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L'accès à l'information parlée chez l'aveugle

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Le Typhlophile / L'accès à l'information parlée chez l'aveugle - CHAPITRE 4 : La PAROLE COMPRIMÉE ET L'ÉCOUTE RAPIDE - Section II

Présentation d'une Thèse de doctorat soutenue le 8 juin 1990

Auteure :

(Une reproduction autorisée par l'auteure. Un gros merci de nous en faire profiter.)


CHAPITRE 4 : La PAROLE COMPRIMÉE ET L'ÉCOUTE RAPIDE

SECTION 2 : ÉTUDE EXPERIMENTALE

Le problème qui détermine l'organisation et la mise en place de cette étude expérimentale, concerne la possibilité de la prise de connaissance rapide d'une information orale.

Avant d'étudier les avantages de l'écoute rapide et les applications aux sujets susceptibles de bénéficier de ces avantages : lecteurs lents (voyants et aveugles) et les étudiants qui sont confrontés à une grande quantité d'information, il convient de déterminer les caractéristiques optimales d'une compression temporelle. Ces caractéristiques devront être celles qui ne produisent pas une diminution de l'intelligibilité et de la compréhension du texte et donc de la performance du sujet (expérience 1). Mais, pour évaluer l'intelligibilité d'un enregistrement comprimé, une présentation segmentée du matériel auditif s'impose : présentation mot par mot ou par portion de phrase. Aussi, une comparaison entre la compréhension des sujets en situation d'écoute segmentée d'un enregistrement comprimé d'une part et des sujets en situation d'écoute continue du même enregistrement d'autre part (expérience 2) est nécessaire pour contrôler si la présentation continue d'un enregistrement comprimé ne détériore pas excessivement la compréhension et la rétention du discours. Le seuil, c'est-à-dire la limite de 275 mots par minute à ne pas dépasser, sous peine de détérioration de l'intelligibilité et de la diminution de la compréhension et de la performance est étudiée dans l'expérience 3. Enfin, nous vérifions si en condition de présentation continue, un taux de parole normale (135 mots/minute) et un taux de paroles comprimées (270 mots/minute) conduisent à des différences dans la compréhension et la performance des sujets (expérience 4).

Ces quatre expériences utilisent les deux mêmes textes, l'un qualifié d'abstrait et relativement difficile, l'autre concret, plus facile.

Notons enfin que la plupart des études théoriques et expérimentales sur la parole comprimée ont été effectuées aux Etats-Unis et s'adressent donc à la langue anglaise .

Très peu d'expérience emploient la langue française (Butet 1981).

EXPERIENCE 1

I-PROBLEMES THEORIQUES

En 1950, les travaux de Miller, portant sur la compréhension d'un discours amputé de segments courts, montrent que des portions peuvent être éliminés dans un discours sans altérer profondément sa compréhension. Ces résultats offrent des possibilités théoriques et expérimentales nouvelles. Empruntées par Fairbanks et al. (1954), elles conduisent ces auteurs à à l'élaboration d'un nouveau procédé d'augmentation du débit de la parole : La compression temporelle.

Depuis 1954 des auteurs ont étudié l'effet du débit de la parole (vitesse et compression) sur l'intelligibilité et la compréhension d'un message comprimé ou d'un message accéléré. Les résultats expérimentaux montrent que pour une variation de débit de parole d'un message comprimé qui passe de 175 mots par minute à 275 mots par minute, la compréhension diminue peu et lentement (faiblement décroissante), mais qu'au delà de 275 mots par minute, la compréhension diminue rapidement. D'autre part, l'intelligibilité d'un mot (exactitude avec laquelle un mot est rapporté quand il a été entendu,pour une présentation mot par mot) n'est pas inférieur à 90 pour 100 avec un taux de compression inférieur à 50 pour 100.

Pour Foulke et Sticht, la diminution rapide de la compréhension avec des taux de compression supérieur à 275 mots par minute, n'est pas due seulement à la diminution de l'intelligibilité, mais plutôt à une surcharge de la mémoire à court terme dans le traitement de l'information. Selon ces deux auteurs :

  1. la perte de l'intelligibilité de mots individuels ou connectés (associés dans une phrase ou un texte) est minimale avec 50 pour 100 de compression ;
  2. des indices syntaxiques et sémantiques compensent la diminution de l'intelligibilité produite par la compression;
  3. indépendamment du taux de compression employé, la compréhension diminue rapidement au delà de 275 mots par minute.

De Haan (1977, 1982) a trouvé un seuil de compréhension de la parole comprimée qu'il situe à environ 52 pour 100 de compression. La diminution du taux de compréhension pourrait être due à une diminution du taux d'intelligibilité, quand la compression de la parole atteint ou dépasse 50 pour 100.

Un taux final de 275 mots par minute pourrait être produit avec moins de 50 pour 100 de compression si le taux initial de mots parlés est assez élevé. Le débit final d'un message est fonction à la fois du taux de compression et du débit initial d'émission du message.

Plusieurs études expérimentales citées par Foulke et Stitch (1969) et Leroy (1982) mettent en évidence la supériorité de la parole comprimée sur la parole accélérée pour un même gain de temps (50 % par exemple).

Dans une première expérience, nous proposons de vérifier les résultats obtenus par la plupart des auteurs ayant utilisé la langue anglaise : en particulier quelle est l'influence de trois modes de présentation orale (normal, accéléré et comprimé) sur l'intelligibilité, la compréhension de deux textes et la rétention (performance des sujets aux questionnaires à choix multiples).

II-PROBLEMES METHODOLOGIQUES
1-Compression et accélération :

la compression de la parole peut être obtenue par différentes méthodes. Nous utilisons la méthode dite "d'échantillonnage" comme exemple; Cette méthode supprime périodiquement de petits segments d'enregistrement (20 millisecondes) à des intervalles réguliers et met ensuite bout à bout les segments restants.

Le résultat obtenu, est une parole reproduite en moins de temps que pour la version d'origine, mais sans les distorsions de qualité et de hauteur que l'on produirait en faisant fonctionner le magnétophone à une vitesse trop rapide.

le débit des paroles d'un enregistrement comprimé ou accéléré , qui peut être défini par le nombre de mots émis par minute, dépend :

  • du degré d'accélération ou de compression,
  • du débit de la parole du message initial. .

Exemple : un message comprimé de 250 mots par minutes peut être produit par 50 pour 100 de compression d'un message enregistré à 125 mots par minute ou par une compression de 33 pour 100 d'un message enregistré à 188 mots par minute.

Notons que la différence essentielle entre une compression temporelle et une accélération est une différence de quantité de signal. Comme avec la plupart des processus de compression utilisés, dans cette expérience, le mode comprimé est obtenu par élimination régulière de portions d'enregistrement, les portions restantes d'abord "dilatées" sont ensuite déroulées 2 fois plus vite que dans le mode normal. Dans le mode accéléré, la bande enregistrée est déroulée 1,5 fois plus vite que dans le mode normal.

Conformément aux remarques méthodologiques présentées dans le chapitre précédent, pour chaque mode de présentation de l'enregistrement, seront précisés :

  • un coefficient d'accélération ou de compression,
  • un taux d'accélération ou de compression,
  • un nombre de mots par minute.

Le coefficient d'accélération ou de compression est le nombre de fois par lequel il faut multiplier la vitesse de déroulement de l'enregistrement normal pour obtenir la vitesse de déroulement de l'enregistrement accéléré ou comprimé.

Le taux de compression ou d'accélération est le pourcentage de temps économisé à l'écoute.

Les coefficients ont été choisis pour cette étude en accord avec les résultats expérimentaux relatés dans les nombreux articles consultés.

Pour le mode de présentation accéléré, au-delà de 33 %, d'accélération, les distorsions sont trop importantes,tandis que pour le mode de présentation comprimé (élimination de portions associée à une accélération), l'intelligibilité et la compréhension déclinent rapidement. Dans le mode de présentation normal, le débit de la parole a été évalué après l'enregistrement à 135 mots/minute.

2-Intelligibilité et compréhension :

L'intelligibilité et la compréhension d'un message accéléré ou d'un message comprimé dépendent donc des trois paramètres définis précédemment : coefficient d'accélération, taux de compression et nombre de mots par minute dans l'enregistrement initial et enfin de l'intensité en décibels des sons émis.

L'intelligibilité est définie par le pourcentage de mots correctement identifiés. Ce pourcentage est lié à la fois à la perception auditive du sujet et à sa mémoire à court terme.

La compréhension d'un message comprimé peut être mesurée par le nombre de réponses exactes données aux questions posées sur le contenu du message comprimé, mais aussi par le nombre de propositions sémantiquement exactes. La compréhension fait appel à la mémoire à court terme, aux facultés interprétatives et à la mémoire à long terme du sujet.

L'intelligibilité de phrases ou de mots comprimés peut être mesurée par le nombre de mots exacts répétés oralement ou par écrit après écoute des paroles comprimées. Toutefois il convient de remarquer que le score d'intelligibilité de mots individuels ne peut pas permettre de déduire l'intelligibilité des mots dans un message continu.

En effet pour évaluer l'intelligibilité des mots deux conditions peuvent être étudiées :

  • une condition de présentation de mots individuels dans laquelle, après la présentation du mot, l'auditeur a un certain temps pour décider quel est ce mot ;
  • une condition de présentation de texte continu dans laquelle les sujets ont très peu de temps, entre chaque mot, pour décider quel est le mot entendu. Dans cette deuxième condition, la diminution, même minimale, de l'intelligibilité de chaque mot pourrait engendrer un effet cumulatif sur la compréhension du texte écouté.

Aussi, nous introduisons une variable indépendante supplémentaire : la variable "Essai" dont chaque degré correspond à un groupe de 7 propositions parmi les 35 propositions de chacun des 2 textes présentés.

III-BUT DE L'EXPERIENCE

L'objectif expérimental est d'effectuer une étude exploratoire concernant la comparaison entre trois modes de présentation de discours enregistrés à trois groupes d'étudiants d'Université.

Avant de prolonger nos investigations sur une population de déficients visuels, dans un premier temps, nous étudierons chez les voyants, l'efficacité de l'écoute d'un discours dont le débit de mots est augmenté. Si un mode de présentation orale permet d'appréhender en un temps donné une plus grande quantité d'information qu'un autre, nous en déduisons alors qu'il est plus efficace (revues de Foulke et Stitch 1969, Leroy 1982). La quantité d'information par unité de temps présentée aux sujets est modifiée par les deux procédés suivant : accélération d'un enregistrement initial et compression de ce même enregistrement. Une prise d'information orale met en jeu la perception auditive, la mémoire et la compréhension. La perception dépendant directement de l'intelligibilité, notre propos est de mesurer l'intelligibilité et la compréhension d'un discours à un débit de mots normal, puis supérieur grâce à deux procédés favorisant cette augmentation.

IV-LES VARIABLES
1-Les variables indépendantes :

La première variable indépendante est le mode de présentation du discours oral. Elle comporte trois degrés :

  • le mode normal (135 mots par minute),
  • le mode accéléré (202,5 mots par minute),
  • le mode comprimé (270 mots par minute).

les paramètres caractérisant chacun des trois degrés de cette variable sont présentés ci-dessous :

	I MODE         I NORMAL  I ACCELERE I COMPRIME I
	I              I         I          I          I
	I COEFFICIENT  I    1    I    1,5   I     2    I
	I              I         I          I          I
	I TAUX %       I    0    I   33     I    50    I
	I              I         I          I          I
	I MOTS/MINUTE  I  135    I  202,5   I   270    I
	

La deuxième variable indépendante est la nature du texte enregistré. Elle possède deux degrés :

  • un texte a de type abstrait,
  • un texte B de type concret.

