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L'accès à l'information parlée chez l'aveugle

Quatre cannes blanches.

Dimanche 17 décembre 2017 à 08:54:52 HnE

Tournois d'échecs pour déficients visuels

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Le Typhlophile / L'accès à l'information parlée chez l'aveugle - CHAPITRE 5 : La SYNTHÈSE VOCALE DANS LES NOUVELLES TECHNOLOGIES

Présentation d'une Thèse de doctorat soutenue le 8 juin 1990

Auteure :

(Une reproduction autorisée par l'auteure. Un gros merci de nous en faire profiter.)


CHAPITRE 5 : La SYNTHÈSE VOCALE DANS LES NOUVELLES TECHNOLOGIES

Puisque notre étude concerne l'accès à l'information parlée et qu'il semble urgent d'orienter les études dans les différents domaines de la promotion, de l'intégration et de la vie autonome des déficients visuels en général et des aveugles qui utilisent peu ou pas le braille en particulier (aveugles tardifs, accidentels, diabétiques et tous ceux qui ont des problèmes de sensibilité tactile...), nous nous limiterons dans ce chapitre à formuler des interrogations, mais aussi des propositions concernant l'information et la formation des non voyants et l'utilisation des techniques nouvelles via la sortie vocale.

Dans le premier chapitre, nous avons montré que la déficience visuelle entrave et ralentit les mécanismes qui contribuent à l'acquisition des données informatives et que l'aveugle est confronté à un problème majeur : la lenteur dans l'accès à l'information. Outre la prise de notes aidée par l'enregistrement et l'utilisation de la parole comprimée, d'autres outils peuvent actuellement contribuer à améliorer grandement l'efficacité des déficients visuels : tous ceux qui peuvent être associés à un micro-ordinateur et utilisés grâce à une synthèse vocale. C'est pourquoi l'observation de Jean-Marie Pierrel (1987) dans "Dialogue oral homme-machine" semble particulièrement concerner le handicapés visuels. "Parmi les avantages de la parole, dans un système de communication homme-machine, deux me paraissent suffisamment importants pour motiver les recherches :

  • la parole est indispensable dans certaines situations pour suppléer les autres canaux de communication, lorsque ceux-ci sont soit saturés (pilote..), soit inopérants à cause de handicaps divers (aides aux handicapés) ;
  • la parole peut être plus efficace que d'autres modes de communication..."

Les technologies nouvelles en pleine évolution depuis 10 ans ont révolutionné le traitement de l'information et produiront probablement des applications encore insoupçonnées. Mais leurs apports effectifs et les espoirs engendrés bousculent les conceptions classiques sur l'éducation des aveugles, reculent les limites de la réadaptation et remettent en question des habitudes d'apprentissage et les idées sur l'intégration.

Dans ce chapitre, notre souhait est :

  • de fournir quelques exemples des applications associées à la sortie vocale,
  • de faire connaître la demande et les besoins des aveugles aux spécialistes de l'informatique afin qu'ils puissent mieux adapter leurs logiciels et qu'ils puissent, à travers les problèmes de l'aveugle trouver des idées nouvelles à leurs propres recherches,
  • de présenter aux utilisateurs aveugles les réalisations et les espoirs, mais aussi les limites de l'utilisation des nouvelles technologies.

I-UTILISATION DE La SORTIE VOCALE EN INFORMATIQUE PAR UN OPERATEUR AVEUGLE

A-La synthèse vocale

En france, les travaux sur la synthèse de la parole se sont particulièrement développés au CNET (Centre National d'Etude des Télécommunications) à LANNION , à l'ICP (Institut de la Communication Parlée à Grenoble et au LIMSI (Laboratoire d'Informatique et de Mécanique pour les Sciences de l'Ingénieur) à Orsay.

La synthèse vocale nécessite une carte et des logiciels d'analyse grammaticale, de transcription orthographique et phonétique, de calcul de rythme, de prosodie, un dictionnaire de diphones et un éditeur vocale. Pour pouvoir poursuivre nos travaux, nous avons utilisé trois cartes de synthèse de paroles différentes :

  • en 1985, la carte Ferma 5000 et le "WordStar parlant",
  • en 1987 la carte Télévox fabriquée à partir des recherches du CNET et qui fonctionne avec le logiciel Edivox,
  • en 1988 la carte Synthé 3 qui fonctionne avec le logiciel Sonolect.
  • en 1987, une carte américaine Synphonix 200/PT fonctionnant avec le logiciel Artic Vision.

Les trois premières cartes permettent de synthétiser toute phrase française ainsi que les nombres. Certaines sont autonomes (Ferma 5000, Synthé 3) et n'utilisent aucune ressource mémoire du micro-ordinateur, se comportant comme une imprimante. a l'heure où nous rédigeons ces travaux la carte Télévox mobilise une partie de la mémoire vive du micro-ordinateur (environ 120 KO). La quatrième carte utilisée synthétise toute phrase et chiffre de la langue anglaise.

Pour qu'un opérateur aveugle puisse se servir d'un micro-ordinateur, grâce à une sortie vocale, il doit disposer d'un compatible PC, d'une carte de synthèse vocale et d'un logiciel (éditeur vocal) associé à la carte. L'éditeur vocal d'écran (Edivox ou Sonolect par exemple) réside en mémoire et peut être appelé à tout moment selon les besoins de l'utilisateur. Les premiers utilisateurs aveugles qui ont testé ces nouveaux outils si prometteurs ont contribué via les problèmes rencontrés, à l'évolution des logiciels qui autorisent maintenant de nombreuses applications.

L'éditeur vocal gère les déplacements d'un curseur vocal et produit ainsi une sortie vocale des données affectées à l'écran : toutes les informations affichées (excepté les données graphiques) peuvent être prononcées caractère par caractère, mot par mot, ligne par ligne, phrase par phrase (lecture de tout ou partie d'écran). L'opérateur aveugle peut avoir accès aux informations de l'écran par l'intermédiaire de la synthèse de paroles en exploitant les deux possibilités offertes par l'éditeur sonore :

  1. Par une "voie interne", il entre dans l'éditeur vocal en quittant son application (traitement de textes, tableur, gestionnaire de fichiers...) et peut alors déplacer le curseur vocal faire lire ou épeler un mot, prononcer une ligne, une phrase, tout ou partie de l'écran, connaître les coordonnées d'un caractère, chercher un mot, une portion de phrase, chercher également et faire lire les parties en vidéo inverse.
  2. Par une "voie externe" il exploite les moyens donnés par les macro-commandes qu'il peut construire. Ainsi, sans quitter l'application en cours, par une seule commande, l'opérateur peut obtenir la plupart des fonctions de l'éditeur, mais il peut aussi associer plusieurs fonctions et faire l'économie de nombreuses manœuvres. Il peut ainsi faire lire un caractère, un mot, une ligne, une phrase, inscrits à un endroit donné de l'écran, connaître les coordonnées du curseur d'application, faire lire tout ou partie d'une "fenêtre"....

L'opérateur peut définir et construire des "fenêtres", c'est-à-dire des portions d'écran qu'il sélectionne selon la nécessité de l'application en cours.

