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Spéciales, ces bibliothèques

Quatre cannes blanches.

Lundi 11 décembre 2017 à 17:39:33 HnE

Tournois d'échecs pour déficients visuels

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Photographie d'une Impacto.
L'imprimante braille ou embosseuse Impacto, un produit Allemand, est un appareil qui permet d'effectuer des impressions braille à gros volume. D'une rapidité approximative de 12 pages minute.





Typhlophile écrit en braille.
Une vitrine virtuelle à l'attention des AMIS DES AVEUGLES

Le Typhlophile / Spéciales, ces bibliothèques

30 novembre 1999

Les "bonnes œuvres" n'ont pas bonne réputation : le terme évoque encore pour beaucoup la caricature des dames patronnesses du temps jadis. Toutefois, si aux lendemains de bouleversements historiques tels que les grandes guerres, les pouvoirs publics ont repris diverses tâches assurées dans le secteur social par des œuvres caritatives désuètes aujourd'hui disparues, contribuant au recul de pratiques paternalistes inacceptables, on a assisté, aux mêmes tournants de l'histoire, au développement d'autres œuvres privées vouées à l'aide aux personnes, fonctionnant sur un mode résolument démocratique et soutenues par les pouvoirs publics car elles leur sont complémentaires. Ce sont elles qui ont organisé les bibliothèques spéciales reconnues dans le cadre de la législation de 1921 relative aux bibliothèques publiques.

Au lendemain du vote du décret du 28 février 1978 organisant le service public de la lecture, alors que l'on s'apprêtait à renouveler l'image de la lecture publique, fallait-il laisser la gestion des bibliothèques spéciales aux œuvres qui les avaient créées ou leur préférer des structures autonomes exclusivement vouées au service public de la lecture ? La question de la décentralisation était également débattue : dans la structure en réseau voulue par le décret du 28 février 1978, la survivance des bibliothèques spéciales héritées de la loi de 1921, qui possédaient le quasi-monopole du service de la lecture destiné aux handicapés visuels et aux malades des hôpitaux, était-elle acceptable ? Ce centralisme n'était-il pas en contradiction avec le service de proximité assuré par les bibliothèques locales ?

Le législateur de 1978 avait maintenu ces questions ouvertes. S'il avait inclu les bibliothèques spéciales dans le réseau du service public de la lecture, il avait en effet laissé au pouvoir exécutif le soin de déterminer leur territoire de compétence et les modalités de leur intégration dans le réseau.

Vers la reconnaissance

Sous l'empire de la loi du 17 octobre 1921, les bibliothèques spéciales étaient reconnues et subventionnées de façon complémentaire et forfaitaire. Afin d'éviter une dispersion préjudiciable aux œuvres elles-mêmes, l'Etat réservait de préférence son aide aux organisations nationales ou semi-nationales. Les subventions faisaient l'objet d'examens et d'appréciations particuliers, dans la limite des disponibilités budgétaires. En d'autres termes, l'Etat ne se mêlait pas trop de l'organisation de ces bibliothèques, en revanche il ne leur octroyait que les moyens restant après la liquidation des aides octroyées aux bibliothèques du régime ordinaire.

Alors que la loi de 1921 distinguait essentiellement les bibliothèques selon leur pouvoir organisateur (bibliothèques communales, adoptées ou libres), le décret du 28 février 1978 a mis l'accent sur la nature des bibliothèques (locales, principales, centrales, itinérantes ou spéciales) et leur fonction dans un réseau. Pour ce qui concerne les bibliothèques spéciales toutefois, leur définition, très large, autorisait toutes les formules : le maintien de la situation existante, l'annexion à une bibliothèque du régime ordinaire à titre de fonction spécialisée, la définition d'un statut propre précisant les exigences imposées et les subsides octroyés. C'est cette dernière modalité qui prévaudra après une période d'incertitude allant de 1978 à 1995. L'arrêté ministériel du 28 février 1980 se contentait en effet de prévoir, d'une part, que la bibliothèque publique spéciale travaille en accord avec la bibliothèque centrale du territoire sur lequel elle était située et, d'autre part, que les limites territoriales à l'intérieur desquelles elles exerçaient leurs activités soient définies par le ministre, le conseil supérieur entendu. Les arrêtés des 19 juin 1984 et 13 juillet 1984 étaient l'un et l'autre totalement muets sur la question des bibliothèques spéciales. L'arrêté du 6 novembre 1987 espérait doter les bibliothèques spéciales des moyens nécessaires à leur action via des conventions que ces dernières pouvaient passer avec une bibliothèque du réseau. Par le même arrêté, les bibliothèques centrales recevaient comme mission de veiller à l'adéquation des collections aux besoins de ceux qui souffrent de handicaps de quelque nature qu'ils soient. Aucune de ces dispositions ne tenait pas suffisamment compte des contraintes techniques et juridiques propres aux bibliothèques spéciales, du know how acquis par les œuvres qui les avaient créées et des réalités budgétaires. L'arrêté du 14 mars 1995 mettra fin à cette période d'incertitude en reconnaissant la spécificité des bibliothèques spéciales et en précisant pour la première fois les conditions de reconnaissance auxquelles elles doivent satisfaire et les subventions auxquelles elles peuvent prétendre en contrepartie.

