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Un projet de nouveau Code Braille au Québec : Pour qui? Pourquoi? À quel prix? Réponse d'une experte

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Le braille est le système de lecture et d'écriture pour les aveugles inventé par Louis Braille au début du XIXe siècle.





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Typhlophile écrit en braille.
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Le Typhlophile / Un projet de nouveau Code Braille au Québec : Pour qui? Pourquoi? À quel prix? Réponse d'une experte

22 octobre 2007

Monsieur Côté,

Vous venez de publier un long texte contenant plusieurs questions pour lesquelles vous semblez attendre des réponses. [cf. Un projet de nouveau Code Braille au Québec : Pour qui? Pourquoi? À quel prix? diffusé le 19 octobre 2007.] J’ai cru utile de répondre à votre préambule ainsi qu’aux questions 1, 2, 4, 7, 9 et 11. Je m’exprime ici à titre d’experte ayant participé aux travaux d’uniformisation, tant au plan international qu’au sein des instances québécoises.

Avant d’aller plus loin, je précise que, comme vous, je lis le braille tactilement depuis l’âge de 6 ans et que je travaille dans des domaines connexes (transcription, réadaptation, etc.) depuis près de 30 ans.

Voici maintenant mes réponses à vos questions :

Vous dites : « Sachons que 3 parties de ce projet de nouveau Code sont maintenant complétées sur lesquelles on veut bien s’appuyer pour imposer ce dernier. Ces 3 parties, truffées d’erreurs, d’imprécisions et d’exemples confus, ont, pour l’instant mis à l’écart l’abrégé Braille qui viendra modifier complètement les règles édictées dans celles-ci. Les promoteurs veulent donc faire accepter leur projet avant même que l’on connaisse l’ampleur des changements. C’est comme si, chez le tailleur, on voulait nous faire acquitter la facture avant même que celui-ci ait pris nos mesures, choisi les tissus, défini les couleurs, etc. »

Réponse : ne vous rappelez-vous pas que le Code de transcription de l’imprimé en braille a été adopté, au Québec, par modules entre 1986 et 1989 ? J’étais alors technicienne de braille à l’INLB et je me souviens que les 5 premiers chapitres ont été implantés avant que l’ensemble du code ne soit même fini de rédiger. De plus, ce code a été adopté avant que les travaux de révision de l’abrégé ne débutent. Je peux en témoigner puisque j’ai participé à ces travaux, tout comme vous. Pourquoi une démarche par étapes vous semble-t-elle si inacceptable actuellement alors que vous n’avez pas dénoncé cette façon de faire à l’époque ? Ne s’agit-il pas de fonctionnements similaires ?

Vous dites : « Q1 : Est-il normal que des décisions très importantes touchant le mode de lecture et d’écriture privilégié des aveugles, le Braille, soient prises par des non-usagers du Braille? »

Réponse : en tant que membre du comité de normalisation, vous pouvez certainement me dire combien de non usagers du braille étaient membres de ce comité lorsqu’il a adopté les codes mis en vigueur au Québec entre 1986 et 1996. Des recherches parmi les documents officiels du Ministère de l’éducation feraient certainement ressortir que le comité était composé d’un nombre de fonctionnaires non usagers du braille équivalent à ceux qui siègent au CQCB actuellement. Mais peut-être avez-vous oublié ce détail… Par ailleurs, le Comité technique mis sur pied par le CQCB pour l’aviser sur la démarche actuelle est composé de 6 membres lecteurs de braille dont 4 sont des lecteurs tactiles. Le groupe d’experts international est lui aussi composé exclusivement de lecteurs de braille dont 9 sur 12 sont des lecteurs tactiles. Il me semble donc pouvoir affirmer que les utilisateurs de braille sont aussi bien représentés maintenant qu’ils l’étaient à l’époque du comité de normalisation. S’il existe une différence significative entre le travail d’uniformisation actuel et les démarches précédentes, c’est l’esprit de collaboration entre plusieurs experts rédacteurs qui anime la démarche en cours et la consultation des lecteurs dont l’avis n’avait jamais été sollicité auparavant.

Vous dites : « Q2 : le 7 juin 2001 à Casablanca a été signé un accord de coopération pour une uniformisation du Braille français entre des représentants de l’Afrique, de la Belgique, de la France, du Québec et de la Suisse. D’une part : Qui avait mandaté le CQCB pour signer cet accord? Où étaient les usagers de Braille? Quelles avaient été les consultations faites auprès des usagers qui ont mené à cette signature? Où sont les documents de référence préalables à cette décision?