La troisième variable indépendante concerne le déroulement de l'écoute. C'est la variable Essais qui comporte 5 degrés :chaque texte est découpé en 5 groupes de 7 propositions.

La quatrième variable indépendante est l'heure de la passation. Elle comprend 4 degrés :

9 h, 10 h 30, 14 h, 15 h 30.

Cette variable permet de contrôler un effet éventuel de l'heure de la journée sur la performance des sujets (en particulier sur la mémoire à court terme).

2-Variables dépendantes :

a-Intelligibilité :

Elle s'exprime en pourcentage de mots correctement identifiés (rappel immédiat) par rapport aux mots du texte. Elle est en rapport avec la perception auditive et la mémoire à court terme.

b-Compréhension :

Elle s'exprime par le pourcentage des propositions sémantiquement correctes, notées par les sujets par rapport aux propositions des textes. Elle concerne la mémoire à court terme, des processus de traitement sémantique et les capacités interprétatives des sujets.

c-Performance :

Elle est définie par le nombre de réponses bonnes à un q c m (questionnaire à choix multiples). Elle fait appel au traitement sémantique de l'information, à la compréhension et à la mémoire à long terme.

V-LES HYPOTHESES

Les données expérimentales exposées par les nombreux chercheurs intéressés au domaine de la parole rapide, nous permettent de formuler quatre hypothèses.

1-Hypothèse 1 :

Lorsque le débit de paroles ne dépasse pas 270 mots/minute, l'intelligibilité des mots reste bonne et les pertes seront inférieures à 10 % quel que soit le mode de présentation des textes enregistrés (normal, accéléré ou comprimé).

Par conséquent le pourcentage des mots corrects notés par les sujets qui écoutent deux textes a et B enregistrés à un taux normal (135 m/mn), accéléré (202 m/mn) et comprimé (270 m/mn) est supérieur à 80 %.

2-Hypothèse 2 :

Pour un débit de paroles inférieur à 270 mots/minute, l'écoute de la parole comprimée est un mode d'accès à l'information plus efficace que l'écoute de la parole accélérée, elle-même plus efficace que l'écoute de la parole dite normale. "Plus efficace" signifie que les sujets ont eu besoin de moins de temps pour aboutir à une performance relativement correcte.

Par conséquent lors du rappel et de la compréhension le nombre de propositions correctement rappelées est différent pour les trois modes de présentation des textes enregistrés a et B, mais reste supérieur à 80 %.

Hypothèse 2b : le pourcentage des propositions sémantiquement correctes notées par les sujets par rapport au temps d'écoute des texte a et B est plus élevé pour le mode parole comprimée que pour le mode paroles accélérées, lui-même plus grand que pour le mode normal.

Hypothèse 2c : le rapport des notes obtenues aux q c m au temps d'écoute des textes enregistrés est supérieur pour le mode comprimé par rapport au mode accéléré, lui-même supérieur par rapport au mode normal.

3-Hypothèse 3:

La compréhension et la performance des sujets est meilleure pour l'écoute d'un texte concret que pour l'écoute d'un texte abstrait.

Hypothèse 3a : les pourcentages des mots exacts et des propositions exactes seront plus élevés pour le texte B (concret) que pour le texte a (abstrait) pour les trois modes de présentation.

4-Hypothèse 4 :

L'intelligibilité et la compréhension varient durant l'écoute des textes, soit en raison d'un effet de pratique, soit en raison de l'accumulation des pertes d'information.

Hypothèse 4a : pour un effet de pratique, les pourcentages des mots corrects et des phrases sémantiquement exactes seraient plus élevés pour les derniers groupes d'essais.

Hypothèse 4b : pour un effet de pertes d'information ou de stress, les pourcentages de mots corrects et de propositions correctes seraient plus faibles pour les derniers groupes d'essais.

VI-METHODE
1-Les sujets :

L'échantillon est composé de 60 étudiants (48 filles et 12 garçons) âgés de 18 à 25 ans, la moyenne d'âge étant de 20 ans 1 mois. Les sujets sont tous français, de langue maternelle française et aucun d'entre eux ne présente des problèmes d'audition. Les étudiants sont répartis de façon aléatoire, dans trois groupes principaux :

  • 20 en écoute de paroles à taux normal,
  • 20 en écoute à taux accéléré,
  • 20 en taux comprimé.
2-Matériel :

L'expérience se déroule dans une pièce bien éclairée de 3 mètres sur 5 mètres environ contenant une grande table et des sièges. Cette salle est relativement isolée des salles de cours et possède une assez bonne isolation phonique.

Un magnétophone General Electric SNH 00978 (petit modèle) permet d'écouter un message enregistré sur cassette en mode normal, accéléré, comprimé ou dilaté, et dont le coefficient d'accélération peut varier de 0,85 à 2.

Six écouteurs individuels de très bonne qualité sont reliés à une boite relais assurant la diffusion simultanée du message.

Le message enregistré se compose de trois textes (voir annexes), lus par une voix féminine, c'est-à-dire celle de l'expérimentateur qui donne la consigne aux sujets. Le premier texte est un extrait du Petit Prince de Saint- Exupéry. les deux autres, le texte a "L'île du cercle", de type "abstrait" contenant 245 mots (lus en 109 secondes) et le texte B "Le vieux fermier", de type "concret", contenant 231 mots (lus en 103 secondes) sont tirés d'un article de Le Bouedec (1985 ). Pour ces deux histoires une dernière proposition est ajoutée afin d'obtenir 5 groupes de 7 propositions.

3-Procédure :

a-Le calendrier des passations :

Pour contrôler l'effet des deux variables: ordre de présentation des textes ( AB ou BA), et moment de la passation dans la journée, chaque groupe principal est divisé en deux sous-groupes suivant l'ordre de présentation des textes (exemple NAB pour présentation normale ordre a B et NBa pour présentation normal ordre B A). Chaque sous-groupe est partagé en deux sous-groupes de 5 sujets, l'un passant le matin, l'autre l'après-midi. Ainsi sont constitués 12 groupes de 5 sujets selon le calendrier de répartition ci- dessous :

	I heure  I  LUNDI I MARDI I MERCREDI I
	I        I        I       I          I
	I 9 h    I  NAB   I  ABa  I    CAB   I
	I        I        I       I          I
	I 10h 30 I  AAB   I  CBa  I    NBa   I
	I        I        I       I          I
	I 13h 30 I  CAB   I  NAB  I    ABa   I
	I        I        I       I          I
	I 15h    I  NBa   I  AAB  I    CBa   I
	I        I        I       I          I
	
  • Passation des groupes :

Pour chaque groupe on cherche à établir par essais successifs, un volume de son permettant un confort d'écoute acceptable pour chaque sujet.

Avant d'écouter le premier texte (Le Petit Prince), les 5 étudiants entendent la consigne suivante : "Vous allez entendre une histoire que vous écouterez attentivement car il faudra ensuite faire un résumé et noter à la fin du résumé si ce texte vous est connu ou non".

Cette première écoute a pour objectif de mettre les sujets en contact avec le type de paroles auquel ils seront soumis pendant l'expérience, afin d'éviter une perturbation possible des performances due à l'effet de surprise et de mise en route. En outre, , la perspective d'un résumé à faire, devrait stimuler l'attention des sujets. .

Les deux histoires a et B ou B et a sont ensuite présentées selon le plan décrit ci-dessus et les instructions suivantes sont données :"Vous allez entendre successivement deux histoires dont le titre, pour celle qui vous intéresse présentement est inscrit sur la feuille placée devant vous. Vous entendrez une portions de phrase et vous noterez sur la feuille, à côté du numéro 1, dès que possible, exactement ce que vous avez entendu. Vous ferez de même jusqu'à la fin de l'histoire. Puis, vous répondrez à un q c m". Les sujets ont à leur disposition un crayon et une feuille de protocole comprenant 35 lignes numérotées et après l'écoute de l'enregistrement un q c m imprimé (annexe ). Après chaque écoute d'une portion de phrase (c'est-à-dire d'une proposition), l'expérimentateur attend que le dernier sujet ait fini d'écrire pour déclencher le suivant. , et ainsi de suite jusqu'à la fin de l'histoire. Puis les feuilles sont retirées aux étudiants et un questionnaire à choix multiple est distribué après un délai de 1 minute en condition de paroles comprimées et 30 secondes en condition de paroles accélérées.

Afin d'évaluer la difficulté des Q C M et leur équivalence, un groupe contrôle de 10 étudiants ont subi les épreuves sans avoir au préalable entendu les enregistrements. Les scores de réponses justes sont respectivement : 36 pour cent pour "L'île du cercle" et 35,7 pour cent pour "Le vieux fermier".

4-Plan de l'expérience :

Nous utilisons un plan factoriel avec 3 groupes de 20 sujets indépendants pour tester la variable mode d présentation N normal, a accéléré, C comprimé.

Nous avions également introduit la variable H (4 degrés correspondant aux 4 heures de passation) et une variable O correspondant à l'ordre de présentation des deux textes a et B. Après une première analyse de variance les variables H et O n'ayant pas d'effet significatif, les variables étudiées sont les suivantes :

  • P mode de présentation, 3 degrés) : N normal, a accéléré, C comprimé correspondent à des groupes de mesures indépendants ;
  • T (textes, 2 degrés) : a abstrait, B concret correspondent à des groupes de mesure appareillés ;
  • E (essais, 5 degrés) de E1 à E5 correspondent à des groupes de mesures appareillés. Notons que cette dernière variable est abandonnée pour l'étude de la variable dépendante "performance".

Les résultats sont traités par le programme d'analyse de variance VAR3 pour lequel le plan d'expérience est de la forme S20<P3>*T2*E5 pour les variables dépendantes intelligibilité et compréhension et de la forme S20<P3>*T2 pour la variable dépendante "performance".

VII-RESULTATS
1-Les données expérimentales :

Elles sont présentées en annexe. En lignes de S01 à S20 sont exposées les données pour les 20 sujets du groupe P1 (présentation à taux normal). De S21 à S40 et de S41 à S60 sont respectivement exposés les résultats des groupes P2 et P3 correspondant à la présentation à taux accéléré et à taux comprimé. En colonne T1 (E1 à E5) et T2 (E1 à E5) sont exprimés pour chaque sujet, les pourcentages des mots exacts par rapport au total des mots de chaque groupe de propositions (5) pour chaque texte (2) pour l'intelligibilité des mots ; le nombre de propositions sémantiquement exactes par rapport au nombre de propositions (7) pour chaque groupe de propositions (E1 à E5) pour chaque texte, en ce qui concerne la compréhension et enfin le pourcentage de bonne réponses pour chaque texte (2 colonnes) pour la performance.

Les diagrammes illustrent les principaux résultats et expriment les moyennes des résultats des sujets pour les trois modes de présentation et pour les deux textes pour l'intelligibilité, la compréhension et la performance.

Le tableau des moyennes et écarts-type est en annexe.

2-Résultats globaux :

Les résultats concernant l'intelligibilité des mots, la compréhension et la performance des sujets sont tous supérieur à 90 %, pour les trois modes de présentation et pour les deux textes.

Pour ce qui est de l'intelligibilité l'analyse de variance met en évidence un effet significatif de la variable mode de présentation (P) sur l'intelligibilité des mots (F=6.38 (2-57) p<.01), et un effet significatif de la variable nature du texte (T) sur l'intelligibilité (F=9.89 (9-513) p<.01). L'effet du facteur "essai" (E) est significative (F'=8.93 (4-228) p<.01) et enfin l'interaction E*T est significative (F'=10.03 (4-228) p<.01). En ce qui concerne l'intelligibilité des mots les autres interactions ne sont pas significatives.