L'arrêté du 14 mars 1995 a rangé les bibliothèques spéciales en deux catégories : d'une part les bibliothèques pour personnes aveugles ou amblyopes, d'autre part les bibliothèques assurant le service public de la lecture aux personnes malades, handicapées, âgées immobilisées et/ou accueillies dans des institutions. Il a tenu compte des contraintes du budget de la Communauté française et de la nécessité de concentrer les moyens financiers disponibles là où ils permettraient d'atteindre globalement la meilleure efficience : dans les grandes organisations œuvrant sur l'ensemble de la Communauté française. En matière de conditions techniques de reconnaissance, il a placé la barre assez haut afin d'éviter la multiplication inutile d'initiatives susceptibles d'aboutir à une demande de reconnaissance et afin de favoriser l'émergence de synergies au sein du secteur.

Dans le cadre de la réglementation du 14 mars 1995, le Gouvernement de la Communauté française a reconnu à ce jour trois bibliothèques spéciales : d'une part, les bibliothèques pour aveugles de la Ligue Braille et de l'Oeuvre Nationale des Aveugles et, d'autre part, le Service des Bibliothèques de la Croix-Rouge de Belgique. Ces bibliothèques participent activement au réseau du service public de la lecture comme on a pu le voir incidemment au travers des activités déployées par elles à l'occasion de "La fureur de lire" par exemple.

Les bibliothèques spéciales pour aveugles et amblyopes

L'Europe compte en moyenne 1,4 aveugles pour 1.000 habitants. Les causes de la cécité sont le glaucome, la cataracte, les causes héréditaires, congénitales, de dégénérescence, les accidents…Une large majorité de déficients visuels sont des personnes âgées dont la vue s'est détériorée après l'âge de la retraite. Nombreux sont ceux qui ont d'autres handicaps, tels que des déficiences auditives, motrices, fonctionnelles. De ce fait, seuls un nombre limité d'aveugles peuvent lire et écrire le braille, ce qui explique le succès du livre parlé enregistré sur cassette audio. Celui-ci ne constitue pourtant pas la panacée universelle : l'utilisateur du livre parlé ne peut voir les mots et leur orthographe, il est plus passif, le livre parlé pose en outre le problème de l'accès aux textes structurés via des tables de matières ou des index. Le braille demeure donc irremplaçable dans la communication écrite spécialement chez les aveugles actifs. Il constitue le mode privilégié d'accès à l'alphabétisation, à la connaissance et à l'autonomie intellectuelle des aveugles.