B-Les besoins de l'opérateur aveugle

Une des caractéristiques principales de la population des déficients visuels est sa grande hétérogénéité, mise en évidence dans le premier chapitre. Mais un caractère commun à tous les aveugles est la lenteur dans l'accès à l'information et dans l'acquisition des connaissances. Aussi, tous les moyens actuels permettant de faciliter et de rendre plus rapide la prise d'information sont à mettre en œuvre pour améliorer l'autonomie et l'intégration du non voyant. L'initiation d'un jeune aveugle de naissance à la lecture et à l'écriture braille est nécessaire pour lui permettre d'accéder à l'enseignement scolaire, aux connaissances indispensables à son bon développement cognitif. Le jeune élève aveugle saura d'autant mieux s'intégrer dans une classe de voyant qu'il pratiquera avec plus d'aisance le braille. Toutefois pour les aveugles tardifs qui ont perdu la vue progressivement ou brusquement (accidentellement), même s'il sont "doués" ou s'ils font de gros efforts, la pratique du braille restera un moyen d'accès à l'information peu rentable. Aussi, et plus encore pour les aveugles tardifs, tous les moyens susceptibles de remplacer le plus efficacement possible le "papier-crayon" ou la "tablette-poinçon" sont des outils inestimables. Parmi eux, le micro-ordinateur, aide déjà fort appréciée de tous les utilisateurs voyants nous semble être un outil essentiel à une meilleure intégration scolaire, universitaire et professionnelle des aveugles.

Bien que les possibilités offertes par le matériel informatique pour accroître l'indépendance et l'autonomie des aveugles soient considérables, l'âge, l'histoire de la cécité, les connaissances des utilisateurs déficients visuels potentiels sont si variables, que différents niveaux de formation doivent être définis et différents types d'application proposés. a partir de nombreux entretiens entrevues avec des non voyants, et à partir de notre propre expérience, nous nous bornerons à évoquer la demande de l'étudiant aveugle. Ce qui permettra de répertorier les besoins et de mieux comprendre une demande relativement générale et pressante de tous les aveugles.

À l'université, les tâches à effectuer sont nombreuses et variées :

  • rédaction de comptes-rendus, d'exposés, d'articles, de mémoires, de rapports,
  • classement et organisation des notes,
  • constitution de fiches bibliographiques ou thématiques,
  • traitement de données statistiques, calculs...
  • stockage de données,
  • accès aux banques de données, recherches bibliographiques, recherches d'informations spécifiques...
  • gestion de dossiers...

Ce que recherche avant tout l'étudiantnon voyant, c'est pouvoir stocker, organiser, classer et retrouver facilement et rapidement l'information, pouvoir communiquer et échanger ses données avec les professeurs et étudiants voyants. Il souhaite également utiliser les mêmes outils de travail que les voyants afin de mieux échanger, discuter, critiquer, ses idées, ses méthodes de travail... Que l'étudiant aveugle utilise les mêmes outils, arrive au même but que l'étudiant voyant avec des méthodes de travail et des moyens différents n'est pas gênant , mais que les uns et les autres puissent échanger facilement leur production et discuter des méthodes, techniques et logiciels de travail pourraient contribuer à l'enrichissement des uns et des autres. Ce qui améliore l'efficacité de l'aveugle ne pourrait-il pas avoir des retombées sur la "rentabilité" du voyant et inversement. ?

II-UTILISATION DU MATERIEL INFORMATIQUE PAR L'AVEUGLE

Tout matériel susceptible de pouvoir être exploité par l'aveugle et permettant d'effectuer les mêmes tâches (dactylographie, traitement de textes, traitement de données, tableur, gestion de données...) que les voyants et utilisant les mêmes logiciels semble le mieux indiqué pour faciliter l'intégration universitaire, puis professionnelle de l'opérateur déficient visuel. Outre l'allégement du travail attendu, les outils informatiques peuvent contribuer grandement à améliorer la vitesse d'exécution des nombreuses tâches à effectuer. Mais ce qui est primordial c'est que ce matériel permette à l'aveugle d'assurer des tâches jusque là inaccessibles pour lui, faute de moyens techniques et non faute de moyens intellectuels. Aussi, tout équipement susceptible d'être utilisé à la fois par des opérateurs aveugles et voyants est à étudier de façon préférentielle parce qu'il facilitera une meilleure communication entre eux, et parce qu'il sera moins coûteux que les équipements spécifiques (standardisation, vente en plus grand nombre).

A-L'équipement informatique

1-Le clavier

Contrairement à de nombreuses croyances et à de nombreux a priori, apprendre à se servir d'un clavier est relativement facile pour un non voyant. Un grand nombre de jeunes déficients visuels ont suivi des cours de dactylographie en institutions spécialisées. Le clavier d'un micro-ordinateur compatible P C peut se diviser en trois grandes parties :

  • les touches communes aux machines à écrire, pouvant être employées comme un clavier AZERTY ou QWERTY?
  • les touches de fonctions distribuées en deux colonnes de cinq touches à gauche du clavier AZERTY (pour les PC de type XT) et distribuées en ligne avec parfois un espace plus important toutes les quatre touches (3 groupes de 4) au-dessus du clavier AZERTY pour les PC de type AT ;
  • le pavé numérique comportant neuf touches disposées en carré de 3 sur 3, ces touches ayant une double fonction suivant la position de la touche de blocage numérique (chiffres ou gestion de déplacement du curseur d'application).

Sur certains claviers, les touches "j", "f" du pavé AZERTY et "5" du pavé numérique sont marquées d'un indice en relief. Ce repère tactile facilite beaucoup la localisation de toutes les autres touches et permet de situer rapidement la première position des dix doigts sur le clavier. D'autres touches peuvent être mises en évidence à l'aide de caractères braille sur bandes adhésives transparentes. Bien choisis, adaptés à l'utilisateur et au type de clavier, ces repères en relief accélère la vitesse de frappe et après quelques semaines d'utilisation, le clavier ne pose généralement aucun problème à l'opérateur aveugle.

2-L'écran

Bien que la "sortie écran" ne soit pas utilisée par l'aveugle, il faut toutefois qu'il sache que les données affichées à l'écran sont distribuées sur 25 lignes et 80 colonnes et que la localisation de chaque caractère affiché à l'écran peut être défini par ses coordonnées : le numéro de la ligne et le numéro de la colonne (01,01 situent le premier caractère à gauche de l'écran, 25,80 situent le dernier caractère à droite de l'écran). La représentation de cette grille et de son contenu (son image mentale) améliore sensiblement les stratégies d'exploitation du logiciel par l'opérateur privé de vision. Il semblerait que les aveugles qui ont une bonne représentation de ce qui se passe à l'écran apprennent plus aisément à se servir d'un logiciel. Dans ce but, ils doivent exploiter toutes les possibilités de l'éditeur vocal pour étudier l'écran dans un premier temps, puis confectionner les "fenêtres" et les macro-commandes les mieux adaptées pour transmettre, via la sortie vocale, toutes les informations affichées à l'écran. La construction des "fenêtres" et l'élaboration des macro-commandes doivent utiliser au mieux toutes les commandes potentielles de l'éditeur vocal en fonction du logiciel d'application auquel elles s'adressent (traitement de texte, tableur...). On se trouve là, face à une situation de résolution de problèmes dont les solutions les plus adaptées répondront le mieux à l'objectif recherché : transmettre le plus rapidement possible, le plus précisément possible et de façon sélective et séquentielle (par voie orale) toutes les données informatives d'un écran qui elles, sont disposées spatialement dans le but d'être rapidement accessibles par la voie visuelle.

B-Utilisation des logiciels d'application par l'aveugle

Les données des logiciels graphiques, de ceux gérant de nombreux symboles, ceux dont les commandes d'application s'appuient sur des couleurs ou des effets différentiels de luminosité ne peuvent être retransmises par la sortie vocale. Toutefois de nombreux logiciels peuvent être utilisés par le non voyant. Citons à titre d'exemple :

  • les traitements de texte (Sprint, WordSar, WordPerfect, Writing Assistant...),
  • les tableurs (Multiplan, )
  • les bases de données (Dbase 3, Filing Assistant...),
  • les émulateur de Minitel (Kortex, Kx-tel2),
  • les logiciels de programmation (Turbo Pascal, Basic...).
1-Le traitement de texte

La pratique d'un traitement de texte nécessite déjà un certain "investissement intellectuel" chez le voyant.Pour l'opérateur aveugle, l'apprentissage des fonctions de l'éditeur vocal s'ajoute encore à celui du logiciel d'application (traitement de texte ou autre).