En ce qui concerne la compréhension et mémoire à court terme c'est-à-dire le nombre de propositions sémantiquement exactes, le facteur "mode de présentation" a un effet significatif (F=4.53 (2-57) p<.05), l'effet du facteur "texte" est significatif (F'=78.68 ((1-57) p<.001), l'effet du facteur "essai" est significatif (F'=13.20 (4-228) p<.01), l'interaction E*T est significative (F'=12.31 (4-228) p<.01) et enfin l'interaction P*T est significative (F'=4.09 (2-57) p<.05). Les autres interactions ne sont pas significatives.

En ce qui concerne la rétention (performance aux questionnaires à choix multiples) seul l'effet du facteur "texte" est significatif (F=7.23 (1-57) p<.01). Les effets du facteur "mode de présentation" et les interactions ne sont pas significatifs.

3-Les résultats spécifiques :

Les analyses de variance sont complétés par des tests T de Student. Ces tests montrent que l'effet du facteur "mode de présentation" sur l'intelligibilité , est dû essentiellement à la différence entre le mode normal et le mode accéléré. L'intelligibilité est plus faible pour le mode accéléré que pour le mode normal, mais il n'y a pas de différence significative entre le mode comprimé et le mode normal.

Toutefois pour les scores de compréhension, les résultats sont plus faible pour la parole comprimé que pour la parole normale eux-mêmes plus faibles pour la parole accélérée que pour la parole comprimée (uniquement pour le texte abstrait).

Il n'y a pas d'effet du mode de présentation sur la compréhension du texte concret.

Pour les trois variables dépendantes, le facteur "texte abstrait ou concret" est significatif et les tests de Student tout comme les diagrammes, montrent que toutes les données concernant le texte a (abstrait) sont inférieures aux données recueillies pour le texte B (concret).

L'effet du facteur "essai" est dû à la différence entre les essais E1 associé à E5 d'une part et les essais E2, E3, E4 d'autre part.

VIII-DISCUSSION -CONCLUSION
1-Intelligibilité :

Pour un débit de mots inférieur à 270 m/mn, l'intelligibilité des mots d'un discours enregistré est supérieur à 90 % quel que soit son mode de présentation normal, accéléré et comprimé et quelle que soit la nature de son contenu.(abstrait ou concret). Ces résultats ont été observés dans de nombreuses expériences relatées dans les revues de Foulke et Stitch (1969) et Leroy (1982). Toutefois, le pourcentage des mots corrects notés par les étudiants, n'est pas sensiblement le même quel que soit le mode de présentation. L'effet du mode de présentation est surtout expliqué par la différence entre le mode de présentation normale et le mode de présentation accélérée. Ces résultats sont en accord avec ceux de nombreux expérimentateurs ayant utilisé la langue anglo-saxonne. L'accélération d'un enregistrement détériore beaucoup plus un signal vocal que la compression dans le temps et tant que cette compression ne dépasse 50% et que le débit de la parole ne s'élève pas au-delà de 275 mots/minute, l'intelligibilité des mots parlés reste bonne.

Dans cette étude expérimentale, les résultats sont liés à la perception auditive des sujets : les facteurs liés à la mémoire à court terme sont peu influents en particulier pour les propositions courtes. En effet les étudiants écrivent ce qu'ils entendent au fur et à mesure du déroulement de l'enregistrement. Une analyse qualitative des résultats montrent que les erreurs sont plus fréquentes sur les mots très courts : articles et mots de liaison (et, la, le , des etc..), en particulier pour la parole comprimée. Ce qui se conçoit bien puisque la compression temporelle implique l'élimination d'un fragment du signal vocal. Enfin, l'intelligibilité des mots est moins bonne pour le texte abstrait que pour le texte concret sauf dans le cas du mode de présentation normale où aucune différence n'est observée. Ces données peuvent être expliquées par la redondance du texte concret. En effet, bien que plus courts en moyenne, les mots du texte B (concret) sont répétés plusieurs fois : chien, chat, âne, étable, lait, etc... En outre ces mots sont fréquents dans la langue et ne présentent aucune difficulté de compréhension ou de représentation. Les mots du texte a (abstrait) sont peu redondants dans le texte et moins fréquents dans la langue.

2-Mémoire à court terme et compréhension :

La seconde catégorie de résultats (pourcentage des propositions sémantiquement exactes) implique des facteurs principalement liés à la mémoire à court terme et aux facultés interprétatives des sujets. La variable "mode de présentation" (normal, accéléré ou comprimé) a globalement un effet sur ces données dans le cas du texte abstrait, mais n'a pas d'effet dans le cas du texte concret. Ainsi, les étudiants écoutant un texte concret ont des performances de rappel de propositions qui ne présentent pas de différences significatives quel que soit le mode de présentation. Toutefois lors de l'écoute d'un texte abstrait, des différences significatives sont observées entre la parole normale et comprimée d'une part et entre la parole normale et accélérée d'autre part. En outre, quel que soit le mode de présentation envisagé, les performances concernant le texte abstrait sont toujours inférieures à celles concernant le texte concret.

L'analyse qualitative concernant la nature et la localisation des erreurs a montré qu'elles sont de nature interprétative et sont plus souvent localisées à la fin des propositions les plus longues du texte abstrait. Pour un texte abstrait plus difficile à comprendre les facultés mnésiques (mémoire à court terme) et interprétatives des sujets sont plus affectées par l'accélération et la compression temporelle de l'enregistrement. Un exemple d'erreur : "un scientifique de Lille" au lieu de "un scientifique de l'île" semble montrer que le sujet n'a pas le temps nécessaire pour faire une analyse approfondie de ce qu'il entend : même si l'intelligibilité du discours est bonne, le traitement de cette information distribuée trop rapidement est plus difficile.

3-Les performances au q c m :

Les résultats relatifs aux réponses des questionnaires à choix multiples, ne présentent pas de différences significatives quel que soit le type de paroles écoutées (normale, accélérée ou comprimée) et cela aussi bien pour l'écoute du texte concret que pour l'écoute du texte abstrait. Toutefois, les performances au q c m pour le texte abstrait sont inférieures à celles concernant le texte concret pour un mode de présentation normal, mais non pour les modes de présentation accéléré et ou comprimé.

Les q c m évoquent dans les choix de réponses possibles la bonne réponse en reprenant les termes ou l'idée du texte. Il s'agit avant tout d'une tâche de reconnaissance, de rétention immédiate.

4-Conclusion générale :

Pour un texte concret, (mots redondants, fréquence des mots élevée par rapport aux mots de la langue ), les performances des sujets impliquant la perception auditive, les facultés de mémorisation (à court et à long terme), les facultés interprétatives et de compréhension nécessitant un traitement sémantique de l'information, ne présentent pas de différences significatives quel que soit le débit de paroles et le mode de présentation utilisé . Ainsi, pour une même quantité d'information véhiculée selon les trois débits de mots différents (135 m/mn, 202 mots/mn et 270 mots/mn), la quantité d'information comprise reste sensiblement la même et aboutit à la même performance. Or, le temps nécessaire à cette prise d'information diffère d'un mode de présentation à l'autre.

Avec un débit de mots de 270 mots /mn, la parole comprimée est le mode de présentation le plus efficace puisqu'il permet l'accès à une même quantité d'information dans un minimum de temps soit un gain de temps de 50% avec la parole comprimée et environ 30% avec la parole accélérée.

Avec le texte abstrait , les performances des sujets pour l'intelligibilité et la mémoire à court terme accompagnée d'un traitement sémantique présentent des différences selon le mode de présentation. En revanche aucune différence significative n'est observée en ce qui concerne le rappel à long terme accompagné d'un traitement sémantique (réponses aux q c m). En conséquence, nous pouvons conclure qu'avec les deux types de textes sélectionnés pour cette expérience, la parole comprimée est un mode de présentation auditive plus efficace que la parole accélérée, elle-même plus efficace que la parole normale rejoignant ainsi les travaux de plusieurs chercheurs portant sur des sujets déficients visuels ( Bankrof et Bandinelli 1982, Myers 1978, Bischoff 1979) et sur des sujets voyants (Nath et al. 1981, Drake 1981).

Après analyse des résultats, nous constatons que les performances les moins bonnes ont été obtenues en général, pour l'écoute de la parole accélérée. De plus les différences inter-individuelles (écart-type) les plus marquées sont observées pour l'écoute de la parole accélérée. Or, avec ce mode de présentation, le signal vocal est modifié (hauteur des sons plus élevée). Par contre, avec la parole comprimée, le signal sonore est peu modifié bien qu'il existe des effacements courts et réguliers de ce signal et donc une perte d'information. Il semblerait que les sujets humains soient plus affectés par le "stress" auditif que par la perte d'une partie du signal vocal.

EXPERIENCE 2

I-PROBLEMES THEORIQUES

Dans notre première expérience, pour tester l'intelligibilité des mots, les étudiants notent sur une feuille les mots perçus au fur et à mesure de l'écoute de l'enregistrement. Ils ont quelques secondes pour finir d'écrire la portion de phrase entendue. Le fait de voir les mots le temps nécessaire à l'écriture de la proposition, permet de faire intervenir des mécanismes d'analyse, de mémorisation, d'interprétation et de compréhension peut être plus élaborés et permet donc d'effectuer un traitement sémantique plus soutenu de l'information entendue. Aussi le score d'intelligibilité des mots individuels ou de fragments de phrases ne peut induire l'intelligibilité des mots d'un message continu et encore moins sa compréhension. En effet pour un mot individuel ou un fragment de phrase, les sujets ont un temps de discrimination et de prise de décision plus long que dans le cas de l'écoute d'un message continu. Aussi, dans le cas d'un message continu, la diminution même minime de l'intelligibilité de chaque mot pourrait avoir un effet cumulatif sur la compréhension de son contenu. Les mots mal perçus produiront des indices sémantiques et syntaxiques faux pour les mots qui suivront (Heiman et al. 1986). Heiman et al. ont étudié les deux facteurs ("vitesse" et "degré de compression") et ont émis les deux hypothèses suivantes :

  1. 1- Si la vitesse est un facteur critique et si 275 m/mn est un seuil, alors ce sont les contraintes temporelles imposées par la compression qui entraînent la diminution de la compréhension.
  2. 2- Si le taux de compression est le facteur critique de compréhension et si 50% est un seuil, alors c'est la quantité d'information éliminée qui entraîne la diminution de la compréhension.

Ces auteurs complètent leurs supposition en proposant que si c'est le facteur contrainte temporelle qui influence la compréhension, des pertes majeures seront observées avec un taux de mots supérieur à 275 m/mn indépendamment du taux de compression et si c'est la quantité de signal sonore qui importe, des diminutions de compréhension importantes résulteront pour des taux de compression supérieurs à 50% indépendamment du nombre de mots par minute.

Ces hypothèses sont testées dans deux expériences : dans une première expérience, les enregistrements de 500 mots présentés en continu, sont interrompus (et non comprimés) et lorsque 60% du signal vocal est éliminé la compréhension est réduite malgré l'absence de compression temporelle ; dans une seconde expérience, utilisant une procédure de masquage, il est montré que des mots masqués, présentés isolément sont moins intelligibles quand ils sont comprimés. Les auteurs concluent que la diminution de la compréhension d'un message comprimé résulte de la diminution de l'intelligibilité des mots et de la quantité des informations qu'il contient.