Compte tenu des caractéristiques et des besoins de leurs utilisateurs, les bibliothèques pour aveugles et amblyopes sont contraintes de développer simultanément divers supports de lecture pour les livres, magazines et revues dont elles assurent le prêt ou la consultation, ce qui représente une charge de travail considérable et l'immobilisation d'un important capital. Les principaux supports actuellement utilisés, désignés par les termes de "formats substituts", sont le livre en braille, le livre parlé, le livre en grands caractères et le périodique sonore. Le livre en braille est un ouvrage imprimé en relief selon l'alphabet braille intégral ou abrégé. Il comporte en moyenne huit volumes par titre et entre cinquante et cent pages par volume imprimé recto ; l'ensemble pèse jusqu'à 16 kg. Le livre parlé se présente à l'utilisateur sous forme de cassettes audio enregistrées au départ de bandes magnétiques de grand format. Il comporte en moyenne six cassettes de 90 minutes par titre. Il doit normalement donner accès à l'œuvre dans son intégralité ; ne sont donc pas considérés comme livres parlés, les extraits, digests ou adaptations. L'enregistrement, qui est généralement réalisé par des volontaires sélectionnés pour la qualité de leur élocution, doit respecter les normes qualitatives des studios d'enregistrement professionnels. Le périodique sonore se présente également sous la forme de cassettes audio. A la différence du livre parlé, les adaptations ou présentations sous forme condensée de périodiques imprimés en noir sont admises ; hormis cette particularité, le périodique sonore doit respecter les normes qualitatives imposées au livre parlé.

Le coût de production et de conservation des formats substituts, qui est entièrement à charge des institutions pour aveugles en Communauté française, limite le nombre des titres disponibles malgré l'importance des moyens mobilisés. De surcroît, en raison de la longueur du processus de production, un laps de temps important sépare le moment où un ouvrage apparaît aux rayons des librairies et celui où ils sont disponibles en formats substituts. La rareté de ces derniers justifierait l'activation d'une réelle synergie entre institutions.

Les difficultés de déplacement sont d'autres caractéristiques de la population touchée par une déficience visuelle grave. Pour pallier ces inconvénients, les bibliothèques spéciales pour aveugles et amblyopes ont mis au point des conditionnements ingénieux destinés à l'expédition et au renvoi par la poste des livres brailles ou sonores. Les aveugles bénéficient de la franchise postale pour l'acheminement des colis, considérés comme cécogrammes, à condition qu'ils soient expédiés par un institut pour aveugles officiellement reconnu ou adressés à un tel institut.

Les bibliothèques spéciales pour aveugles et amblyopes doivent veiller constamment à s'adapter à l'évolution des technologies. Ainsi, le livre braille a été successivement réalisé par des copistes maniant la règle et le poinçon, puis la machine à écrire (dont la célèbre Perkins) et ensuite par des imprimantes commandées par ordinateur. La technologie actuelle des cassettes, sur laquelle sont fondés les services des livres parlés depuis un quart de siècle, touche à sa fin. Divers projets de nouvelles technologies numériques du livre parlé sont développés dans le monde. Afin de protéger les intérêts des consommateurs aveugles et amblyopes à l'égard des risques liés à l'abandon, au profit de nouvelles technologies mal adaptées ou trop coûteuses, du standard actuel qui est simple, bon marché et très pratique, l'Union Européenne des Aveugles a publié en 1996 une liste de recommandations représentatives des attentes de ses membres en la matière. Les difficultés d'accès des aveugles aux interfaces graphiques développées pour les Web pages dans l'Internet constitue un autre défi technologique dont l'enjeu ne doit pas être négligé étant donné l'impétueuse croissance du "réseau des réseaux". Le but poursuivi rejoint celui de toute bibliothèque publique : lever les barrières empêchant l'accès universel à la culture et à l'information.

La bibliothèque spéciale de la Ligue Braille

Si elle a considérablement diversifié son action depuis sa création en 1920 par deux femmes aveugles, Elisa Michiels et Lambertine Bonjean, la Ligue Braille a été fondée initialement pour constituer une bibliothèque et favoriser l'écriture braille. De ce fait, la bibliothèque est demeurée un des piliers de l'association. Elle a été reconnue comme bibliothèque spéciale en 1929 par l'administration des Beaux-Arts, des Lettres et des Bibliothèques publiques du ministère des Sciences et des Arts.

C'est en 1936 qu'est adjoint à la bibliothèque de la Ligue Braille un service de cours par correspondance. Les transcriptions de noir en braille pour les leçons des professeurs, et de braille en noir pour les devoirs d'élèves, sont effectuées par les copistes de la bibliothèque.