D’autre part : Depuis le 17 août 2006, suite à un arrêté décrété unilatéralement par la France il n’y a plus d’accord de coopération. (www.sante.gouv.fr/adm/dagpb/bo/2006/06-09/a0090033.htm) (Voir Annexe 2). Donc, ce jour-là le Québec a perdu ainsi tout pouvoir de négociation avec les signataires de cette entente et s’est retrouvé isolé avec son projet d’implantation d’un nouveau Code au Québec. »

Réponse : l’arrêté ministériel français n’a en rien altéré le fonctionnement du groupe d’experts internationaux. Le Québec continue de négocier activement la finalisation du code. La preuve en est que la troisième partie, adoptée le 8 octobre 2007 par la Commission Évolution du braille français (CEBF), a été rédigée entre janvier 2006 et septembre 2007 et qu’elle est largement teintée de nos usages. J’ai personnellement discuté avec certains experts durant de nombreuses heures via internet. Une autre discussion est d’ailleurs prévue le 26 octobre. Il est donc totalement faux de dire qu’il n’y a plus d’accord de coopération. Plus encore : il est tout à fait normal que chaque signataire de l’accord agisse de façon souveraine. Vous seriez le premier choqué s’il en était autrement. C’est dans cet esprit que la France a décrété l’implantation des deux premières parties du Code et que le Québec a décidé d’en faire une édition différente mais respectueuse de l’accord.

Vous dites : « Q4 : Pourquoi, nulle part, ne retrouve-t-on une évaluation des coûts qu’engendrait le renouvellement des livres scolaires déjà transcrits en Braille et qui ferait l’objet d’une réédition extrêmement coûteuse? »

Réponse : vous savez, comme moi, que les livres scolaires ont la vie très courte. Ils ne servent souvent qu’à un seul étudiant lorsqu’ils sont utilisés en milieu scolaire régulier. Une réédition ne serait donc nécessaire que pour un petit nombre d’entre eux. Mais je suis bien consciente que toute réforme, quelle qu’elle soit, engendre des coûts. Par exemple, il serait intéressant d’évaluer les coûts engendrés par la révision de l’abrégé mise en place par l’éducation en 1996. Je travaillais alors à la transcription de matériel didactique à la Commission scolaire de Montréal et j’ai dû refaire quantité de petits romans pour les rendre conformes à la nouvelle répartition des abréviations pour les élèves de troisième, quatrième et cinquième année du primaire. Cette réforme a également engendré des coûts de développement de logiciel pour répondre à un besoin unique au milieu de l’éducation Québécois puisqu’il est le seul au monde à utiliser ces abréviations. Par conséquent, les Québécois ont été seuls à en assumer les coûts.

Vous dites : « Q7 : Comment expliquer l’avantage de l’uniformisation du Braille à l’intérieur de la francophonie quand le Québec, au niveau scolaire, est unique par ses programmes et ses manuels scolaires, et que, d’autre part, il est beaucoup plus près, académiquement, des Canadiens anglais et des É.-U. ? »

Réponse : vous avez peut-être raison de dire que nos manuels scolaires sont plus semblables à ceux de l’Amérique du Nord qu’à ceux de l’Europe, bien que je n’aie pas fait de réelle comparaison pour en juger. Mais vous semblez ne pas considérer que la majorité des lecteurs de braille Québécois ne fréquentent pas le milieu scolaire. Ces lecteurs, tout comme les étudiants, ont des besoins. L’uniformisation du braille français peut constituer une avenue avantageuse pour y répondre sans que les étudiants en soient pour autant pénalisés. Je connais personnellement bon nombre d’utilisateurs qui sont en accord avec l’uniformisation du braille dont deux étudiants de niveau universitaire.