Par ailleurs, dans notre première expérience nous avions observé un effet du mode de présentation sur le texte abstrait et non sur le texte concret. Aussi, il est probable que la nature des enregistrements comprimés ( la familiarité des mots et la redondance des informations qu'ils contiennent) ait un effet sur leur compréhension quand ils sont présentés en continu.

II-BUT DE L'EXPERIENCE

Dans cette expérience, la comparaison de deux conditions de présentation auditive segmentée et continue) de deux textes (abstrait et concret) dont l'enregistrement a été comprimée dans le temps (50%) et dont le débit des mots de l'enregistrement d'origine est 135 m/mn (soit 270 m/mn après compression), a pour objectif d'évaluer l'effet de la compression temporelle sur la compréhension du message selon la nature de son contenu.

Etant donné qu'en présentation continue du message auditif comprimé, les étudiants auront moins de temps pour traiter l'information qu'en présentation segmentée (avec pauses), on peut s'attendre à des scores de compréhension plus élevés pour le texte concret (redondant) que pour le texte abstrait dans cette condition de contrainte temporelle. .

Mais puisque le débit de la parole est inférieur à 275 m/mn (soit ici 270) et que le taux de compression ne dépasse pas 50%, on peut s'attendre à ce que les scores de compréhension restent bons, c'est-à-dire supérieur à 80% pour les deux conditions de présentation auditive.

III-LES HYPOTHESES

Quand on passe de la condition de présentation segmentée à la condition de présentation continue, la compréhension des étudiants est moins perturbée pour le texte concret que pour le texte abstrait.

La différence entre le nombre de propositions sémantiquement correctes notés par les étudiants est plus faible pour le texte concret que pour le texte abstrait quand on passe de la condition de présentation segmentée à la condition de présentation continue des enregistrements comprimés.

IV-LES VARIABLES
1-Les variables indépendantes :

Après avoir été soumis à une compression temporelle de 50%, l'enregistrement de deux textes a et B (abstrait et concret)est distribué à deux groupes d'étudiants suivant deux conditions de présentation (segmentée et continue). Ainsi deux variables principales sont étudiées :

a-Présentation (P) : 2 degrés (S segmentée et C continue);

b- Textes (T) : 2 degrés (a abstrait et B concret).

Deux autres variables sont contrôlées : l'heure de passation des sujets (H) et l'ordre de présentation des textes (O).

2-Les variables dépendantes :

Deux variables dépendantes sont considérées dans cette expériences :

a-la compréhension des sujets s'appuyant sur le pourcentage des propositions sémantiquement exactes relativement au total des propositions des textes pour le groupe P S et relativement au total des propositions notées par les étudiants pour le groupe P C. Pour l'évaluation des scores de compréhension du groupe "présentation continue", les récits des étudiants ont été segmentés en propositions. Sont répertoriées les propositions exactes et les propositions fausses. Sont fausses toutes les propositions contenant un terme sémantiquement inexact ou inventé. Pour évaluer l'exactitude de chaque proposition, nous adoptons la méthode des juges : trois personnes ont à décider si le mot écrit a le même sens ou non que le mot d'origine.

b- la performance s'appuyant sur les scores des sujets obtenus aux q c m.

V-METHODOLOGIE
1-Les sujets :

40 étudiants de l'Université de Lille (filles et garçons) ont participé à cette expérience.Tous les étudiants sont volontaires et ont été recrutés dans les différentes universités de Lille (Lettres, Sciences et Droit).

L'âge moyen des sujets est de 20 ans 5 mois s'échelonnant de 18 ans 3 mois à 25 ans 2 mois. Tous les étudiants sont de langue maternelle française et n'ont pas de problème d'audition connu.

Les sujets sont répartis de façon aléatoire dans deux groupes principaux : 20 sont ceux provenant du groupe 3 (présentation segmentée mode comprimé) de l'expérience 1 ;les 20 autres n'ont pas participé à l'expérience précédente. Pour ces derniers les enregistrements sont présentés en continu et non proposition par proposition.

2-Le matériel :

L'expérience se déroule dans la même pièce et avec le même matériel que ceux utilisés pour la première expérience, c'est-à-dire un magnétophone General Electric, une boite relais et 6 écouteurs.

Les enregistrements sont également les mêmes que ceux de l'expérience précédente, c'est-à-dire un extrait du Petit Prince pour la mise en route et les deux récits a (L'île du cercle) et b (Le vieux fermier).

Toutefois pour le groupe des 20 nouveaux sujets, la passation diffère.

3-La passation :

Pour contrôler l'effet de la variable H moment de la journée, les 20 sujets sont divisés en 4 groupes de 5 sujets et qui subissent les épreuves aux mêmes heures respectives que le groupe 3 de l'expérience précédente, soit à 9h 30, 11h, 14h et 15h 30. Pour contrôler l'effet de l'ordre de présentation des textes a et B, 10 sujets écoutent d'abord le texte a après la mise en route et les 10 autres écoutent d'abord le texte B.

Tous les sujets opèrent une première écoute d'un extrait du Petit Prince qui a pour objectif de mettre les sujets en contact avec le type de paroles auquel ils seront confrontés au cours de la suite de l'expérience. Ce travail de mise en route permet d'éviter une éventuelle perturbation des performances qui pourrait être due à un effet de surprise. De plus, la perspective d'un résumé à faire stimule la concentration et l'attention des sujets.

Pour le premier groupe (présentation segmentée ), la consigne et la passation ont été décrites dans l'expérience précédente.

Pour le deuxième groupe (présentation continue), la consigne est la suivante :

"Vous allez entendre deux enregistrements. Vous écouterez attentivement chaque histoire, car ensuite vous aurez à raconter sur une feuille, avec le plus de détails possible tout ce que vous savez sur ce récit. Puis vous aurez à répondre à un questionnaire à choix multiple pour chacun des textes écoutés.

Avez-vous des questions à poser ? "

Pour les 4 sous-groupes de 5 sujets sous la condition de présentation continue chaque séance se déroule ainsi :

  • réglage du volume sonore dans les casques,
  • écoute du récit de mise en route (Le Petit Prince)et résumé de l'histoire,
  • écoute attentive du texte a ou B (suivant les sous- groupes) ,
  • compte-rendu détaillé de l'histoire,
  • réponses au q c m,
  • repos de 2 minutes,
  • écoute de la seconde histoire avec compte-rendu puis réponses au questionnaire.
4-Plan d'expérience :

Nous utilisons un plan factoriel avec 2 groupes de 20 sujets (groupes indépendants) afin de tester la variable condition de présentation (P) à 2 degrés (S segmentée ou C continue).

Une seconde variable indépendante, la nature des textes T (2 degrés, abstrait ou concret) correspond à des groupes de mesures appareillés.

Nous avions également introduit les variables H (4 degrés, moments de la journée) et O (2 degrés, ordre de présentation des récits a et B).

Une première analyse de variance n'ayant pas montré d'effets significatifs des variables contrôlées, les données ont été regroupées, puis traitées par le programme d'analyse de variance VAR3 (Lecoutre )

En définitive, le plan d'expérience est de la forme :

  • S20<P2>*T2
VI-RESULTATS
1-Présentation des données expérimentales :

Les tableaux des données expérimentales sont exposée en annexes.

En ligne sont présentés les groupes P1 et P2 de 20 sujets chacun allant donc de S1 à S40;

En colonne, sont exposées les résultats pour chaque textes a et B, c'est-à-dire les pourcentages de propositions correctes pour le tableau "compréhension" et le pourcentage de bonnes réponses pour le tableau "performance".

Les 4 diagrammes illustrent les données expérimentales pour chaque variable dépendante (compréhension et performance) et pour chacun des textes (abstrait, à gauche et concret à droite).

2-Analyse et description des résultats :

a-Compréhension :

La moyenne des pourcentages des bonnes propositions pour le groupe "présentation continue" est supérieure à 80% pour le texte a (84.34%) mais il est supérieur à 90% pour le texte B (99.12%).

La moyenne des pourcentages des propositions sémantiquement exactes pour le groupe "présentation segmentée" est supérieure à 90% pour les deux récits : texte a (95.14%), texte B (99.57%).

TABLEAU DE La VARIABLE DEPENDANTE "compréhension"

	-- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -   -- -- -- -- -- -- -- --
	I             I   a   I   B   I   I       I  a   I  B   I
	I P. SEQUEN-  I       I       I   I       I      I      I
	I TIELLE      I 95.14 I 99.57 I   I P. S  I 2.95 I 1.05 I
	I             I       I       I   I       I      I      I
	I P. CONTINUE I 84.34 I 99.12 I   I P. C  I 8.28 I 1.81 I
	-- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -   -- -- -- -- -- -- -- --
	              MOYENNES                      ECART-TYPE
	

L'analyse de variance met en évidence l'effet significatif du facteur mode de présentation (segmentée ou continue). Les pourcentages de propositions sémantiquement exactes sont plus élevés pour le mode de présentation segmentée que pour le mode de présentation continue (F=29.74 (1-38) p<.01).

Le facteur nature du texte présente également un effet significatif : les pourcentages de propositions sémantiquement correctes sont plus élevés pour le texte B (concret) que pour le texte a (abstrait) (F=94.55 (1-38) p<.01).

L'interaction entre les deux facteurs P et T est significative : les pourcentages de propositions sémantiquement exactes diminuent davantage pour le texte a (abstrait) que pour le texte B (concret), quand on passe du mode de présentation segmentée au mode de présentation continue (F=27.48 (1-38) p.01). De plus on ne note aucune différence entre les scors de compréhension pour les deux types de présentation quand le texte est concret (B).

b-La performance :

En condition de présentation segmentée , les scores aux q c m sont supérieurs à 99% pour les deux récits.

En condition de présentation continue, les scores aux q c m sont supérieurs à 80% pour le texte a (87.66%) et à 90% pour le texte B (98.57%).

TABLEAUX DE La VARIABLE DEPENDANTE "PERFORMANCE"

	    -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -     -- -- -- -- -- -- -- --
	    I             I   a   I   B   I     I       I  a   I  B   I
	    I P. SEQUEN-  I       I       I     I       I      I      I
	    I  TIELLE     I 99.33 I 100.0 I     I P. S  I 2.06 I  0   I
	    I             I       I       I     I       I      I      I
	    I P. CONTINUE I 87.66 I 98.57 I     I P. C  I 8.73 I 4.40 I
	    I             I       I       I     I       I      I      I
	    -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -     -- -- -- -- -- -- -- --
					MOYENNES                      ECART-TYPE
	

Le facteur "condition de présentation" a un effet significatif : pour la présentation segmentée , les scores aux q c m sont plus élevés que pour la présentation continue (F=33.38 (1-38) p<.01).

L'effet du facteur "nature du texte" est significatif : les scores aux q c m sont plus élevés pour le texte B que pour le texte a (F=27.72 (1-38) p<.01).

L'interaction entre les deux facteurs "condition de présentation" P et "nature des textes" T est significative : quand on passe de la condition de présentation segmentée à la condition de présentation continue, les scores aux q c m diminuent moins pour le texte B (concret) que pour le texte a (abstrait) (F=21.68 (1-38) p.01).

VII-DISCUSSION - CONCLUSION
1-Mémorisation et compréhension :

Les enregistrements écoutés par les 40 étudiants ont subi une compression temporelle de 50% et le débit des paroles entendues est de 270 mots par minute pour les deux conditions de présentation. Toutefois, les 20 étudiants qui écoutent les récits en condition de présentation segmentée (proposition par proposition) et qui écrivent ce qu'ils entendent, ont plusieurs secondes pour "voir" chaque séquence de phrase.