Des enregistrements d'œuvres littéraires sur disques sont déjà en circulation en 1938. Signalons ensuite le lancement du livre parlé sur bandes magnétiques en 1955. Le livre enregistré sur cassettes date de 1975. Depuis 1986, plusieurs magazines sonores sortent des studios de la Ligue Braille de même que la revue VOIR [barré] éditée par le Centre de recherche sur les aspects culturels de la vision - Ligue Braille. Une collection de livres en grands caractères est à la disposition des malvoyants depuis 1987.

En 1989, une salle de lecture équipée d'aides techniques appropriées est organisée. Elle contient les principaux ouvrages de référence que l'on trouve dans les bibliothèques publiques du régime ordinaire ainsi qu'un fonds spécialisé dans la vision et ses handicaps. Ces fonds permettent de satisfaire aux demandes des handicapés visuels qui peuvent commander une recherche documentaire par téléphone. La salle de lecture est également fréquentée par des professionnels du secteur, des étudiants et des chercheurs qui s'intéressent aux déficiences visuelles et aux aspects culturels de la perception visuelle et du regard.

La bibliothèque spéciale de la Ligue Braille, installée 57, rue d'Angleterre, à Bruxelles, est gérée par Roger Beernaert pour le service de prêt et Gérard Servais pour la salle de lecture.

1952 1975 1985 1995
Volumes en braille (*) 11.650 16.652 29.606 31.833
Cassettes (*) - 501 21.116 65.736
Livres en grands caractères - - - 736
Collection salle de lecture - - - 4.545
Prêts (**) 13.177 70.397 157.251 230.501
Lecteurs 500 2.340 2.475 3.555

(*) On se rappellera que les chiffres de volumes ou de cassettes sont représentatifs du nombre moyen de titres à concurrence respectivement de 1/8e et de 1/6e.

(**) Ces données, qui mesurent sans doute correctement la progression des chiffres dans le temps, ne permettent pas de comparer les bibliothèques spéciales pour aveugles ou amblyopes entre elles. En effet, les méthodes de comptabilisation semblent varier sensiblement d'une institution à l'autre.

La bibliothèque spéciale de l'O.N.A.

L'œuvre Nationale des Aveugles (O.N.A.) fut fondée en 1922 par le Père Agnello, franciscain, lui-même aveugle depuis la première guerre. Son but premier était de conserver à la personne aveugle toute sa dignité en lui procurant un travail. En 1925, l'O.N.A. décide de créer une bibliothèque dans le souci de fournir aux aveugles "des lectures saines pour leur bien intellectuel et moral". A l'instar de sa consœur de la Ligue Braille, la bibliothèque de l'O.N.A. a été reconnue comme bibliothèque publique spéciale "loi de 21" en 1929.

A partir de 1956, on se préoccupe réellement de ce que les livres soient correctement orthographiés : on soumet donc tous les écrits en braille à la vérification d'une personne aveugle et l'on organise des cours pour candidats copistes. De 1957 à 1960, des "feuillets bibliographiques" mensuels d'environ 12 pages braille comprenant des résumés de livres, des notes sur les auteurs, ont été édités et distribués aux lecteurs de la bibliothèque.

De 1960 à 1969, parution de "Sonore-Magazine" sur bandes magnétiques, avec concours, reportages, etc. Ce trimestriel s'arrêtera de paraître en 1969. En 1975, mise en route du département sonore chargé de l'enregistrement des ouvrages sur cassettes. En 1983, un département de livres en grands caractères est ouvert. Ces ouvrages, contrairement à ceux en braille ou aux livres parlés qui sont réalisés à l'O.N.A., sont achetés dans le commerce.

La bibliothèque organise tous les trois mois un "Après-midi lecture", rencontre débat autour d'un livre, disponible auparavant en braille et sur cassettes.

Une "Heure du Conte" se déroule environ une fois par mois, s'adressant aux enfants de l'enseignement spécial.

Un bulletin de liaison bimestriel "BiblioONA" est envoyé, depuis octobre 1997, à tous les lecteurs les informant des activités et des acquisitions de la bibliothèque.

La bibliothèque spéciale de l'O.N.A., sise 90-92, avenue Dailly, à Bruxelles, est actuellement dirigée par Monique Clette.