Un traitement de texte permet de saisir du texte, de le mettre en forme, de le sauvegarder, de l'imprimer. Lors de la saisie, le texte peut être frappé "au kilomètre" (sans taper un retour chariot à la fin de chaque ligne. Les fautes de frappe peuvent être corrigées, des modifications peuvent être effectuées jusqu'au dernier moment avant sa sortie à l'imprimante.

Une partie quelconque du texte peut être sélectionnée, "coupée et recollée" à un autre endroit. Une règle de tabulation permet de fixer les marges à droite et à gauche, de fixer l'interligne et l'alignement du texte. Les titres peuvent être centrés...Les enrichissements typographiques des caractères sont variés : italique, gras, souligné...Un traitement de texte peut permettre aussi la génération de table des matières, la gestion des en têtes, des bas de page, des index, des renvois en fin de texte... Une fois le texte saisi et mis en forme, il doit être sauvegardé. Une sauvegarde automatique, quand elle existe a le grand intérêt de limiter les risques de perte de document dus aux coupures de courant. Les formations à l'utilisation des traitements de textes sont souvent standardisées et très coûteuses. Elles sont essentiellement centrées sur l'apprentissage des différentes fonctions du logiciel et sont rarement orientées vers les stratégies opératoires les plus efficaces en tenant compte des tâches à effectuer. Par ailleurs, l'initiation au traitement de texte implique au moins la connaissance d'un minimum de vocabulaire informatique. L'exploitation d'un traitement de texte nécessite la mémorisation des nombreuses "fonctions" du logiciel utilisé (50 à plus de 150 selon les logiciels). D'un point de vue ergonomique, nous définissons chaque "fonction" par :

  • une commande (la ou les touches de clavier utilisées),
  • une procédure (la ou les conditions de mise en œuvre),
  • un résultat (la ou les modifications de l'état du système).

Certaines fonctions sont très utilisées, d'autres peu et d'autres pratiquement jamais : cette probabilité d'emploi dépend des tâches à effectuer et des stratégies mises en œuvre par l'opérateur. Les traitements de texte sont présentés à l'écran sous forme de menus d'aide, menus déroulants, menus en cascades, à multiples fenêtres... Ainsi les fonctions sont réalisées par des procédures s'appuyant sur des choix affichés à l'écran. Si, pour le voyant cette forme de présentation facilite la mémorisation des commandes et le guide dans l'utilisation du logiciel (au moins au début), pour le non voyant, , elle peut poser un problème. En effet, la synthèse vocale n'annonce pas la liste de ces choix. Ainsi, si une personne voyante peut, dans un premier temps, faire l'économie de mémorisation des informations contenues dans les menus, la personne non voyante doit mémoriser dès le début de l'apprentissage, ces mêmes informations (mémorisation des fonctions, commandes, procédures et représentations des résultats précis obtenus). Ce problème peut être résolu lorsque toutes les fonctions de l'éditeur vocal sont parfaitement connues.

Nous exposons le principe que nous avons expérimenté. En premier lieu, il convient d'entrer dans l'éditeur vocal et d'explorer toutes les lignes de l'écran afin de se construire une bonne représentation mentale de la configuration de l'écran. En second lieu, trouver les coordonnées des "fenêtres" à faire lire sélectivement et les construire. Enfin construire les macro-commandes adaptées qui consistent à attribuer à une touche une suite de commandes. Sorti de l'éditeur vocal, tandis qu'il a repris le cours de son application, l'opérateur aveugle peut alors, par appui sur shift puis la touche choisie (pour Edivox), CTRL puis la touche choisie (pour Sonolect), faire lire sélectivement plusieurs "fenêtres", les mots en vidéo inverse qu'elles contiennent...Cette préparation à une lecture aisée de l'écran peut demander plusieurs jours à un aveugle isolé et quelques heures s'il peut se faire aider par un voyant (même naïf) pour faire déplacer le curseur vocal et définir les coordonnées des "fenêtres" à construire. L'objectif vise à utiliser au mieux les possibilités du logiciel d'application, ici du traitement de texte, en combinant ses fonctions avec les fonctions de l'éditeur vocal. Pour le non voyant, il s'agit d'une double tâche : trouver les stratégies les plus économiques pour utiliser les possibilités de correction, de déplacement, de copie, de recherche, de coupe, d'ajout, de tri, ... du traitement de texte en consultant au bon moment et au bon endroit de l'écran l'information à faire lire par la synthèse vocale. C'est pourquoi il faut en premier lieu repérer où, quand, comment est distribuée l'information affichée à l'écran. Nous avons noté à ce propos que les voyants ont des difficultés à donner des indications précises sur la position d'un caractère, d'un mot, d'une ligne ou d'une colonne de l'écran. Pour le voyant la position d'un objet se définit par rapport à la position des autres objets situés dans l'espace ou dans le plan et non par rapport à ses coordonnées. Or pour se représenter une configuration spatiale, le non voyant a besoin non seulement de connaître la nature des objets qui la composent, mais aussi les coordonnées des objets les plus pertinents et leur position par rapport aux autres objets.

L'aide vocale permet de se représenter ce qui se passe à l'écran et dans l'application en cours mais le repérage demande parfois de nombreuses manipulations. Par ailleurs la lenteur de la restitution des données informatives par la synthèse vocale ralentit le rythme de travail de l'étudiant aveugle et rend parfois pénible l'attente de l'information recherchée.

Le déficient visuel a besoin de connaître tout comme le voyant l'état de certaines touches : Majuscules/minuscules, num lock..., les informations de la "ligne d'état" souvent regroupées dans les premières lignes ou les dernières lignes de l'écran donnant des indications sur l'unité de disque et le directory en activité, le fichier ouvert, l'heure, les coordonnées du curseur d'application... Toutes ces indications ne sont pas toujours utiles à connaître au même moment. D'où l'intérêt de construire des macro-commandes pour faire lire soit globalement, soit séparément les indications souhaitées pour économiser le temps d'écoute. En effet un autre problème crucial associé à la synthèse vocale est celui concernant la sélection des informations pertinentes inscrites à l'écran. Pour poursuivre sa tâche, nul n'est besoin de faire régulièrement l'inventaire de toutes les données de l'écran, seules certaines informations et les changements importent. Pour l'opérateur voyant, un simple coup d'œil au bon endroit suffit, pour l'opérateur aveugle, il lui faudra multiplier les commandes et macro-commandes adéquates pour faire lire sélectivement l'information pertinente.

Avec un bon traitement de texte, il est possible pour un non voyant de se fabriquer des "outils de bureau" qui lui rendent de grands services, même s'ils semblent bien rudimentaires pour un voyant. Ainsi, dès 1985, avec le "Word Star parlant", malgré ses imperfections, ses manques (seul 70% des fonctions du Word Star étaient accessibles aux non voyants à l'époque), nous avons pu confectionner :

  • un agenda, un semainier,
  • un annuaire,
  • un cahier de comptes,
  • des fichiers d'indexation,
  • des lettres-types et des en têtes de lettre,
  • les exposés, comptes rendus, mémoires, fiches bibliographiques et thématiques...

Bien que rudimentaire, avec quelques astuces et l'utilisation optimale des fonctions restantes du logiciel, cet outil informatique rendait possible l'exécution de tâches impossibles à effectuer pour une aveugle tardive ne connaissant pas le braille. Plus tard, , l'utilisation du logiciel Sprint avec la carte de synthèse vocale Télévox (1988) et la carte Synthé3 (1989), grâce aux nouvelles fonctions des logiciels et à une plus grande vitesse de fonctionnement du matériel, a nettement facilité nos travaux et amélioré notre rendement.