La compréhension de messages comprimés à 50% (dont le débit es 270 m/mn), est présentés de façon segmentée est relativement haute et plus élevée que la compréhension de ces mêmes messages présentés de façon continue. Deux raisons peuvent expliquer ce résultat : l'existence d'une redondance perceptive de l'information et d'un temps de traitement supplémentaire dans la condition de présentation segmentée . En effet dans cette condition, les étudiants ont non seulement une information auditive donnée par les enregistrements, mais aussi une information visuelle puisque les sujets écrivent chaque item entendu dans cette condition. Même si les notes comportent quelques erreurs, la perception visuelle de la séquence de phrase écrite donne une information supplémentaire au sujet. En outre, ce mode de présentation segmentée met en jeu essentiellement les mécanismes de la mémoire à court terme et les facultés interprétatives des étudiants, puis le temps de traitement supplémentaire nécessaire à l'écriture d'une portion de phrase, permet d'améliorer l'organisation des informations dans la mémoire à long terme et ainsi, d'obtenir non seulement un meilleur résultat dans les scores de compréhension, mais aussi dans les scores de réponses aux q c m.

En présentation continue, les mots, les portions de phrase et les phrases "arrivant" les uns derrière les autres à un débit de 270 mots/minute jusqu'à la fin du récit, les sujets n'ont pas de pause pour traiter de façon plus approfondie l'information. La diminution de l'intelligibilité des mots, même légère, produit des pertes d'information qui sont cumulatives. Cet effet cumulatif de la diminution de l'intelligibilité est surtout mis en évidence dans l'analyse qualitative des résultats. En effet, pour le texte abstrait les sujets ont noté en moyenne 12 propositions pour lesquelles la majeure partie des propositions sémantiquement correctes correspondent au compte-rendu du début et de la fin des récits. La majeur partie des erreurs correspond au résumé des deux blocs de propositions situés au centre de l'histoire. Ce qui ressemble de façon étonnante à un effet de primauté et de récence.

En ce qui concerne l'analyse qualitative des compte- rendus du texte B (concret) pour la présentation continue, les étudiants ont noté en moyenne 22 propositions avec très peu d'erreurs. Ils ont tous raconté le déroulement logique de l'histoire avec de nombreux détails. Les résultats tant quantitatifs que qualitatifs montrent que le texte B (concret) nécessite moins de temps de traitement que le texte a (abstrait). Tous les sujets ont trouvé ce texte plus "facile". La présentation continue à 270 m/mn après une compression temporelle de 50%, modifie très peu la compréhension du discours et la performance des sujets au q c m. Pour un récit plus "difficile", un temps de traitement supplémentaire est nécessaire . Une seconde présentation continue de l'enregistrement comprimé pourrait-elle améliorer les résultats ? Est-ce que la présentation continue à taux normal (135 m/mn) aboutirait à de meilleurs résultats ? Cette dernière question sera examinée dans une autre expérience.

Dans l'expérience précédente, sous une condition de distribution segmentée , l'intelligibilité d'un message auditif ayant subi une compression temporelle de 50% (270 m/mn), bien que légèrement plus faible n'est pas significativement différente de l'intelligibilité d'un message présenté à taux normal (135 m/mn). Sous cette condition de distribution, les scores de compréhension et de réponses aux q c m ne sont pas significativement différents pour les deux modes d'enregistrement : normal et comprimé.

Sous une condition de distribution continue, les faibles pertes d'intelligibilité des messages comprimés peuvent être cumulatives et ainsi diminuer la compréhension et la performance des sujets quand le thème du discours est plus complexe.

Toutefois, les scores de compréhension ne diminuent pas significativement pour le texte concret quand on passe de la condition de présentation segmentée à la condition de présentation continue et les deux hypothèses d'interaction pour les variables dépendantes "compréhension" et "rétention" sont vérifiés. Deux explications sont à invoquer :

  1. 1- La compression temporelle efface une partie du signal sonore. La diminution de la redondance acoustique dans le signal vocal du message comprimé fait diminuer la vitesse de perception auditive de ce message, un stimulus évoluant dans un contexte non redondant nécessite un temps de traitement plus élevé (Heiman 1986).
  2. 2- Dans une condition de distribution continue, les pauses nécessaires à un traitement plus élaboré de l'information sont considérablement réduites.

Il n'est donc pas étonnant que le récit B (concret) dont la plupart des mots (fréquence élevée dans la langue) sont répétés plusieurs fois soit plus facilement traitée dans une condition de distribution continue du message comprimé.

Nous présentons ci-après les résultats des sujets à l'épreuve de compréhension en présentation continue qui donnent un apperçu plus détaillé des différences interindividuelles et des différences entre les scores pour les deux textes.

EXPERIENCE 2 : COMPREHENSION EN PRESENTATION CONTINUE

PAROLES COMPRIMEES

TEXTE A TEXTE B

(1) (2) (3) (1) (2) (3)

5 6 83.33 19 19 100.00

9 13 69.23 23 24 95.83

11 13 84.61 24 24 100.00

7 8 87.50 22 22 100.00

9 13 69.23 25 25 100.00

13 15 86.67 25 26 96.15

8 9 88.89 20 21 95.24

15 15 100.00 27 27 100.00

12 15 80.00 26 26 100.00

11 13 84.61 22 22 100.00

7 10 70.00 22 22 100.00

12 15 80.00 20 20 100.00

7 9 77.78 20 20 100.00

20 21 95.24 25 25 100.00

9 10 90.00 20 20 100.00

11 12 91.67 22 22 100.00

10 12 83.33 17 17 100.00

13 15 86.67 25 25 100.00

12 14 85.71 20 21 95.24

12 13 92.31 22 22 100.00

(1) nombre de propositions sémantiquement exactes notées par le sujet.

(2) nombre total des propositions notées.

(3) pourcentage des propositions sémantiquement correctes par rapport au total des propositions notées.

Les sujet ont noté en moyenne 12 propositions pour le texte a et 22 propositions pour le texte B.

EXPERIENCE 3

I-PROBLEMES THEORIQUES

Plusieurs revues de questions (Foulke et Sticht 1969, Leroy 1982) et de nombreuses données expérimentales ont montré que l'intelligibilité et la compréhension d'un message sonore après compression temporelle diminuent rapidement pour un taux de compression supérieur à 50%. De Haan (1977, 1982) situe le seuil du taux de compréhension d'un message comprimé à environ 52% de compression. Dans les deux premières expériences ainsi que dans cette troisième étude, le taux de compression temporelle utilisé est 50%, puisque c'est le taux de compression maximum qui, selon les résultats expérimentaux, permet encore une bonne compréhension du message sonore. En outre comme l'intelligibilité et la compréhension d'un message auditif dépendent également du débit des paroles émises (nombre de mots par minute) elles diminuent rapidement au-delà de 275 mots/minute. Dans les deux expériences précédentes, le débit des mots après compression de 50% était de 270 m/mn. Avec de tels paramètre l'intelligibilité et la compréhension du discours restent bonnes c'est-à-dire supérieures à 90% dans une condition de présentation segmentée (proposition par proposition) et supérieure à 80% dans une condition de distribution continue.

Le taux de mots final d'un enregistrement comprimé est fonction à la fois du taux de compression et du taux de mots initial du message parlé. Dans une compression temporelle deux éléments entrent en jeu : d'une part une élimination de signal (la moitié du signal sonore est éliminé pour 50% de compression) et d'autre part une augmentation du débit de la parole qui dépend du taux de la compression temporelle mais aussi du débit des mots dans l'enregistrement initial. Dans la première expérience, dans une condition de distribution segmentée du message, les scores d'intelligibilité, de compréhension et de performances ne sont pas différents pour les deux modes d'écoute : parole normale (135 m/mn) et paroles comprimées (270 m/mn). Toutefois, dans une condition de distribution continue du message, avec le même débit de paroles et le même taux de compression (50%) les scores de compréhension et de rétention sont moins élevés que dans une condition de distribution segmentée (expérience 2). La diminution des scores pourrait être due à la diminution du temps de traitement des éléments sonores (mots et phrases) imposé par la distribution continue. Dans une condition de distribution continue les différences entre les scores pour un mode de paroles normales et pour un mode de paroles comprimées pourraient déterminer la nécessité d'allouer un temps de traitement supplémentaire pour le mode comprimé. Ce qui sera testé dans une quatrième expérience.

Après avoir testé l'influence de la distribution (segmentée ou continue ) de l'information auditive sur la performance des sujets, nous nous proposons de tester l'influence du taux des mots de l'enregistrement initial sur les scores d'intelligibilité, de compréhension et de rétention des sujets. Est-ce que l'élévation du débit des mots au-delà de 270 m/mn aura un retentissement sur le traitement mnésique des éléments du discours. ?

II-BUT DE L'EXPERIENCE

L'objectif de cette expérience est de tester l'influence de l'élévation du débit des paroles initiales sur l'intelligibilité et la compréhension d'un message auditif ayant subi un taux de compression temporelle de 50% et présenté aux sujets de façon segmentée .

III-LES HYPOTHESES

1-Avec un débit de paroles supérieur à 275 m/mn, les taux d'intelligibilité et de compréhension d'un message comprimé seront inférieurs à 90%.

2- Les taux d'intelligibilité et de compréhension d'un message comprimé seront moins élevés pour un débit de paroles de 300 m/mn que pour un débit de paroles de 270 m/mn.

3- Les scores de rétention (réponses aux q c m) seront moins élevés pour un débit de paroles de 300 m/mn que pour un débit de paroles de 270 m/mn.

4-Les scores d'intelligibilité, de compréhension et de rétention seront plus élevés pour le texte B (concret) que pour le texte a (abstrait).

5-Pour une augmentation du débit des mots de 270 à 300 m/mn, la différence entre les scores d'intelligibilité et de compréhension sera moins élevée pour le texte B que pour le texte A.

IV-LES VARIABLES
1- Les variables indépendantes :
  • le débit de la parole P : 2 degrés (270 et 300 m/mn),
  • la nature du texte T : 2 degrés (a abstrait et B concret) ;
  • l'essai E : 5 degrés (5 blocs de 7 propositions) ;
  • l'ordre de présentation des textes O : 2 degrés (AB ou BA).
2- Les variables dépendantes :
  • L'intelligibilité sera définie par le pourcentage des mots correctement notés par les sujets par rapport au nombre total des mots dans le texte ;
  • La compréhension définie par le nombre des propositions sémantiquement exactes ;
  • La performance définie par le pourcentage des bonnes réponses aux q c m.
V-METHODOLOGIE
1-Les sujets :

Les sujets participant à cette expérience sont 20 étudiants des Universités de Lille, tous volontaires. L'âge moyen est de 20 ans 8 mois s'échelonnant de 18 ans 3 mois à 25 ans 2 mois. Les sujets sont français et n'ont pas de problèmes auditifs.

2-Le matériel :

Le lieu d'expérimentation et le matériel sont les mêmes que ceux utilisés pour les deux premières expériences. Toutefois pour un groupe expérimental, les 3 récits sont enregistrés au préalable par la même personne mais avec une vitesse de lecture plus élevée (environ 150 mots/minute). Avec 50% de compression temporelle ces enregistrements ont un débit de 300 mots/minute.

3-Procédure :

Les 20 étudiants sont répartis dans deux groupes, eux- mêmes divisés en deux sous-groupes (présentation AB et BA). Le groupe de 10 sujets à qui sont présentés les enregistrements comprimés à 50% dont le débit de la parole est de 270 m/mn, est composé des deux sous-groupes de 5 sujets de la première expérience ayant subi les épreuves expérimentales l'après-midi. Les données expérimentales proviennent de ces deux sous-groupes et sont comparées aux données provenant des 10 sujets à qui sont présentés les enregistrements comprimés à 50% dont le débit est de 300 m/mn.