1959 1975 1985 1995
Volumes en braille et en grands caractères (*) 11.567 17.192 40.174 15.379
Cassettes (*) - 47.064
Prêts (**) 21.890 80.362 259.166 299.808
Lecteurs 185 359 1.207 1.845

(*) On se rappellera que les chiffres de volumes ou de cassettes sont représentatifs du nombre moyen de titres à concurrence respectivement de 1/8e et de 1/6e.

(**) Ces données, qui mesurent sans doute correctement la progression des chiffres dans le temps, ne permettent pas de comparer les bibliothèques spéciales pour aveugles ou amblyopes entre elles. En effet, les méthodes de comptabilisation semblent varier sensiblement d'une institution à l'autre.

Les bibliothèques d'hôpitaux

C'est vers 1935 que la baronne Hankar, administratrice de la Croix-Rouge de Belgique, conçoit le projet de créer des bibliothèques d'hôpitaux sur le modèle de celles qui fonctionnaient déjà en Angleterre et aux États-Unis. C'est ainsi que sont nées, sous le patronage de la Croix-Rouge obtenu l'année suivante, les premières bibliothèques d'hôpitaux réparties selon le souci de neutralité et d'équilibre propre à la Croix-Rouge : à l'hôpital St Pierre à Bruxelles (bibliothèque francophone), à La Biloque à Gand (bibliothèque flamande), à Ste Élisabeth à Bruxelles (bibliothèque catholique) et au sanatorium de Tombeek (bibliothèque socialiste de la Prévoyance sociale).

Les principes de base sont de favoriser les contacts humains et d'offrir aux malades la possibilité de s'évader de leurs préoccupations. L'unité des règles bibliothéconomiques permet aux bénévoles de passer d'une bibliothèque à l'autre sans être perdues par un nouveau classement. Dès le début, les livres sont classés par ordre alphabétique d'auteur pour les romans et selon la classification de Dewey pour les "classifiés". Ils sont proposés dans les salles par des volontaires à l'aide d'un chariot copié sur le book-trolley de la Croix-Rouge anglaise. Les bénévoles reçoivent dès 1939 une formation organisée par la Croix-Rouge elle-même. Les livres sont récoltés auprès de donateurs ou achetés sur les recommandations du comité de lecture. Les ouvrages brochés sont reliés par des professionnels. Un symbole placé en troisième de couverture, conformément aux instructions du Comité de lecture, indique aux distributrices bénévoles le niveau de lecture de l'ouvrage et, le cas échéant, les réserves médicales formulées sur son contenu (descriptions de suicides ou de tentatives de suicide, livres impressionnants par leur brutalité, leur violence, leur climat d'angoisse, passages pénibles pour les personnes âgées, etc.)

Durant les années de guerre une Centrale de prêt fut créée pour les livres en langues étrangères, les livres plus techniques, les cours universitaires. Par la suite elle est devenue le complément pour toutes les activités, au service de toutes les bibliothèques d'hôpitaux. La reconnaissance comme bibliothèque spéciale "loi de 21" vint en 1945.

En 1974 a lieu la première bouquinerie qui met en vente, au bénéfice des bibliothèques d'hôpitaux, les livres donnés à la Croix-Rouge mais qui ne rentrent pas dans le circuit du prêt aux malades. Les bouquineries annuelles, qui se tiennent à Bruxelles, Liège et dans d'autres sites (notamment Marchienne-au-Pont) sont des événements marquants pour les amateurs et donnent aujourd'hui l'occasion de susciter d'autres événements culturels concomitants (rencontres littéraires, mise en valeur de thèmes à la fois culturels et humanitaires, etc.).

1965 1975 1985 1995
Nombre de points de distribution 88 117 260 388
Volumes 108.689 117.190 163.397 191.464
Prêts 405.851 374.661 619.778 595.698
Lecteurs 14.505 16.201 23.099 25.580

L'introduction de la télévision dans les chambres d'hôpital est sans doute à l'origine du plafonnement du nombre des prêts observable ces dernières années alors que, par ailleurs, le nombre des points de distribution continue à croître. Le Service des Bibliothèques de la Croix-Rouge veille à s'adapter à l'évolution des besoins du public. Dans cette optique, il tend à élargir son champ d'action. Une expérience-pilote de lecturisation est actuellement menée auprès des prisonniers de Jamioulx et de prisonnières de Lantin ; d'autres projets visent à assurer le service de la lecture auprès des réfugiés ou à développer la lecturisation dans les quartiers urbains défavorisés. Le Service tend également à diversifier ses activités. Par exemple, à l'hôpital Erasme à Bruxelles, des animations-débats sont menées hebdomadairement par une bénévole de la Croix-Rouge épaulée par deux infirmières de référence en service psychiatrique pour adolescents. De même, des volontaires de la Croix-Rouge, après avoir suivi une formation donnée par une spécialiste, organisent des séances de lecture à voix haute dans plusieurs services pédiatriques.