2-Les autres logiciels d'application

Le logiciel de traitement de texte fut le premier logiciel utilisé par les aveugles et reste celui qui est le plus fréquemment utilisé. Toutefois de plus en plus, par intérêt et peut-être par souci de se confectionner leurs propres outils de travail, et aussi en raison des nouvelles orientations pédagogiques dans les institutions spécialisées, des aveugles utilisent les autres logiciels et se dirigent vers la programmation.

Les tableurs, les logiciels de gestion de fichiers et de base de données nécessitent une analyse plus approfondie des tâches à effectuer et des possibilités du logiciel. Toutefois, persuadée que ces programmes peuvent faciliter considérablement les tâches de l'étudiant aveugle, il nous paraît urgent d'étudier leurs conditions d'utilisation.

Mais avant tout, il faut envisager plusieurs questions, y apporter des éléments de réponses ou au moins les garder à l'esprit durant une réflexion sur l'insertion professionnelle des non voyants :

  • Quels sont les logiciels pouvant rendre le plus de services aux étudiants déficients visuels ?
  • quels sont les logiciels dont les données inscrites à l'écran peuvent le plus facilement être traduits oralement sans ambiguïté ni perte d'information ?

En ce qui concerne la nature du logiciel, le plus utile pour l'aveugle est d'abord le traitement de texte, qui remplace le papier-crayon, qui permet de transcrire les informations d'un fichier en braille ou en caractères imprimés selon l'imprimante utilisée et qui facilite ainsi la communication entre l'étudiant non voyant et les professeurs et étudiants voyants. Les autres progiciels à employer dépendront évidemment de la nature des tâches à effectuer. Tous ceux qui aident à la gestion , à l'organisation et au stockage et à la récupération des données nous semblent être d'un grand intérêt. Comment, pour un étudiant aveugle retrouver parmi une bibliographie de plus de 500 références tous les auteurs qui, en 1986, ont écrit un article sur la parole comprimée(compressed speech) ? Cette tâche est tout à fait impossible pour un étudiant aveugle sans moyen informatique. Construire des tableaux, les remplir de noms ou de chiffres, effectuer des diagrammes ou des graphes sont autant de travaux impossibles à réaliser sans l'aide d'outils informatiques bien adaptés. Pour procéder au choix d'un logiciel, de nombreux éléments doivent être pris en compte et comme dans toute résolution de problèmes, il faut opérer par étapes :

  1. définir avec le plus de précision possible le ou les objectifs à atteindre,
  2. Analyser les fonctions du logiciel afin de posséder une bonne connaissance de leur organisation et de leur structure,
  3. Vérifier si les "menus" et données affichées à l'écran peuvent être transférés sans ambiguïté via la synthèse vocale,
  4. Construire les "fenêtres" et macro-commandes permettant ce transfert,
  5. Déterminer la ou les procédures qui permettront d'effectuer la tâche,
  6. Tester le logiciel en situation de travail,
  7. Rectifier alors les macro-commandes ou en construire de mieux adaptées si besoin est.

La pratique de l'informatique est bien autre chose qu'une simple interaction homme-machine. "Cette discipline s'apparente en réalité, pour une large part à ce que la psychologie nomme résolution de problèmes appliquée au traitement de l'information" (Dufoyer 1988).

Le choix du matériel dépendant des applications envisagées, pour l'étudiant aveugle, aux contraintes imposées par la tâche s'ajoute une contrainte primordiale : la compatibilité du logiciel avec la sortie vocale.

C-Conditions d'utilisation des outils informatiques par l'opérateur aveugle

Les nombreux échanges que nous avons eus avec des opérateurs aveugles nous ont enseigné qu'il est souhaitable de souligner toute difficulté opératoire, toute imperfection d'un système en vue d'améliorer le produit et de faire évoluer les logiciels de façon optimale. Dès lors, à partir de notre propre expérience, nous nous proposons de souligner les objectifs à viser en priorité pour optimiser les conditions d'exploitation du matériel informatique par les utilisateurs aveugles.

1-Favoriser l'accès aux informations de l'écran

L'accès aux données affectées à l'écran est plus lent et plus difficile par la modalité auditive que par la modalité visuelle. Les messages distribués en ligne nécessitent moins de manipulations et sont plus facilement lus par la synthèse vocale que les messages distribués en colonnes.

2-Améliorer la sélection de l'information

Les commentaires et annonces du logiciel utilisé ainsi que la ligne d'état et toute autre indication donnée en cours d'application seront plus faciles à sélectionner si les messages sont toujours placés au même endroit de l'écran.

3-Réduire la charge mentale

Favoriser l'accès aux menus d'aide ou aux répertoires des commandes pour pouvoir retrouver aisément une commande ou une procédure oubliée. Pour cela les commandes potentielles devraient être rappelées sur une ligne et le menu d'aide accessible par une touche devrait être distribué en ligne pour ne pas mobiliser une fenêtre de lecture supplémentaire. Le non voyant devant mémoriser dès le départ, les commandes et procédures des fonctions, la charge mentale serait réduite s'il existait toujours un lien logique pour l'utilisateur entre les touches du clavier utilisées pour les commandes et les fonctions qu'elles activent : par exemple C pour copy, F pour fichier, M pour mise en forme....

Si une application nécessite une procédure longue et coûteuse en manipulations, le "chemin" emprunté pourrait être rappelé dans une ligne située toujours au même endroit.

4-Réduire le nombre des manipulations

L'aide vocale permet de se représenter ce qui se passe à l'écran et dans le système, mais le repérage nécessite parfois de nombreuses manipulations.

Le logiciel qui donne la possibilité d'effectuer des macro-commandes afin de regrouper plusieurs manipulations sous une même commande, produit une économie de temps appréciable pour l'opérateur aveugle qui peut parfaitement mémoriser quelques macro-commandes pour les fonctions les plus utilisées.

5-Economiser le temps de transfert des informations auditives

En cours d'application, les commentaires, annonces, indications doivent être courts et précis pour diminuer au maximum le temps d'écoute. Au niveau de l'éditeur vocal, la possibilité de faire varier le débit des mots prononcés permet à l'opérateur aveugle d'économiser son temps d'écoute selon l'application en cours.

6-Donner un écho sonore du fonctionnement du micro-ordinateur

Après l'activation d'une fonction, lors du déroulement d'une procédure, des mécanismes internes se mettent en route et nécessitent l'arrêt de toute manipulation du clavier pour aboutir à un bon déroulement des opérations. Pour le voyant cette période d'attente est signalée, selon les manœuvres en cours, par la diode clignotante du disque en activité ou par un indice visuel affecté à l'écran. Pour l'aveugle, ces indices pourraient être des bip, notes de musiques ou bruits particuliers signalant à l'opérateur que la machine est en train d'effectuer une opération qu'il ne doit pas interrompre sous peine de stopper le mécanisme du système.

Toutes les observations et propositions que nous avons transmises aux différents constructeurs depuis 1985 ont visé à une amélioration de la représentation du déroulement des opérations déclenchées et de la représentation du résultat de l'activation des fonctions soit par une aide vocale plus précise, soit par un écho sonore ("bip", bruit), soit par des manipulations moins nombreuses. Pour un opérateur aveugle, il importe de connaître l'effet des manipulations et des fonctions activées pour pouvoir poursuivre l'objectif associé à l'application en cours. Une aide vocale centrée sur le résultat de l'activation des fonctions faciliterait la construction et la mobilisation des représentations qui sous-tendent l'activité de l'opérateur privé des informations de l'écran.