La passation se déroule comme dans la première expérience et la consigne est la même.

En définitive, les enregistrements de trois récits sont présentés de façon segmentée (proposition par proposition) à deux groupes de 10 sujets. Pour l'un des groupes les enregistrements comprimés sont présentés selon un débit de 270 m/mn et pour l'autre groupe selon un débit de 300 m/mn.

4-Plan d'expérience :

Les données expérimentales sont traités par le programme d'analyse de variance VAR3 selon le plan expérimental suivant :

  • S5<P2*O2>*T2*E5

Le facteur O ordre de présentation des textes a et B, n'ayant pas d'effet significatif, les données sont regroupées selon le plan :

  • S10<P2>*T2*E5
  • le facteur P : le débit des paroles à 2 degrés, 270 m/mn et 300 m/mn ;
  • le facteur T est la nature des textes à 2 degrés, a abstrait et B concret ;
  • le facteur E est l'essai à 5 degrés, soit 5 blocs de 7 chacun.
VI-RESULTATS
1-Les données expérimentales :

Les données sont présentées en annexe. En ligne de S1 à S10 sont exposées les données pour les 10 sujets écoutant les enregistrements à 270 m/mn et de S11 à S20 sont exposées les données pour les 10 sujets écoutant les enregistrements à 300 m/mn.

En colonnes, les pourcentages des scores concernant chacun des 5 blocs de propositions pour chacun des texte a et B;

Trois tableaux de données sont présentés pour chacune des trois variables dépendantes : pourcentage des mots exacts, pourcentage des propositions correctes, pourcentage des bonnes réponses aux q c m.

2-Analyse des résultats :

a-Intelligibilité :

L'effet du facteur "débit des mots" (270/300 mots par minute) est significatif. Les scores d'intelligibilité (pourcentages des mots exacts notés par les étudiants) sont plus élevés pour le débit de 270 m/mn que pour 300 m/mn (F=22.57 (1- 18) p<.01).

L'effet du facteur "nature du texte" T est significatif. Les scores d'intelligibilité sont moins élevés pour le texte a (abstrait) que pour le texte B (concret) (F=8.81 (1-18) p<.01).

Les autres facteurs et les interactions n'ont pas d'effet significatif.

b-Mémoire à court terme et compréhension :

Le facteur "débit de mots" a un effet significatif : les scores de compréhension (pourcentage de propositions sémantiquement correctes) sont plus élevés pour un débit de 270 m/mn que pour un débit de 300 m/mn (F:21.33 (1-18) p<.01).

Le facteur "nature du texte" T a un effet significatif : les scores de compréhension sont plus élevés pour le texte B concret) que pour le texte a (abstrait) (F=38.53 (1-18) p<.01).

Le facteur "essai" E n'a pas d'effet significatif. Toutefois l'interaction P*E est significative : les variations entre les scores pour les différents essais sont plus élevées pour la présentation à 300 m/mn qu'à 270 m/mn (F=4.87 (4-72) p<.05).

L'interaction E*T est significative : les scores pour les blocs d'essais varient différemment pour le texte a et pour le texte B, les différences entre les essais étant plus élevées pour le texte a que pour le texte B, et les graphes des blocs d'essais montrant une élévation des scores pour les derniers blocs en ce qui concerne le texte a et non pour le texte B (F=5.06 (4-72) p<.01).

Enfin l'interaction P*E*T est significative : les différences entre les blocs d'essais sont plus élevées pour le texte a que pour le texte B quand on passe de la présentation à 270 m/mn à 300 m/mn et les différences entre les scores diminuent pour les derniers blocs d'essais du texte a quand on passe de la présentation à 270 m/mn à la présentation à 300 m/mn alors qu'elles changent peu pour le texte B (F=5.24 (4-72) p<.01).

En ce qui concerne les réponses aux q c m, les effets des facteurs et interactions ne sont pas significatifs.

VII-DISCUSSION - CONCLUSION

En ce qui concerne l'intelligibilité et la compréhension des enregistrements ayant subi une compression temporelle de 50%, les scores sont moins élevés pour un débit de mots de 300 m/mn que pour un débit de 270 m/mn. Toutefois les performances concernant les réponses aux q c m ne sont pas affectés par une élévation du débit des mots à 300 m/mn.

Les premiers résultats concernant l'intelligibilité et la compréhension sont en accord avec ceux de nombreux expérimentateurs : l'intelligibilité et la compréhension d'un texte déclinent rapidement au-delà de 270 m/mn (Foulke 1969, Leroy 1982). Mais le résultat concernant la performance des sujets est plus inattendu bien que différentes explications pourraient en rendre compte. Les scores pour l'intelligibilité et la compréhension des paroles à 300 m/mn restent relativement bons (supérieur à 80 %). De plus les sujets sont face aux portions de phrases qu'ils recopient pendant quelques secondes. L'écriture et la vision des mots perçus auditivement amélioreraient donc la rétention mnésique des sujets.

Par ailleurs, l'existence des différentes interactions pour les scores de compréhension met en évidence l'influence de la nature d'un texte sur sa compréhension, mais surtout un effet d'apprentissage ou d'habituation aux débits des mots pour le texte a (abstrait) et non pour le texte B (concret) dont les scores restent relativement élevés. Le fait de passer de 270 mots/minute à 300 mots/minute diminuent la compréhension des deux textes toutefois, cette détérioration plus forte au début (trois premiers blocs d'essais) pour le texte abstrait est plus faible ensuite. Pour le texte concret et redondant, cette diminution de la compréhension est plus irrégulière et reste relativement faible. Il semble que les étudiants soient capables de s'adapter aux débits des mots d'un discours en optimisant leur capacité d'écoute pour des enregistrements courts.

EXPERIENCE 4

I-PROBLEMES THEORIQUES

Une quatrième expérience est effectuée pour compléter les résultats de l'expérience 2. En effet, dans une condition de parole comprimée à 50% avec un débit de 270 mots/minute, les résultats sont meilleurs pour un mode de distribution segmentée (proposition par proposition) que pour un mode de distribution continue (l'énoncé intégral). Nous avons alors conclu qu'une pause de quelques secondes entre chaque proposition favorise la compréhension et la rétention de la parole comprimée.

Dans l'expérience 2, deux conditions de présentation auditive sont comparées : une présentation segmentée et une présentation continue pour deux récits (abstrait et concret) dont l'enregistrement a subi une compression temporelle de 50% et dont le débit des paroles est 270 mots/minute après compression. En présentation continue, les étudiants avaient moins de temps pour traiter l'information qu'en présentation segmentée . Dans l'expérience 1, en condition de présentation segmentée , les performances des sujets ne diffèrent pas significativement après écoute de l'enregistrement normal ou comprimé. Mais, obtiendrait-on le même résultat en condition de présentation continue de la parole comprimée et de la parole normale ? En effet, en écoute continue, les suites sonores "s'écoulent" sans interruption à un débit de 270 m/mn pour la parole comprimée et 135 m/mn pour la parole normale. Est-ce que l'écoute continue d'un récit présenté à 135 m/mn permet une meilleure performance que l'écoute continue d'un récit présenté à 270 m/mn ? Sur un plan théorique, étant donné les résultats de la première expérience, le traitement de l'information au niveau périphérique (intelligibilité) n'est pas détérioré par la compression temporelle de 50%, pour un débit de l'enregistrement original de 135 m/mn. Il importe de vérifier l'influence du débit des mots sur la compréhension et la rétention du discours. Sur un plan pratique, est-ce que la parole comprimée et donc "l'écoute rapide" est un mode d'accès à l'information parlée intéressant pour les auditeurs qui ont besoin de gagner du temps (Bishoff 1979, Myers 1978, Leroy 1982, Foulke et al. 1969).

Par ailleurs, dans la seconde expérience, outre l'effet des facteurs mode de présentation et nature des textes enregistrés, nous avions observé une interaction entre ces deux facteurs pour les scores de compréhension et de rétention. Dans, une même condition de distribution continue des informations, il est possible que seuls les effets des facteurs débit des mots et nature des textes soient observés.

II-LES HYPOTHESES

Si le niveau central du traitement des informations parlées est influencé par le débit de la parole, la compréhension et donc le pourcentage des propositions sémantiquement correctes notées par les étudiants sera plus faible pour les paroles comprimées que pour les paroles normales dans une même condition de distribution continue.

Les scores de compréhension et de rétention seront plus élevés pour le texte B (concret) que pour le texte a (abstrait).

III-LES VARIABLES
1-Les variables indépendantes

L'enregistrement de deux textes abstrait et concret est écouté par deux groupes d'étudiants : pour un groupe l'enregistrement est normal (135 m/mn), pour l'autre groupe il a subi une compression temporelle de 50% (270 m/mn).

Deux variables principales sont observées : :

a-Présentation p à 2 degrés N (normal) et C (comprimée).

b-Textes T à 2 degrés A(abstrait) et B (concret).

Deux variables sont contrôlées : l'heure de passation des sujets et l'ordre de présentation des textes.

2-Les variables dépendantes

Deux variables dépendantes sont considérées ici :

a-La compréhension des sujets définie par le pourcentage des propositions sémantiquement exactes par rapport au total des propositions notées par les étudiants. Ce calcul a été effectué selon les mêmes critères et avec la même méthode que dans l'expérience 2.

b-La rétention traduit par les scores des sujets obtenus aux Q C M.

IV-METHODE
1-Les sujets

40 étudiants de l'université de Lille ( filles et garçons) ont participé à cette expérience. Tous les étudiants sont volontaires et ont été recrutés dans les différentes universités de Lille. L'âge moyen des sujets est de 20 ans 9 mois. La langue maternelle de tous les étudiants est le français et les sujets n'ont pas de pathologies auditive connue. Les sujets sont répartis de façon aléatoire dans deux groupes : 20 sont ceux provenant de la deuxième expérience (présentation continue mode comprimé), les 20 autres n'ont pas participé aux expériences précédentes. Pour ces derniers, les enregistrements sont présentés en continu mais à vitesse normale (135 m/mn).

2-Le matériel

L'expérience se déroule dans la même pièce et avec le même matériel que ceux utilisés pour les autres expériences.

3-La passation

Les sujets sont divisés en groupes de 5. L'heure de passation et l'ordre de présentation des enregistrements sont contrôlés comme dans les trois expériences précédentes.

Chaque groupe de 5 sujets écoute d'abord l'extrait du Petit Prince pour mettre les étudiants en contact avec le type de paroles avec lequel ils seront confrontés au cours de la suite de l'expérience.

La consigne est la même pour les deux groupes. Elle a été exposée dans l'expérience 2 pour le groupe en condition de présentation continue.

Chaque séance se déroule ainsi :

  • réglage du volume sonore dans les casques,
  • écoute du récit de mise en route (le Petit Prince) et résumé de l'histoire,
  • écoute attentive des textes a ou B suivant les sous-groupes,
  • pour les groupes écoutant l'enregistrement normal, compte rendu détaillé de l'histoire immédiatement après l'écoute,
  • pour les groupes écoutant l'enregistrement comprimé, compte-rendu détaillé de l'histoire après un délai équivalent au temps d'écoute (laissé inoccupé )afin de placer les deux groupes de sujets dans les mêmes conditions de rétention,
  • réponses au Q C M,
  • repos de 2 minutes,
  • écoute de la seconde histoire, compte-rendu et réponses au Q C M.
4-Plan d'expérience

Nous utilisons un plan factoriel avec deux groupes de 20 sujets (groupes indépendants) pour tester la variable "présentation" (P) à 2 degrés normal (N) et comprimé (C). Une seconde variable indépendante la nature des textes T à 2 degrés abstrait (A) et concret (B) est testée dans des groupes de mesures appareillées.