Le Service des Bibliothèques de la Croix-Rouge, dirigé par Dominique Gilles, est installé 98, chaussée de Vleurgat, à Bruxelles.

Conclusions

Le décret du 28 février 1978 a incontestablement contribué au resserrement des liens entre bibliothèques relevant de la Communauté française et au dialogue entre bibliothécaires désormais habitués à travailler ensemble. A la faveur de ce rapprochement, le secteur de la lecture publique a acquis une meilleure connaissance des contraintes techniques propres aux bibliothèques spéciales. Il a compris la nécessité d'une gestion centralisée dans leur cas et a reconnu la valeur du travail fourni par ces bibliothèques grâce au soutien des institutions qui les ont créées, ce qui a amené les responsables politiques et administratifs à fixer un régime administratif qui leur est propre et à leur octroyer une véritable reconnaissance comportant des obligations en termes de résultats et des droits en matière de subventionnement. Les bibliothèques spéciales, de leur côté, se sont davantage ouvertes et ont manifesté concrètement leur aptitude à s'intégrer dans le réseau du service public de la lecture.

L'avenir des bibliothèques spéciales supposera, dans le cas des bibliothèques spéciales pour aveugles ou amblyopes, la capacité de faire face aux mutations technologiques en cours et d'exploiter leur potentiel de synergie ; les bibliothèques d'hôpitaux quant à elles auront à poursuivre le mouvement d'élargissement et de diversification de leurs activités déjà entamé.

Qu'il me soit permis de terminer en rendant hommage aux milliers de volontaires qui ont apporté leur aide aux handicapés et malades, par exemple en prêtant leur voix au livre parlé ou en apportant leur présence dans les hôpitaux. J'adresse également mes plus vifs remerciements aux personnes qui ont bien voulu fournir les renseignements utiles à la rédaction de cet article : Roger Beernaert (Ligue Braille), Paul-Henri Buteau (Institut Nazareth et Louis Braille, Québec), Monique Clette (O.N.A.), Dominique Gilles (Service des Bibliothèques de la Croix-Rouge), Olivier Lemesre (Ministère de la Communauté française), Emile Ouellet (site Web "Le Typhlophile", Québec), Gérard Servais (Ligue Braille).

 

Raoul Dutry
Membre du
Conseil supérieur des
bibliothèques publiques



Dernière mise à jour de cette page :  30 novembre 1999


Fac ut videam (Faites que je vois)
Le mot latin Fac écrit en braille. 
Le mot latin Ut écrit en braille. 
Le mot latin Videam écrit en braille.

Éphéméride du jour

En ce 11 décembre de l'an de grâce 2004. France une première : une personne handicapée visuelle obtient le brevet national de moniteur des premiers secours. (BNMPS).

Saviez-vous que :

Maurice de la Sizeranne naquit le 30 juillet 1857 à Tain (France). Il perd la vue à l'âge de 9 ans. Son œuvre est colossale. Mentionnons seulement qu'il est le fondateur de l'Association Valentin Haüy (1889). Il meurt le 13 janvier 1924 à l'âge de 66 ans. Encore aujourd'hui, plusieurs de ses réalisations poursuivent l'œuvre qu'il a amorcé permettant ainsi aux aveugles et amblyopes d'aspirer à une vie active et productive.

TyphloPensée

« Qu'est-ce qu'aimer sinon s'aveugler sur le compte de la personne adorée ? »

André Vanasse - La vie à rebours

Étymologie

Typhlophile tire sa racine de « typhlo » d'origine grecque et qui veut dire « cécité »; et « phile » veut dire ami, sympathisant, etc. Donc, Typhlophile veut dire l'ami des aveugles.

Un clin d'œil vers :

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