III-LES SOURCES D'INFORMATIONS ACCESSIBLES GRACE a La SORTIE VOCALE

Tous les nouveaux modes de documentation et de communication susceptibles d'être accessibles à l'étudiant aveugle via une sortie vocale sont d'un intérêt capital pour faciliter l'acquisition de ses connaissances. Nous relatons à ce propos les appréciations d'un intellectuel aveugle : "la plupart des nouveaux moyens de communication ont beaucoup plus d'importance pour les aveugles que pour les personnes voyantes. Pour ces dernières, en effet, il ne s'agit en général que d'un procédé supplémentaire pour obtenir plus aisément ou plus rapidement un résultat auquel elles pouvaient déjà parvenir normalement. En revanche, pour les aveugles, c'est parfois une révolution..." (Jaquin 1989). Parmi les nouveaux supports de l'information le Pinitel, les scanners associés aux logiciels de reconnaissances de caractères, les CD ROM sont des outils révolutionnaires pour les déficients visuels parce qu'ils leur permettront l'accès à des informations auxquelles ils ne pouvaient prétendre jusque là sans l'aide d'une tierce personne.

A-Accessibilité aux informations du Minitel

Nous avons testé l'accès aux informations du Minitel et profité de ses services en utilisant la configuration et les adaptations suivantes :

  • un micro-ordinateur compatible PC de type AT,
  • une carte de communication (Kortex) et son logiciel associé
  • une carte de synthèse vocale et son logiciel d'édition vocale.

La carte Kortex permet les appels automatiques des serveurs et la sauvegarde de l'information dans des fichiers du disque dur du micro-ordinateur. Ainsi les données enregistrées peuvent être traitées par d'autres programmes tel qu'un traitement de texte. L'étudiant aveugle peut alors, à son rythme, consulter à l'aide de la synthèse vocale toutes les informations enregistrées.

Pour utiliser le logiciel d'émulation Minitel, il est relativement aisé de construire les "fenêtres" et macro-commandes adaptés. Les problèmes ici sont liés à la nature des caractères affichés et à la variété de la disposition de l'information. Les caractères disposés sur l'écran sont des lettres majuscules non accentuées. De ce fait, la lecture par la synthèse vocale est parfois peu compréhensible : l'éditeur vocal n'étant pas "intelligent", il prononce strictement ce qui est affiché. Par ailleurs selon les serveurs interrogés, la disposition des données varie et il n'est pas possible de prévoir la localisation des informations pertinentes. L'opérateur aveugle est forcé de faire lire tout l'écran. Il en résulte une perte de temps évidente et une interrogation parfois coûteuse !

B-Accessibilité aux informations scannées

Un logiciel de reconnaissance de caractères associé à un scanner fournit un moyen automatique de rentrer dans la mémoire d'un micro-ordinateur des textes à partir de documents déjà dactylographiés ou imprimés sans avoir à les saisir manuellement au clavier. Associé à une synthèse vocale, c'est un système permettant de faire de la lecture assistée par ordinateur. En effet, grâce à ce dispositif, il est possible de récupérer des textes imprimés déjà existants pour les ré-exploiter. L'étudiant aveugle peut se constituer ainsi une base de données ou saisir du texte pour le faire lire.Pour cela,la configuration nécessaire est la suivante :

  • un scanner (caméra linéaire électronique),
  • un micro-ordinateur compatible de type AT de préférence,
  • un logiciel de saisie d'images et de reconnaissance de caractères,
  • une carte de synthèse vocale et son logiciel associé.

Le scanner numérise ligne par ligne la page d'un document et la transmet au micro-ordinateur qui doit posséder une mémoire vive importante compte tenu de la masse d'informations à traiter.

Lors de la saisie, les caractères non reconnus sont remplacés par une étoile. Nous avons testé ce type de matériel avec le logiciel de reconnaissance de caractères ReadStar. Malheureusement, les cartes de synthèse vocale n'ont pu fonctionner simultanément : l'une d'elles occupant une trop grande place dans la mémoire vive de l'ordinateur, l'autre associée à un logiciel nécessitant un "dongle" (clé de protection) incompatible avec le "dongle" du ReadStar. a l'heure où nous rédigeons notre texte, une personne aveugle ne peut utiliser seule ce dispositif, mais ayant signalé nos observations aux différents constructeurs concernés, un espoir est permis.

Nous avons constaté qu'un système de reconnaissance ne peut tout lire : la qualité du document doit être bonne (frappe, photocopie, impression). Les caractères de petite taille ou très proches les uns des autres sont difficiles à reconnaître. Un texte contenant de nombreuses polices de caractères, des images ou une mise en page complexe est plus long à "saisir".

Toutefois, une personne voyante a pu saisir des documents imprimés, photocopiés, ou dactylographiés qui ont été lus dans un deuxième temps, par les synthèses vocales françaises pour les textes en français et la synthèse américaine pour les articles en langue anglaise. Lorsqu'un tel système de reconnaissance pourra fonctionner sous les commandes d'un seul opérateur aveugle, une étape importante sera franchie dans le domaine de l'accès à l'information chez l'aveugle. Signalons que des "machines à lire", (Kurwail Reading machine) provenant des Etats-Unis commencent à être commercialisées en France. Constituées d'un logiciel de reconnaissance automatique des caractères par contraste entre l'image de la lettre et le fond du papier, informations qui sont ensuite traitées pour être lues par une synthèse vocale, ce matériel ultra perfectionné est extrêmement coûteux. Une découverte spectaculaire n'a pas toujours des retombées immédiates sur les déficients visuels et elle ne modifiera que lentement leur vie quotidienne si elle ne peut leur être directement accessible.

C-Les informations stockées sur C D ROM

Cette étude est le résultat d'une longue réflexion à partir des problèmes rencontrés par les aveugles pour accéder à l'information et à partir de ce qui a été perçu des potentialités du C D ROM.

1-Caractéristiques du CD ROM

C D ROM signifie Compact Disk Read Only Memory. Les informations stockées sur C D ROM peuvent être lues, sélectionnées et copiées sur disque dur ou disquette, mais ,ne peuvent être modifiées ou effacées sur leur support original par l'utilisateur.

Le CD ROM est un support d'informations très dense, pouvant contenir 20 à 25 fois plus d'informations qu'un disque dur de 20 mégaoctets. C'est un disque de 12 centimètres de diamètre qui a en moyenne une capacité de 550 mégaoctets. Un lecteur de CD ROM peut donc être intégré dans un micro-ordinateur.C'est un support très maniable et peu fragile qui a une structure auto-protégée le mettant à l'abri des poussières, micro-rayures et empreintes digitales. Le C D ROM est un support relativement résistant ayant une stabilité physico-chimique permettant une bonne conservation des données pendant quelques dizaines d'années. Le C D ROM est relativement peu coûteux compte tenu du volume d'informations enregistrées. Enfin ce produit professionnel s'appuie sur un standard grand public diffusé mondialement. En 1985, plus de 60 sociétés importantes avaient déjà acheté la licence du C D ROM".

En résumé, un C D ROM est un support d'informations de très grande capacité, pouvant contenir plus de 200 000 pages de format A4, peu fragile, très maniable et amovible (Grumelin et Prost 1987).

2-Matériel nécessaire à son utilisation

La lecture d'un C D ROM nécessite un micro-ordinateur, un lecteur de C D ROM et des logiciels adaptés. Le micro-ordinateur peut être de type Macintoch ou de type compatible PC, XT ou AT. Il doit posséder une mémoire vive de 640 KO et un disque dur de 20 ou 40 MO et un lecteur de disquette de 5 pouces un quart ou 3 pouces et demi. Sur MAC le système d'exploitation utilisé est le dossier système et sur les compatibles le système MS DOS à partir de la version 3.10. Certains C D ROM nécessitent la manipulation d'une souris.

Il existe deux types de lecteur de C D ROM : le lecteur externe qui a une alimentation propre et autonome et le lecteur intégré à l'ordinateur qui utilise une alimentation du micro-ordinateur. Le C D est facilement introduit dans le lecteur à l'aide d'une cartouche.

