web non-voyants. Il y a déjà des webmestres aveugles comme mon ami Émile Ouellet ou handicapés visuels comme moi-même. Mais, peut-on penser intégrer des non-voyants dans les équipes de conception des sites Web les plus importants? Pourront-ils se mesurer à leurs pairs voyants dans l'utilisation des nouvelles technologies constamment en émergence sur le Web? Pourront-ils non seulement combler leur retard mais prendre de l'avance sur leurs concurrents? Pourront-ils devenir les concepteurs champions de sites intéressants, dynamiques, interactifs, à la fine pointe des nouvelles technologies et accessibles?

Il reste du chemin à parcourir, mais ce chemin est déjà balisé et la rencontre d'aujourd'hui pourrait constituer une étape déterminante. C'est ce que je nous souhaite.



Dernière mise à jour de cette page :  26 janvier 2003


Fac ut videam (Faites que je vois)
Le mot latin Fac écrit en braille. 
Le mot latin Ut écrit en braille. 
Le mot latin Videam écrit en braille.

Éphéméride du jour

Aucune éphéméride en déficience visuelle pour aujourd'hui.

Saviez-vous que :

Au Québec, le nombre de jeunes handicapés visuels âgés de 5 à 21 ans est estimé, dans certains programmes gouvernementaux, à 5135 individus.

TyphloPensée

« La haine aveugle n'est pas sourde. »

Pierre Desproges - Chroniques de la haine ordinaire

Étymologie

Typhlophile tire sa racine de « typhlo » d'origine grecque et qui veut dire « cécité »; et « phile » veut dire ami, sympathisant, etc. Donc, Typhlophile veut dire l'ami des aveugles.

Un clin d'œil vers :

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