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LE BRAILLE AU-DESSUS DE LA MÊLÉE

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Photographie d'un livre braille.
Un livre braille. Une page imprimée conventionnelle donne environ 2,5 pages braille.





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Typhlophile écrit en braille.
Une vitrine virtuelle à l'attention des AMIS DES AVEUGLES

Le Typhlophile / LE BRAILLE AU-DESSUS DE LA MÊLÉE

25 mai 2007

Au cours des derniers mois, des usagers et des intervenants dans le domaine du braille se manifestent tour à tour soit pour promouvoir les travaux réalisés au Québec au cours des années quatre-vingt, soit pour justifier la nécessité d'une remise en question fondamentale des acquis consignés dans le Code pour la transcription en braille de l'imprimé. Débat de professionnels imbus de pouvoir, usagers craintifs de devoir modifier des habitudes ou simple préoccupation d'individus recherchant une solution optimale à un problème complexe?

Sans doute que toutes ces questions sont pertinentes et loin de moi la prétention de déterminer ici le dosage approprié pouvant conduire à la Vérité. Cependant, à la lumière de mon expérience aussi bien professionnelle que personnelle en tant qu'usager du braille, je m'estime habilité à vous faire part de certaines considérations essentielles au présent dossier.

Tout d'abord, l'édition de 1996 de ce code n'aurait jamais fait consensus au Québec et le système braille comporterait de nombreuses incohérences. Voilà des affirmations publiques qui ont récemment attirées mon attention et qui méritent tout au moins d'être validées avant de passer à l'histoire. Lorsque de telles affirmations, aussi catégoriques que lourdes de conséquences sont véhiculées sous le couvert d'organisations comme l'Office des personnes handicapées du Québec et l'Institut Nazareth et Louis-Braille, nous sommes en droit d'exiger que celles-ci soient minimalement documentées. Or, une vérification sommaire indique que c'est dans les années quatre-vingt et non quatre-vingt-dix que le code de transcription a été développé et que celui-ci s'est fait sur la base d'un large consensus. Encore aujourd'hui et de manière factuelle, les producteurs québécois mentionnent dans les pages préliminaires que l'ouvrage est produit en se référant à l'édition 96 du Code pour la transcription en braille de l'imprimé. Il importe de préciser que la première édition de ce code a été publiée en 1989 à la suite d'une collaboration étroite du milieu de l'Éducation et de l'Institut Nazareth et Louis-Braille.

D'autre part, quant à l'incohérence du braille au Québec, je veux bien admettre que nous sommes un petit peuple mais de là à rejeter du revers de la main nos efforts individuels et collectifs qui ont permis la réalisation et l'approbation unanime d'un code de base et de trois codes spécialisés, il faut pour le moins manquer de perspective. Ce fait est d'autant plus bouleversant que le projet soumis ne rencontre pas un large consensus auprès des usagers et que bon nombre des protagonistes du changement ont contribué et supporté le développement des codes présentement en usage. On nous indique que l'incohérence viendrait particulièrement du fait que la représentation braille des symboles typographiques peut varier selon la discipline et les outils utilisés. Quelles surprises.! Est-ce que l'univers graphique du code en devenir peut se dissocier d'une approche contextuelle?

Est-ce que les caractères braille de la quatrième série n'auront pas une valeur différente précédés ou non du point 6 et que le lecteur se situera en braille intégral ou abrégé? Qui plus est, dans l'univers des voyants, la lettre « a » ne change-t-elle pas de personnalité selon la discipline de référence et l'outil employé pour la réaliser? Êtes-vous en train de dire que la personne aveugle ne serait pas en mesure de s'approprier certaines correspondances mentales?

Dans le projet du nouveau code de transcription et selon toute vraisemblance, l'objectif visé ne serait plus la mise en place d'un système le plus universel possible dans le respect des exigences de notre langue. Ce leitmotiv qui a toujours animé le développement du braille à travers le monde serait rejeté au profit d'une nouvelle cohérence. En quelque sorte, la personne aveugle serait maintenant invitée à se satisfaire d'un nivellement par le bas en ayant comme seule référence la francophonie et en assujettissant le système braille aux besoins graphiques de base de certaines disciplines et des outils servant à le reproduire.

D'une part, l'usager a un droit fondamental à savoir celui d'un plein accès à l'ensemble du système graphique propre à une discipline et d'autre part, les outils sont au service du système graphique et non l'inverse. Ne pas adhérer à ces principes équivaut à nier la capacité d'autonomie et d'intégration des personnes aveugles. Ce serait, en quelque sorte, favoriser une « mcdonaldisation » du système braille conduisant inévitablement à une fermeture aux autres et à un repli sur soi. En pleine mouvance du quarantième anniversaire de l'Exposition universelle de 1967 qui a permis au Québec de se faire reconnaître à travers le monde, il est tout au moins surprenant que certains veuillent privilégier une telle approche.

Mes préoccupations sont-elles de simples appréhensions? Dans toute conduite humaine, il est de mise de pouvoir évaluer le produit avant de l'acquérir. Or, selon les informations disponibles, la France aurait approuvé le nouveau code avant de connaître le contenu d'une troisième partie actuellement en préparation. Le Québec pour sa part ne retiendrait pas la version disponible des deux premières parties, mais appliquerait un code de pratique plus rigoureux que le code de la francophonie. Aussi, aucune consultation des usagers portant sur l'ensemble du projet n'est prévue avant l'implantation.