Les logiciels sont de deux types : le logiciel qui assure le dialogue entre le micro-ordinateur et le lecteur de C D (qui dépend du type de micro-ordinateur, de son système d'exploitation et du type de lecteur) et le logiciel qui assure le dialogue entre l'usager et l'application sur C D ROM. Ce dernier logiciel est un logiciel d'application écrit pour un type de micro-ordinateur et dédié à un type d'application (exemple le Navigator de Zyzomys). Le logiciel d'installation est fourni avec le lecteur et s'ajoute au système d'exploitation du micro-ordinateur, tandis que le logiciel d'application s'installe sur le disque dur du micro-ordinateur dans un directory et est appelé par l'usager au moment de la consultation du C D. Il peut y avoir plusieurs directory et plusieurs logiciels peuvent ainsi être installés sur le disque dur pour différents C D.

3-Les types de CD ROM

Une assez grande variété de C D ROM commence à être commercialisée. Etant donné le développement intensif des nouveaux produits la classification ne peut être exhaustive. a titre indicatif citons :

  • les catalogues de bibliothèques,
  • les banques de données dans les domaines de l'éducation, des sciences humaines, de la jurisprudence, des finances, de la médecine, de la technique, du commerce ,
  • la documentation,
  • les encyclopédies,
  • les dictionnaires.

IV-UTILISATION PAR L'AVEUGLE DES INFORMATIONS STOCKEES SUR CD ROM

A-Les difficultés d'accès à l'information pour l'étudiant aveugle

Pour l'étudiant aveugle, deux modes d'accès à l'information sont possibles : "la lecture tactile et la lecture auditive" c'est-à-dire la lecture braille et l'écoute. Mais dans les bibliothèques universitaires françaises en général (en dehors de quelques exceptions), il n'existe ni informations en braille, ni informations sur cassettes. L'étudiant aveugle doit faire appel aux bonnes volontés pour faire photocopier les articles et informations qui l'intéresse, puis faire appel à des organismes, associations et aux bénévoles pour les retranscrire en braille ou les lire sur cassettes. Il devra parfois patienter plusieurs mois avant de récupérer l'information souhaitée et que dire quand les articles et livres sont en anglais ou en allemand. Les lecteurs sont alors moins nombreux.

Le problème est d'autant plus crucial que le niveau des études atteint est élevé. En effet lors des premières années d'étude, les cours magistraux et les travaux pratiques constituent la base du savoir. Une présence régulière et une prise de notes efficaces, aidée d'un magnétophone le cas échéant, permettent d'accéder à la majeure partie des informations. Par la suite, cette pratique est insuffisante et le travail personnel beaucoup plus lourd impose à l'étudiant de nombreuses investigations dans les différentes sources de données de la bibliothèque universitaire. L'étudiant aveugle doit donc se faire aider pour trouver la référence d'un livre, d'un article, d'une revue et la présenter ensuite à l'employé de la bibliothèque, puis muni de la photocopie ou du livre, il doit alors faire les démarches nécessaires pour faire transcrire les informations en braille ou les faire enregistrer sur cassettes. Ce qui nécessite parfois l'obtention de dérogations spéciales pour les prêts et parfois l'achat d'un livre quand les lecteurs ou la retranscription nécessitent plus d'un mois pour achever le travail.

Un autre problème pour l'étudiant aveugle est la place occupée par l'écriture braille. Une page de caractères imprimés occupe selon sa densité trois à quatre pages de caractères braille. Le volume d'un dictionnaire retranscrit en braille est multiplié par dix. Aussi, l'étudiant ou le lycéen aveugle ne peuvent se charger d'un dictionnaire et que dire d'une encyclopédie !

Il convient de noter également les difficultés que peut avoir un étudiant aveugle à rechercher une phrase ou un mot dans un texte écrit en braille ou enregistré.

Plus que quiconque, les aveugles aspirent à un support de l'information efficace. Le C D ROM pourrait leur permettre un accès à l'information rapide, facile et surtout direct, sans devoir attendre des semaines, voire des mois pour récupérer les données.

B-Les promesses d'avenir du CD ROM

Les qualités du C D ROM : transportabilité, haute densité des informations et accès direct par l'utilisateur permettent d'envisager des applications nouvelles dans des domaines très variés. En particulier dans le domaine de l'éducation et de l'apprentissage des jeunes aveugles, le C D ROM semble pouvoir combler l'espoir de tous les non voyants : celui d'avoir un accès direct à une vaste quantité d'informations. Or, l'association d'un C D ROM et d'un micro-ordinateur avec sortie vocale ou sortie braille pourrait fournir à l'aveugle un "média potentiellement beaucoup plus interactif" que les autres supports actuels. Ces possibilités d'interaction offertes par le C D ROM permettront un accès direct à une telle quantité d'informations que les étudiants aveugles auront désormais des moyens pratiquement analogues à ceux des voyants.

En premier lieu, le dictionnaire sur C D ROM permettra aux jeunes aveugles d'obtenir rapidement et directement la définition d'un mot, un synonyme, une conjugaison, une règle grammaticale. L'étudiant aveugle pourra également avoir un accès direct aux encyclopédies, aux références et aux catalogues des bibliothèques.

Ainsi ce nouveau support de l'information pourrait apporter aux déficients visuels un gain de temps considérable, une autonomie toujours souhaitée et une plus grande indépendance dans son travail. En permettant le stockage d'une quantité imposante d'informations et la consultation de dictionnaires, encyclopédies, banques de données, livres scolaires, le C D ROM peut prétendre à une application assez fascinante : un des meilleurs moyens d'accéder directement à l'information pour le voyant et surtout pour le non voyant.

C-Les adaptations

Mais pour que le C D ROM puisse être utilisé par les non voyants, il sera nécessaire de prévoir des adaptations au niveau des logiciels et du matériel informatique.

Le matériel informatique susceptible d'être adapté aux activités des aveugles, est actuellement bien distribué par un grand nombre d'associations et d'entreprises spécialisées. Depuis les années 85 en France, un certain nombre d'aveugle utilisent ce type de matériel très prometteur. Trois formes d'adaptations à la déficience visuelle sont à distinguer:

  • l'adaptation au niveau des entrées,
  • l'adaptation des logiciels,
  • l'adaptation au niveau des sorties.
1-L'adaptation des entrées :

L'apprentissage et la pratique de machines à écrire sur clavier AZERTY sont proposés aux aveugles de naissance dans la plupart des écoles spécialisées. Ce qui permet une communication et des échanges plus aisés avec les voyants. De plus, pratiquement tous les aveugles scolarisés ont utilisé régulièrement et couramment le clavier "braille" sur machine à écrire le braille. Certains sont plus rapides et efficaces avec ce dernier type de clavier ne comportant que 6 touches et la barre d'espacement. Pour faciliter l'utilisation des micro-ordinateurs par les aveugles, des constructeurs d'aides techniques pour handicapés ont adapté le clavier des micro-ordinateurs soit directement, soit par l'utilisation de logiciels permettant de transformer le clavier classique en clavier braille par l'utilisation sélective de 6 touches. Pour les aveugles qui utilisent couramment le clavier AZERTY ou QWERTY classique, des repères en relief sont placées sur certaines touches dans le but d'accéder rapidement aux touches stratégiques : J et F, touches de fonction, retour et commandes spécifiques.