Vous dites : « Q9 : Comment se fait-il que la majorité des experts Braille aveugles qui faisaient partie du comité sur la normalisation du Braille français en éducation avant 2002, aient été écartés du projet d’un nouveau Code Braille? En plus, pourquoi *messieurs Paul-Henri Buteau et **Jacques Côté ainsi que madame ***Nicole Trudeau, Ph.D tous trois, experts de Braille ainsi que concepteurs et réalisateurs des documents identifiés en Annexe 1 par des astérisques: N’aient jamais été invités à faire partie de ce projet ce qui aurait été tout simplement un minimum normal de continuité? »

Réponse : vous savez très bien, Monsieur Côté, que vous avez été invité, ainsi que Mme Trudeau, à participer à ces travaux. J’en suis informée puisque nous étions tous trois présents à une rencontre qui a eu lieu en novembre 2001 dans les locaux de l’INLB. Je cite le compte-rendu officiel de la réunion du 12 décembre 2001 du CQCB : début de la citation : « Information sur les travaux en cours (groupes d’experts internationaux) M. Bourdeau nous informe de l’avancement des travaux sur les 63 symboles. Le groupe d’experts québécois s’est réunit au mois de novembre dernier. Pour le bénéfice des nouveaux membres du Comité québécois de concertation sur le braille, Mme Annie Beaupré demande à M. Bourdeau de nommer la composition du groupe d’experts québécois. Ce groupe est composé de Martine D’Amours, Nicole Trudeau, Pierre Ferland, Jacques Côté, Jean-Eudes Cayouette et la coordination est assurée par Yvan Bourdeau. » (fin de la citation). Cette rencontre de novembre 2001 était la première du groupe d’experts québécois. Il y est rapidement devenu clair qu’il s’agissait d’un travail considérable pour lequel aucun budget n’était alors assuré. Cela laissait entrevoir que les personnes présentes ne seraient pas rémunérées pour leur participation. Pour ma part, j’ai activement participé à toutes les rencontres subséquentes et je suis encore, 5 ans plus tard, très engagée dans la démarche. Je sais que toutes les personnes présentes à cette première rencontre auraient pu en faire autant. J’ignore pour quelles raisons vous ainsi que Mme Trudeau vous êtes retiré.

Vous dites : « Q11 : Qu’est-ce qu’un Code : Le dictionnaire Larousse nous dit : « Ensemble des lois et dispositions réglementaires qui régissent une matière déterminée : recueil de ces lois. Ensemble de préceptes qui font loi dans un domaine. »

Considérant que les documents officiels utilisés au Québec répondent à ces définitions et qu’ils permettent de régir l’ensemble des documents Braille au Québec, pourquoi mettre tant d’énergie à vouloir implanter un nouveau Code aussi imparfait qu’inutile? »

Réponse : si les codes actuellement implantés au Québec sont aussi parfaits que vous le laissez entendre, pourquoi ont-ils fait l’objet de révisions ? Le Code de transcription de l’imprimé en braille, initialement publié en 1989 a été révisé en 1996 et devait faire l’objet d’une seconde révision qui a été abandonnée en raison des travaux amorcés au plan international. Si nous adoptons le code braille qui résulte des travaux d’uniformisation, nous n’aurons fait que franchir l’étape de cette nouvelle révision déjà planifiée. À ce titre, j’aimerais vous inviter à signaler aux experts qui oeuvrent encore à améliorer le code les erreurs, imprécisions et exemples confus dont vous dites qu’il est « truffé ». Nous serons heureux d’apporter les corrections qui s’imposent.

J’ai peu d’espoir que ces quelques réponses vous amènent à réévaluer votre point de vue. Par contre, j’ose espérer que ce petit exercice de rectification des faits permettra aux lecteurs que vous interpellez de mieux comprendre la situation.

Martine D’Amour, lectrice tactile du braille



Dernière mise à jour de cette page :  22 octobre 2007


Fac ut videam (Faites que je vois)
Le mot latin Fac écrit en braille. 
Le mot latin Ut écrit en braille. 
Le mot latin Videam écrit en braille.

Éphéméride du jour

Aucune éphéméride en déficience visuelle pour aujourd'hui.

Saviez-vous que :

C'est à la foire de Saint-Ovide (France), en septembre 1771, que Valentin Haüy vit des aveugles faire les clowns sous les quolibets et les rires de la foule. La vue de ces hommes impuissants, dégradés et ridiculisés le choqua profondément. Cet incident fut à l'origine de la campagne qu'il mena pour fonder ce qui fut la première école au monde réservée aux aveugles.

TyphloPensée

« On dit que la fortune est aveugle. C'est exagéré, souvent elle est simplement louche. »

Anonyme

Étymologie

Typhlophile tire sa racine de « typhlo » d'origine grecque et qui veut dire « cécité »; et « phile » veut dire ami, sympathisant, etc. Donc, Typhlophile veut dire l'ami des aveugles.

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