Les données ont été traitées par le programme d'analyse de variance VAR3. Le plan est de la forme : S20<P2>*T2

V-RESULTATS

EXPERIENCE 4 : COMPREHENSION EN PRESENTATION CONTINUE

PAROLES NORMALES

TEXTE A TEXTE B

(1) (2) (3) (1) (2) (3)

14 17 82.35 23 23 100.00

8 14 57.14 21 21 100.00

8 10 80.00 18 18 100.00

15 22 68.18 24 24 100.00

13 15 86.67 19 19 100.00

6 9 66.67 23 23 100.00

17 17 100.00 21 21 100.00

19 19 100.00 21 22 95.45

9 12 75.00 17 18 94.44

9 12 75.00 19 19 100.00

12 16 75.00 17 17 100.00

12 16 75.00 16 19 84.44

14 16 87.50 18 18 100.00

8 13 61.54 11 14 78.54

8 11 72.73 17 19 89.47

8 10 80.00 18 19 94.74

12 14 85.71 22 22 100.00

9 13 69.23 10 11 90.91

12 17 70.58 14 14 100.00

17 19 89.47 19 19 100.00

En moyenne les sujets ont noté 15 propositions pour le texte a et 19 propositions pour le texte B.

Pour les résultats en paroles comprimées voir tableau à la fin de l'expérience 2.

1-Présentation des données expérimentales

Les tableaux des données expérimentales sont exposés en annexe; En ligne sont exposés les résultats des groupes P1 et P2 de 20 sujets chacun distribués de S1 à S40.

En colonnes, sont exposés les résultats pour les textes a et B, c'est-à-dire les pourcentages de propositions correctes pour le tableau "compréhension" et le pourcentage de bonnes réponses pour le tableau "performance".

2-Analyse et descriptions des résultats

a-Compréhension

La moyenne des pourcentages des propositions sémantiquement exactes notées par les sujets pour le groupe "paroles normales" est 77.89% pour le texte a et 96.36% pour le texte B.

La moyenne des pourcentages des bonnes propositions par rapport au total des propositions notées par les sujets pour le groupe "parole comprimée" est 84.34% pour le texte a et 99.12% pour le texte B.

TABLEAU DE La VARIABLE DEPENDANTE "compréhension"

	-- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -   -- -- -- -- -- -- -- --
	I             I   a   I   B   I   I       I  a   I  B   I
	I             I       I       I   I       I      I      I
	I P. NORMALE  I 77.89 I 96.36 I   I P. N  I11.42 I 6.18 I
	I             I       I       I   I       I      I      I
	I P. COMPRIMEEI 84.34 I 99.12 I   I P. C  I 8.28 I 1.81 I
	-- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -   -- -- -- -- -- -- -- --
	              MOYENNES                      ECART-TYPE
	

L'analyse de variance met en évidence l'effet significatif du facteur P type de paroles normales ou comprimées : les pourcentages de propositions sémantiquement exactes sont plus élevés pour les enregistrements de paroles comprimées que pour les enregistrements de paroles normales (F=5.87 (1-38) p<.05).

Le facteur "nature du texte" a également un effet significatif : les pourcentages de propositions sémantiquement correctes sont plus élevés pour le texte B (concret) que pour le texte a (abstrait) (F=115.59 (1-38) p<.01).

L'interaction entre les deux facteurs P et T n'est pas significative.

Pour les enregistrements d'origine (135 m/mn) les étudiants ont noté en moyenne 15 propositions au total pour le récit a et 19 propositions au total pour le récit B.

Pour les enregistrements comprimés (270 m/mn), les étudiants ont noté en moyenne 12 propositions pour le texte a et 22 propositions pour le texte B.

b-La rétention

Tous les scores de réponses aux Q C M sont supérieurs à 87% pour le texte a et supérieurs à 98% pour le texte B

TABLEAUX DE La VARIABLE DEPENDANTE "rétention"

	-- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -     -- -- -- -- -- -- -- --
	I             I   a   I   B   I     I       I  a   I  B   I
	I             I       I       I     I       I      I      I
	I P. NORMALE  I 89.37 I 99.28 I     I P. N  I 7.63 I 3.19 I
	I             I       I       I     I       I      I      I
	I P. COMPRIMEEI 87.66 I 98.57 I     I P. C  I 8.73 I 4.40 I
	I             I       I       I     I       I      I      I
	-- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -     -- -- -- -- -- -- -- --
					MOYENNES                      ECART-TYPE
	

Le facteur "nature du texte" T a un effet significatif : les scores sont plus élevés pour le texte B (concret) que pour le texte a (abstrait) (F=51.95 (1-38) p<.01).

Le facteur type de paroles normales ou comprimées n'a pas d'effet significatif.

L'interaction entre les facteur P et T n'est pas significative.

VI-DISCUSSION-CONCLUSION
1-Mémorisation et compréhension

Les enregistrements écoutés par un groupe de 20 étudiants ont un débit de 135 mots/minute et les enregistrements écoutés par l'autre groupe de 20 étudiants ont subi une compression temporelle et ont un débit de 270 mots/minute. Chaque récit est écouté en continu et les sujets rédigent ensuite un compte-rendu détaillé de l'histoire ; puis, ils répondent au questionnaire à choix multiple. . Les étudiants qui écoutent les récits enregistrés à un débit de 270 m/mn rappellent plus de propositions exactes que les étudiants qui écoutent les récits enregistrés à 135 m/mn (F=5.87 (1-38) p<.05). Ce résultat semble, pour le moins surprenant. Surpris par le débit de l'enregistrement comprimé et stimulés à la perspective de rédiger un compte rendu détaillé, il est possible que les étudiants aient maximisé leurs facultés d'attention et de concentration.

Pour le texte abstrait (L'île du cercle), les étudiants ont rapporté moins de propositions que pour le texte concret (Le vieux fermier), et ce dans les deux conditions d'écoute (F=115.59 (1-38) p<.01). Pour le texte abstrait, tous les étudiants ont rappelé correctement les premières et les dernières propositions du récit, mais ont omis les propositions placées au centre du texte ou ont rapporté leur contenu de façon plus synthétique et ce, d'autant plus que le débit des paroles est élevé ; toutefois . avec la parole comprimée les sujets ont moins d'erreur.

Avec des récits relativement courts (quelques minutes), la compréhension et le rappel immédiat des étudiants n'est pas diminué par une "écoute rapide".

Une fois de plus, dans cette expérience les écarts-type sont importants, ce qui traduit une grande variabilité interindividuelle. Cette variabilité est plus forte pour le texte abstrait.

2-La rétention

Bien que légèrement inférieure, la performance des sujets écoutant la parole comprimée n'est pas significativement différente de celle des sujets écoutant la parole normale. Ce résultat est en accord avec les conclusions de nombreux auteurs pour la langue anglo-saxonne (Foulke et al.1969, Myers 1978, Bischoff 1979, Leroy 1982,).

EXPERIENCE 5

I-PROBLEMES THEORIQUES

De nombreux facteurs pouvant influencer l'intelligibilité et la compréhension de la parole comprimée ont été mis en évidence par les expérimentateurs. Outre le débit des mots (seuil à 275 m/mn) et le taux de compression (seuil à 50%), d'autre facteurs liés à l'auditeur sont impliqués et en particulier l'âge des sujets, leur vitesse d'articulation et de lecture. Beasley et al. (1976) ont trouvé des différences entre les performances des auditeurs en fonction de l'âge : la discrimination de mots monosyllabiques comprimés dans le temps s'améliore pour les sujets plus âgés. Freeman et Beasley (1978), Beasley Flaherty-Rintelmann 1976), puis Beasley et al. (1980) ont trouvé les mêmes résultats avec des phrases comprimées. Selon May (1984), la compression temporelle des paroles pourrait être un moyen d'étudier les caractéristiques de la perception auditive responsables des capacités de discrimination. Pour May, les capacités de discrimination de la parole comprimée dépendraient de l'âge des sujets. Dans le but de tester cette hypothèse, l'auteur a étudié quatre groupes de sujets : 14 sujets de 6 ans 6 mois en moyenne, 20 sujets de 8 ans 6 mois en moyenne, 16 sujets de 10 ans 6 mois en moyenne et 15 sujets de 21 ans 7 mois en moyenne. Ces 65 sujets ont un développement cognitif normal et une perception auditive normale. L'auteur n'a pas observé de différence significative entre les groupes des 6 ans et des 8 ans d'une part et les groupes des 10 ans et des 21 ans d'autre part. Toutefois les scores des deux groupes plus âgés (10 ans et 21 ans) sont significativement plus élevés que les scores des deux groupes plus jeunes (6 ans et 8 ans). Selon May (1984), les capacités de discrimination des paroles ayant subi une compression temporelle, augmentent avec la maturité des sujets. Les capacités optimales de traitement auditif atteindraient une asymptote vers 11 à 12 ans. L'évolution ontogénétique de l'efficacité du traitement auditif, atteint un stade optimal au début de la deuxième décade de la vie.

Le décodage de l'information parlée est régi par des mécanismes situés à différents niveaux. Au niveau périphérique, l'analyse du signal vocal dépend des propriétés physiologiques de l'oreille interne, en particulier de la sensibilité des structures de la cochlée aux différents paramètres du signal et des seuils de discrimination associés à la fréquence, la durée et l'amplitude du signal. L'intelligibilité de la parole comprimée dépend d'abord des processus d'analyse effectués à ce niveau. Au niveau central, le message parlé en cours de traitement fait appel à diverses sources de connaissances : acoustiques, phonétiques, lexicales, syntaxiques et pragmatiques. Les processus cognitifs impliquent entre autre le fonctionnement de l'attention, et de la mémoire. Le traitement d'un message parlé passerait par une étape articulatoire pour entretenir la trace mnésique : après le décodage phonétique, tandis qu'il procède au traitement syntaxique et sémantique, le sujet effectue "une verbalisation" de l'information reçue. L'auditeur se répète mentalement ce qu'il entend (Baddeley 1986). Pour Baddeley, un dispositif de boucle articulatoire alimenterait le stock phonologique : pour que les "traces" ne s'estompent pas une révision du matériel (répétition mentale) s'impose. Ce codage est central et ne dépend pas obligatoirement des mécanisme moteur du système phonatoire. En outre, la mémoire de travail "maintient en disponibilité immédiate les informations reçues de la mémoire à court terme ou retrouvées de la mémoire à long terme". Le nombre des éléments stockés en mémoire à court terme est limité :Miller (1956) a évalué la capacité de la mémoire à court terme à 7 plus ou moins 2 éléments. De plus, plusieurs auteurs ont situé la capacité temporelle de la mémoire de travail entre 1,5 et 2 secondes (Baddeley 1986, Hulme et al. 1984, Schweickert et Boruff 1986 ). Selon ces auteurs, cette durée d'environ 2 secondes serait l'intervalle de temps pendant lequel la trace mnésique peut être récupérée. Le stockage en mémoire de travail maximum pendant ces deux secondes ne dépendrait pas seulement du nombre des éléments ou "shunk" mais plutôt d'un autre facteur : la vitesse de la parole. L'empan mnésique serait fonction linéaire du taux de prononciation du sujet (Baddeley 1986, Hulme et al. 1984, Schweickert et Boruff 1986 ).