2-L'adaptation des sorties :

Pour remplacer l'écran visuel inaccessible aux aveugles, les adaptations proposées au niveau des sorties sont de deux formes : soit une sortie vocale, soit une sortie tactile. Les deux peuvent être utilisées ensembles ou séparément. La sortie vocale fait appel à un synthétiseur de voix et nécessite l'adjonction d'une carte et d'un logiciel spécifique. La sortie vocale est plus ou moins fidèle par rapport aux inscriptions de l'écran et son efficacité dépend beaucoup du logiciel adapté utilisé. En général, il est possible d'avoir un écho "écran" ou un écho "clavier", c'est-à-dire de faire lire caractère par caractère, mot par mot ou phrase par phrase tout ce qui est inscrit à l'écran ou entré par le clavier. La position du curseur peut être connu à la demande ainsi que les fonctions utilisées ou les commandes effectuées. Depuis quelques années, les progrès effectués dans ce domaine sont considérables et les sorties vocales proposées ont de bonnes qualités sonore et sont également très efficaces. La sortie vocale est avantageuse pour les personnes qui ne connaissent pas le braille ou qui sont trop lentes pour le lire. (aveugles tardifs, aveugles accidentels, personnes plus âgées).

La sortie tactile fait appel à une plage tactile éphémère qui peut contenir de 12 à 80 caractéres selon le matériel considéré. C'est une véritable fenêtre tactile ouverte sur une portion de l'écran. Elle a pour avantage de donner une représentation fidèle de ce qui est inscrit sur l'écran. La plage tactile est utilisée avec plus d'efficacité par les bons lecteurs de braille.

Il est à noter que ces deux modes de sorties, vocal et tactile, ne permettent pas actuellement une représentation des graphiques. Mais grâce à ces adaptations, le non voyant peut utiliser l'informatique comme le voyant et bénéficier des logiciels de traitement de texte, de gestionnaire de fichier, de tableur, de base de données....

D-Etude de faisabilité

En 1987, nous avons pris contact avec les éditions Robert pour proposer de mettre à la disposition des étudiants aveugles un dictionnaire sur disquettes pouvant être consulté grâce à la sortie vocale d'un micro-ordinateur. Le directeur général a émis l'idée d'utiliser le CD ROM comme support. Nous avons alors suggérer les caractéristiques de présentation à adopter pour que ce produit puisse être accessible à la fois à des étudiants aveugles et voyants (majuscules accentuées, nombre de fenêtres limité, touches rapides...). En décembre 1989, nous avons reçu le "Grand Robert Electronique". Nos premières investigations ont montré que, couplé à une sortie vocale, il peut être considéré comme étant le premier "dictionnaire parlant" accessible aux aveugles.

En mars 1989, nous avons testé quelques CD ROM et recensé les modifications nécessaires à apporter aux logiciels ou à la disposition des messages pour que les informations stockées puissent être directement accessibles à l'utilisateur aveugle grâce à une sortie vocale.

La gamme de matériel C D proposé actuellement étant déjà assez variée, nous avons sélectionné ce qui semble être le plus urgent pour l'étudiant aveugle : un dictionnaire (Zyzomys), des données littéraires (CDLitt), des références de bibliothèque (Myriade).

Une étude exploratoire avec des collégiens voyants fut entreprise afin d'évaluer l'intérêt pédagogique du dictionnaire sur CD ROM d'une part et les modifications à envisager pour que les collégiens aveugles puissent l'employer. En outre une expérience effectuée par un sujet aveugle et un sujet voyant a montré que l'utilisateur aveugle avec le clavier est plus rapide que l'utilisateur voyant avec la souris (Voir annexe).

Pour les C D ROM Zyzomys et Cdlitt, toutes les commandes pouvant être entrées par le clavier sont accessibles à l'aveugle. Toutefois, les commandes de sélection qui nécessitent impérativement l'utilisation d'une "souris" ne permettent pas aux déficients visuels de sélectionner les données.

En ce qui concerne le CD ROM "Myriades", la première version était assez difficile à utiliser les nombreuses fenêtres et la disposition de certaines données en colonnes entraînaient une grande perte de temps dans les manipulations pour obtenir l'écho vocal de la zone sélectionnée. Une seconde version rend ces manipulations moins nombreuses et de fait ce matériel est désormais accessible à l'étudiant aveugle.

E-Les propositions

Pour que le C D ROM puisse être accessible à l'utilisateur aveugle, deux types d'adaptation sont à envisager :

  • les adaptations du logiciel qui assure le dialogue entre l'utilisateur et l'application sur C D ROM,
  • les adaptations concernant la lecture des informations du C D ROM.
1-Les adaptations des logiciels d'application :

Il est impératif pour le non voyant, que toutes les commandes soient accessibles à partir des touches du clavier. Les voyants pourraient éventuellement manipuler ces commandes à l'aide du clavier ou d'une souris.

Il serait souhaitable que les "fenêtres disponibles" soient peu nombreuses ou disposées une par une toujours au même endroit. Une ligne de rappel des commandes successives utilisées pourrait être visualisée et sonorisée.

Il est également nécessaire de pouvoir utiliser les flèches de direction et les fonctions pour sélectionner un bloc de texte.

2-Les adaptations concernant la lecture du texte à l'écran :

Tous les lignes et mots en vidéo inversée sur l'écran doivent pouvoir être accessibles par un écho sonore repérable. Toutes les abréviations, les symboles et les icônes pourront être verbalisés, c'est-à-dire être facilement compréhensibles quand ils sont reçus par "l'écho sonore". Les modifications du style (italique, gras, souligné) seront également traduit par un écho sonore.

L'objectif de ces différentes adaptations est de traduire de façon sonore toute modification affichée à l'écran. Grâce à ces aménagements, les utilisateurs déficients visuels pourront manipuler le matériel d'informations comme les utilisateurs voyants et pourront bénéficier des mêmes potentialités. Pour que l'étudiant aveugle dont le système principal d'accès à l'information est déficient, puisse bénéficier d'un support d'information aussi extraordinaire et aussi précieux, il est urgent de définir ses besoins parce que "nos besoins doivent être connus très tôt dans le processus de conception".

V-CONCLUSION

Le handicap quel qu'il soit peut à tout moment concerner n'importe qui d'entre nous et le savoir ne peut conduire qu'à une amélioration de l'intégration sociale.

Cette intégration sociale sera d'ailleurs facilitée par une bonne utilisation des techniques nouvelles.

Les aveugles ne disposent d'aucune source d'information sur les techniques et matériels modernes susceptibles de les aider. Ils ne connaissent ni les possibilités techniques, ni les apports potentiels de ces nouveaux outils, ni les moyens de se procurer un matériel qui leur serait très utile, mais dont l'achat ne peut être envisagé parce que trop coûteux.

Le magnétophone, l'ordinateur, et les nombreuses adaptations et innovations qui existent aujourd'hui pourront apporter aux aveugles une aide considérable. Il est essentiel que ces outils soient faciles d'emploi, efficaces et qu'ils permettent une économie de temps substantielle. Pour obtenir ce résultat, il importera de faire des enquêtes auprès des aveugles et d'essayer de comprendre comment ils peuvent se représenter l'information globale d'un schéma, d'un écran d'ordinateur, à partir de données ponctuelles, séquentielles et successives. Les morceaux de phrases ou les quelques mots énoncés par une sortie vocale ou affichés par une plage tactile d'ordinateur par exemple devront nécessairement être cumulés avant d'obtenir la globalité de l'information présentée à l'écran. Aussi, les recherches dont le but sera d'étudier les possibilités de rendre les déficients visuels plus rapides et plus efficaces aboutiront forcément à une amélioration de la technologie pour tous. En ce qui concerne les matériaux déjà existants, il serait souhaitable que les notices explicatives des fabricants soient présentées en imprimé, en braille et enregistrées sur cassette pour pouvoir être accessible à tous les cas de cécité.

Nous proposons quelques questions posées par des étudiants et des parents d'élèves : quels sont les mini-calculateurs scientifiques parlant français ou anglais ?

Quelles sont toutes les adaptations techniques destinées aux ordinateurs pouvant être utiles aux aveugles ? Quelles sont les formations proposées pour pouvoir utiliser rapidement et facilement ce matériel ? Il serait primordial de tester le matériel pour handicapé afin de déterminer quel "type" de matériel , pour quel "type" d'utilisateur, et à quel prix.