Bien plus, il semble impossible d'avoir accès à des études portant sur le changement des orientations ayant eu cours jusqu'à maintenant dans la normalisation du braille. Quelle belle cohérence! Est-ce cela l'uniformisation du braille français? Afin de concrétiser mes réserves, je vous invite à examiner quelques situations inspirées par le projet du nouveau code de transcription.

On mentionne que l'une des caractéristiques serait de faire en sorte que chaque symbole braille puisse posséder une valeur typographique unique afin de supprimer les ambiguïtés. Difficile de se retrouver car d'une part, quatre configurations de points braille présentent plus d'une signification dans le tableau de base et d'autre part, la règle 1.1 portant sur les majuscules précise que les points 4-6 peuvent aussi bien indiquer que seule la lettre initiale, ou l'ensemble des lettres du mot, du sigle ou encore de l'expression, soit en majuscule. Appliquer cette règle signifie que le sigle bien connu de Bibliothèque et Archives nationales du Québec, BAnQ - tous ont noté que le « n » est en minuscule - serait transcrit en braille : 4-6,1-2,1,1-3-4-5, 1-2-3-4-5. Est-ce que l'objectif de l'uniformisation du braille est de réduire la capacité à partager les nuances de la langue française avec les lecteurs voyants? On me servira l'argument que les règles complémentaires du nouveau code prévoient ce type de situation. Mais quelle est la valeur de telles règles, une fois qu'une autre incite au moindre effort?

Selon les arguments utilisés dans le préambule de la deuxième partie du code proposé, il est mis en opposition vitesse de lecture et nombre de caractères braille. Sans affirmer le contraire en toutes circonstances, il me semble que des nuances s'imposent, particulièrement pour l'usager apprenant le braille à un âge tardif. L'écriture en braille du numéro d'appartement « 5b » illustre bien cette situation: 3-4-5-6,1-5,6,1-2 selon le procédé traditionnel et 6,1-5-6,1-2 selon le projet soumis. D'abord, l'indicateur numérique 3-4-5-6 est un puissant caractère de changement de contexte tout comme le point 6 pour marquer un retour à la valeur de base. Des modifications aussi draconiennes méritent certes une analyse plus rigoureuse mais, en leur absence, vaut mieux s'abstenir et pratiquer la prudence tant que des études n'auront pas été réalisées auprès de divers groupes bien définis.

On pourrait dresser une liste beaucoup plus complète, mais je me limiterai ici à un dernier cas. Quand je lis un ouvrage braille produit au Québec, je sais que je peux retrouver rapidement l'année de publication du document en imprimé, ce qui me permet de situer dans son contexte historique la pensée de l'auteur. Exemple farfelu, me direz-vous. Mais non, un fait vécu où afin de réconcilier ma pensée avec celle de l'auteur j'ai dû me rendre sur internet pour confirmer que l'ouvrage avait bien été réalisé avant septembre 2001. Est-il nécessaire de préciser que la production braille de cet ouvrage a été réalisée récemment par un important producteur francophone non québécois. Je ne doute pas que la troisième partie du code proposé traitera du contenu des pages préliminaires. Cependant, cette question est déjà un acquis au Québec depuis près de vingt ans.

Contrairement aux informations véhiculées au cours des derniers mois, les lecteurs braille québécois bénéficient donc d'un haut niveau de standardisation au regard de la reproduction de l'imprimé, et les normes ont été élaborées dans le cadre d'un large consensus. Les lacunes se situent beaucoup plus au niveau du contrôle de qualité que dans l'absence des normes de production. Dans le contexte d'une pénurie de ressources, c'est bien dans la mise en place d'un personnel pour la vérification tactile du produit qu'il faut investir, plutôt que dans la redéfinition de ce qui est déjà défini. Je viens tout juste de terminer la lecture d'un ouvrage de près de six cents pages dont le point 1 de la treizième cellule des pages paires était absent. Une telle dénaturation de l'information serait-elle acceptable en imprimé?

En somme, toute démarche de normalisation du braille doit viser l'intégration scolaire et professionnelle des personnes aveugles. Pour y parvenir, il importe de mettre en place un système graphique le plus universel possible dont la réversibilité, assurant à l'utilisateur les moyens de s'exprimer selon les normes typographiques en usage, contribue à en mesurer le niveau de qualité.

Paul-Henri Buteau
Longueuil, mai 2007



Dernière mise à jour de cette page :  25 mai 2007


Fac ut videam (Faites que je vois)
Le mot latin Fac écrit en braille. 
Le mot latin Ut écrit en braille. 
Le mot latin Videam écrit en braille.

Éphéméride du jour

En ce 22 septembre de l'an de grâce 1958. Naissance à Lajatico, près de Pise, Italie, du chanteur lyrique' Andréa BOCELLI. À l'âge de 12 ans il perd la vue suite à un glaucome congénital, aggravé par un diabète chronique. Source: Wikipedia – Andréa BOCELLI

Saviez-vous que :

Galilée, le physicien et astronome italien né en 1564 et mort en 1642 était aveugle quand en 1638 il a écrit le livre intitulé Discours et démonstrations mathématiques concernant deux nouvelles sciences, lequel est considéré comme la synthèse de son œuvre scientifique. On peut certainement affirmer qu'on a jamais plus vu le monde comme auparavant après la publication de ce livre là!

TyphloPensée

« Celui qui médite vit dans l'obscurité ; celui qui ne médite pas vit dans l'aveuglement. Nous n'avons que le choix du noir. »

Victor Hugo

Étymologie

Typhlophile tire sa racine de « typhlo » d'origine grecque et qui veut dire « cécité »; et « phile » veut dire ami, sympathisant, etc. Donc, Typhlophile veut dire l'ami des aveugles.

Un clin d'œil vers :

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