L'évolution de la technologie et des nouvelles techniques rend désormais accessibles aux aveugles des tâches qu'ils ne pouvaient accomplir auparavant. Des nouvelles possibilités d'orientation vont désormais s'offrir à eux. Ils pourront choisir leur métier et ne seront plus forcés de se limiter à un domaine bien trop restreint et qui n'était pas toujours en accord avec leurs aptitudes réelles et leur goût.

Le besoin d'une éducation adaptée à ces nouveaux domaines d'orientation est aujourd'hui pressant.

Pour permettre aux aveugles de s'adapter aux nouvelles techniques et à la technologie de demain, une pédagogie nouvelle doit s'installer. Dans la formation des aveugles, il ne s'agit pas simplement d'enseigner les technologies nouvelles, mais d'assurer une formation afin que le jeune aveugle puisse être capable de s'adapter aux innovations, développer son sens de la créativité et ses capacités d'adaptation pour le rendre compétitif dans le monde du travail. Pour cela, il importe de définir les besoins nécessaires à l'apprentissage et à la formation . Puisque l'enfant aveugle est privé de l'information visuelle, il s'agira de lui apprendre à se servir au mieux des informations auditives et tactiles.

Dans les institutions et écoles spécialisées, des hommes et des femmes remarquables cherchent inlassablement à faire évoluer et à adapter leur enseignement et leurs méthodes pédagogiques. Aujourd'hui, les jeunes aveugles sont plus nombreux dans les lycées et certains d'entre eux abordent l'Université. L'apprentissage et l'utilisation de la lecture et de l'écriture braille sont à la base de l'acquisition des connaissances chez les jeunes aveugles et amblyopes profonds. Un grand mérite revient aux professeurs de braille qui apprennent aux écoliers à améliorer leurs stratégies de palpation pour accélérer leur vitesse de lecture. Mais pour être compétitifs et pour pouvoir aborder une grande quantité d'information, les non voyants doivent aussi améliorer leurs stratégies d'écoute.

Apprendre à écouter est essentiel pour l'aveugle. Ecouter le professeur, écouter un enregistrement, c'est pouvoir accéder à un maximum d'informations par unité de temps. L'utilisation du magnétophone peut être un outil précieux tant pour la prise de notes que pour l'apprentissage des leçons. Il ne s'agit pas, bien entendu, d'une écoute passive, au même titre que l'écoute des nouvelles à la radio en prenant son petit déjeuner ou l'écoute du dernier bon livre enregistré. L'écoute dans le but d'une "lecture auditive" est une écoute active et intentionnelle. Elle nécessite une attention soutenue et une concentration intense pour repérer les grandes idées d'un énoncé, sa structure et les données essentielles afin de pouvoir les intégrer en faire une synthèse, s'en representer correctement le contenu.

Pour que l'audition devienne efficace et puisse conduire à "une lecture auditive", et même à un "apprentissage auditif", et remplacer ainsi la lecture visuelle, l'audition doit être éduquée. Cette éducation doit tenir compte du développement cognitif de l'aveugle et du rôle de la mémoire pour gérer des événements séquentiels.

Aussi, l'entraînement s'adressera surtout à l'attention, l'écoute active, la mémoire et visera à acquérir les meilleures stratégies d'adaptation en vue d'utiliser le plus efficacement possible les nouvelles techniques qui pourront être mises à leur disposition.

À l'université, par exemple, l'étudiant aveugle doit soit faire transcrire ses cours en braille, soit les enregistrer sur cassette et la quantité de matériel à transcrire ou à enregistrer est considérable. Aussi, il faut trouver tous les moyens pour gagner du temps. En collaboration avec l'I N S E R M de Lille, nous avons étudié deux moyens d'accéder rapidement à l'information : l'utilisation d'un magnétophone à enregistrement différé pour la prise de notes et l'utilisation de la parole comprimée pour pouvoir gagner du temps dans l'écoute et l'apprentissage des cours.

C'est en lui donnant les moyens non seulement techniques, mais aussi les stratégies et les cours adéquats que le lycéen aveugle pourra accéder le plus aisément à de plus longues études.

Nous avons pu observer que les jeunes possèdent des capacités, mais ils ne savent pas qu'ils les possèdent ; ils savent toutefois bien évaluer la nature de leurs difficultés. Comme il faut définir avec précision la nature des problèmes pour trouver les solutions les plus acceptables, il est essentiel de donner en priorité la parole aux déficients visuels.

En conclusion, nous pouvons assurer que l'intégration scolaire, sociale et professionnelle des aveugles et amblyopes progressera dans la mesure où il sera donné une moins grande part au côté négatif du handicap , où la valeur du déficient visuel sera plus appréciée, et où ses capacités effectives et potentielles seront plus et mieux exploitées. Lui donner l'information et les moyens, savoir utiliser ses compétences et ses acquis, développer sa motivation, son dynamisme, lui apprendre à apprendre pour s'adapter aux changements de situation, c'est la demande parfois directe, trop souvent secrète de tous les jeunes aveugles pour qu'il puissent vivre plus libres, se sentir plus utiles, mieux communiquer et pour qu'ils puissent ouvrir les portes des emplois jusque là infranchissables.

"Lorsque l'on considère un sujet nouveau, on a fréquemment tendance à tout d'abord surestimer ce qui paraît déjà intéressant ou remarquable et ensuite par une sorte de réaction naturelle, à sous estimer l'état réel de la situation quand nous découvrons que nos idées ont dépassé celles qui étaient réellement réalisables."

Ada Lovelace.


 


Au sommaire de la thèse

  1. Présentation de la thèse
  2. CHAPITRE 1 : LENTEUR DANS L'ACQUISITION DES CONNAISSANCES CHEZ L'AVEUGLE
  3. CHAPITRE 2 : L'ÉCOUTE ET LE TRAITEMENT DE L'INFORMATION PARLÉE
  4. CHAPITRE 3 : LA PRISE DE NOTES
  5. CHAPITRE 4 : LA PAROLE COMPRIMÉE ET L'ÉCOUTE RAPIDE
  6. CHAPITRE 4 : LA PAROLE COMPRIMÉE ET L'ÉCOUTE RAPIDE - Section II
  7. CHAPITRE 4 : LA PAROLE COMPRIMÉE ET L'ÉCOUTE RAPIDE - Section III
  8. CHAPITRE 5 : LA SYNTHÈSE VOCALE DANS LES NOUVELLES TECHNOLOGIES

Fac ut videam (Faites que je vois)
Le mot latin Fac écrit en braille. 
Le mot latin Ut écrit en braille. 
Le mot latin Videam écrit en braille.

Éphéméride du jour

En ce 17 décembre de l'an de grâce 2004. Québec : Sanction de la Loi numéro 56, loi assurant l'exercice des droits des personnes handicapées en vue de leur intégration scolaire, professionnelle et sociale.

Saviez-vous que :

François Lesieur fut le premier élève de Valentin Haüy en 1784. Mendiant de seize ans et aveugle de presque la naissance, il hantait quotidiennement le porche de l'église de Saint-Germain. Valentin Haüy lui offrit un toit et ses premières leçons. Finalement, après 13 ans de travail acharné, Haüy réalisait une partie de son rêve soit de permettre aux personnes aveugles d'obtenir une instruction au même titre que les autre citoyens de son pays.

TyphloPensée

« Auras-tu donc toujours des yeux pour ne point voir ? (...) »

Racine (Athalie, I, 1)

Étymologie

Typhlophile tire sa racine de « typhlo » d'origine grecque et qui veut dire « cécité »; et « phile » veut dire ami, sympathisant, etc. Donc, Typhlophile veut dire l'ami des aveugles.

Un clin d'œil vers :

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