Dans la série d'expériences précédemment exposées, nous avons souligné à plusieurs reprises l'existence d'une grande variabilité interindividuelle dans les résultats après écoute des paroles comprimées. Dans la mesure où la population de ces expériences est relativement homogène en ce qui concerne la tranche d'âge et le niveau culturel, cette variabilité pourrait être expliquée par des "vitesses de traitement du langage" (parlé ou écrit) différentes selon les sujets. Les sujets capables de lire vite seraient également capables de mieux traiter la parole comprimée. C'est pour tester ce point de vue et pour comparer les capacités de traitement de la parole normale et de la parole comprimée par des collégiens en fonction de leur vitesse de lecture et de l'âge lexical de ces sujets que nous réalisons cette étude expérimentale.

En particulier, cette étude aura pour objectif d'évaluer l'influence des facteurs "vitesse de lecture" et "âge lexical" sur l'intelligibilité, la compréhension et la rétention de la parole comprimée par des élèves de sixième, cinquième, quatrième et troisième.

II-METHODOLOGIE
A-Les sujets

Les données ont été recueillies sur 80 élèves du collège Henri Durez à Estaires (Nord de la France), de langue maternelle française, au cours de l'année scolaire 1988-1989. La sélection des 80 sujets s'est opérée à partir de trois critères :

  • âge chronologique,
  • vitesse de lecture,,
  • âge lexical.

Pour sélectionner les sujets, 136 élèves (46 en sixième, 28 en cinquième, 35 en quatrième et 29 en troisième) ont passé individuellement plusieurs épreuves. Le test de "l'Alouette", test d'analyse de la lecture et de dépistage de la dyslexie a permis de définir la vitesse de lecture et l'âge lexical des sujets. Les élèves avaient pour consigne de lire le mieux possible les 265 mots du texte de "l'Alouette". Le temps de lecture est chronométré et la correction consiste à comptabiliser le nombre d'erreurs non corrigées, les mots ajoutés, les mots oubliés, les mots non lus en 5 secondes et à soustraire ce nombre au total des mots lus. Une vitesse de lecture, exprimée en nombre de mots par minute est calculée en fonction du temps de lecture et du nombre de mots correctement lus. L'âge lexical est calculé à partir de l'échelle associée au test.

Pour les quatre niveaux scolaires, ont été sélectionnés les enfants d'âge chronologique correspondant à l'âge d'un élève ayant suivi un cursus scolaire normal et ont été éliminés les élèves en retard ou en avance. Les groupes ont été constitués de telle sorte que l'âge moyen de chaque classe (pour la première phase de l'expérience) soit égal à la médiane en deçà de laquelle sont retenus les 10 lecteurs les plus lents et au-delà de laquelle sont retenus les 10 lecteurs les plus rapides. L'écart entre le plus lent des lecteurs rapides et le plus rapide des lecteurs lents est environ 10 mots/minute (8 à 15).

L'échantillon sélectionné se compose de 80 élèves (filles et garçons) répartis dans quatre groupes de 20 sujets : quatre niveaux d'âge chronologique correspondant à quatre niveaux scolaires, dans la première phase de l'expérience et à quatre groupes d'âge lexical différent dans la deuxième phase.

Une seconde épreuve a été présentée aux élèves : pour mesurer leur vitesse d'articulation. Le sujet doit répéter cinq fois le plus rapidement possible des mots et des non-mots de 4, 5 et 7 syllabes. Pour les mots, l'expérimentateur choisit les suites parmi les listes suivantes :

  • liste 1 : (4 syllabes) vélo-sapin, (5 s) souris-mandarine, (7 s) hippopotame-éléphant
  • liste 2 : (4 s- bureau-café, (5 s) ruban-chocolat, (7 s) automobile-écurie
  • liste 3 : (4 s) valet-marin, (5 s) melon-otarie, (7 s) alligator-pissenlit.

Pour les non-mots, la liste unique est la suivante :

  • (4 s) lasapoti, (5 s) rifomulati, (7 s) piracotufacoté.

Trois listes de mots ont été établies pour éviter la communication entre les sujets et l'apprentissage de cette liste avant la passation. Une liste de mots parmi les trois est présentée au sujets et la liste de non-mots. Le temps mis pour prononcer chaque suite est chronométré, puis le temps pour prononcer une syllabes est calculé en secondes. Quand un sujet n'est pas capable de prononcer cinq fois de suite une série, il lui est attribué le temps le plus long mis par les élèves de son âge pour prononcer cette série.

B-Le matériel

Deux listes de 25 phrases équivalentes en nombre de mots (entre 7 et 9) et en nombre de syllabes (entre 7 et 12) ont été constituée en sélectionnant ces phrases parmi les 200 de la liste de Combescure (1984) qui sont phonétiquement équilibrées et dont la fréquence des phonèmes reflète celle qui existe dans la langue française.

Les 50 phrases ont été lues par une voix féminine à une vitesse de 135 mots par minute en moyenne et enregistrées sur cassette. Chaque phrase lue est terminée par un bip et séparée de la suivante par une pause de 2 secondes environ.

Un magnétophone (General Electric) permet de faire varier le taux de compression de l'enregistrement. 25 phrases seront écoutées à taux normal (135 m/mn, 0% de compression) et 25 à un débit de 270 m/mn (50% de compression)

C-Procédure

1-Les groupes de sujets :

20 sujets de chaque niveau scolaire sont rangés dans l'ordre décroissant par rapport à leur vitesse de lecture (nombre de mots par minute). En respectant le rang de chaque sujet, pour chaque niveau scolaire, les 20 sujets ont été répartis en 4 groupes de 5 sujets. Le premier groupe (les 5 premiers lecteurs rapides) écoutent d'abord 25 phrases en paroles comprimées (PC), puis 25 en paroles normales (PN). Le deuxième groupe (les 5 lecteurs rapides suivants) écoutent d'abord 25 phrases en PN, puis 25 en PC. Le troisième groupe (les 5 meilleurs lecteurs lents) écoutent d'abord 25 phrases en PC, puis 25 en PN. Le quatrième groupe (les 5 lecteurs les plus lents) écoutent d'abord 25 phrases en PN, puis 25 en PC.

Ainsi, 16 groupes de 5 sujets suivent le déroulement de l'expérience.

2-Déroulement de l'expérience

Dans une pièce isolée des autres salles de cours, 5 tables sont disposées autour de la table de l'expérimentateur et sont isolées de tel sorte que les 5 sujets voient l'expérimentateur mais ne puissent se voir, ni communiquer entre eux. Sur chaque table est posé un casque d'écoute, et les 6 casques (1 pour l'expérimentateur et 5 pour les sujets) sont reliés par l'intermédiaire d'une boite relais au magnétophone. La passation a lieu en deux temps identiques.

  • chaque sujet reçoit d'abord une feuille blanche et un crayon,
  • après avoir donné les indications pour porter confortablement les écouteurs, la consigne est ensuite énoncée :

"Ecoutez bien. Pour vous habituer vous entendrez d'abord 5 phrases que vous n'aurez pas à recopier. Puis, après deux bip sonores, vous allez entendre une série de phrases. a la fin de chaque phrase, vous entendrez un bip sonore. Immédiatement après, vous écrirez exactement ce que vous venez d'entendre. Les fautes d'orthographe ne seront pas pénalisées".

Selon le groupe présent, les 25 premières phrases ont été écoutées en PN ou en PC.

Les 5 premières phrases ont pour rôle d'éviter un effet de mise en route. Chaque sujet dispose du temps nécessaire pour recopier chaque phrase.

Quand les 20 phrases ont été écrites, les élèves rendent leur feuille.

  • chaque sujet reçoit alors une feuille sur laquelle sont écrites de façon incomplète les 20 phrases : pour chacune d'entre elles, il manque deux mots. La consigne est énoncée :

"Vous avez une feuille sur laquelle sont écrites les 20 phrases que vous venez d'entendre et de recopier. Attention, il manque 2 mots dans chacune d'elles. a vous de remplir les "blancs". Si vous ne savez pas, passez à la suivante. Vous rendrez votre feuille, quand vous estimerez avoir fini. Vous disposez du temps qui vous est nécessaire".

Le même déroulement a lieu pour les 25 phrases de la deuxième liste présentées en PN ou PC selon le mode de présentation des 25 premières. Notons que les 25 phrases écoutées en paroles normales et les 25 phrases écoutées en paroles comprimées sont les mêmes pour tous les groupes. Seul l'ordre de présentation change comme indiqué précédemment.

3-Corrections des épreuves

Les 20 phrases entendues en paroles normales et les 20 phrases entendues en paroles comprimées sont divisées en 4 groupes de 5 en gardant leur ordre respectif de présentation, ordre identique pour tous les sujets. Cette division correspond aux 4 degrés de la variable "Essai".

Pour évaluer l'intelligibilité, les sujets ont écrit exactement ce qu'ils entendaient, phrase après phrase. Pour chaque groupe de 5 phrases, a été calculé le pourcentage de mots exacts par rapport au nombre de mots total de chaque bloc de 5 phrases.

Pour évaluer la compréhension, la correction est effectuée également à partir des phrases écrites intégralement ou non par le sujet. Chaque phrase sémantiquement correcte vaut 1 point. Huit notes sont attribuées pour chaque sujet (2 fois 4 blocs de 5 phrases). En exemple de correction si un sujet à écrit "s'enfuit" au lieu de "a fui", il a faux pour le calcul du score d'intelligibilité et bon pour celui de la compréhension. Pour évaluer le score de compréhension, nous utilisons la méthode des juges : trois personnes ont à décider si le mot écrit a la même sens ou non que le mot d'origine.

Le test de rétention est le test "à trous" (en annexes). Pour chaque bloc de 5 phrases a été calculé le nombre de mots manquants correctement retrouvés : soit 8 notes pour chaque sujet pouvant varier de 0 à 10.

Pour évaluer l'équivalence des deux séries de 20 phrases du test à trous et pour mesurer l'influence de l'écoute, un groupe contrôle de 12 sujets ayant subi les prétests, mais n'ayant pas assisté à l'expérience a rempli les "blancs" du test de rétention. Pour les 20 phrases écoutées en paroles normales le score est de 1.13 sur 10 et pour les 20 phrases écoutées en paroles comprimées le score est de 1.64 sur 10.

D-Hypothèses et variables

1-Variables

  • âge chronologique (A) : 4 degrés. 4 groupes de 20 sujets pour chaque classe de sixième, cinquième, quatrième et troisième correspondent respectivement aux âges de 12, 13, 14 et 15 ans en moyenne
  • vitesse de lecture (L) : 2 degrés. Pour chaque tranche d'âge et donc chaque niveau scolaire, les sujets sont répartis dans deux catégories : lecteurs lents ou lecteurs rapides.
  • ordre de présentation (O) : 2 degrés. Les phrases sont présentées dans l'ordre PN-PC ou PC-PN. Cette variable de contrôle permet de vérifier les effets dus à l'ordre de présentation.
  • mode de présentation (P) : 2 degrés. Les phrases sont présentées selon deux débits de paroles : paroles normales ou paroles comprimées.
  • essais (E) : 4 degrés. Les deux listes comportent 25 phrases dont 5 de mise en route et 20 divisées en 4 blocs de 5 phrases lors de la correction. Cette variable permet de vérifier un éventuel effet d'habituation, de fatigue, d'apprentissage ou de pratique.

2-Hypothèses

L'intelligibilité, la compréhension et la rétention seront meilleures chez les sujets plus âgés. Les performances aux tests d'intelligibilité, de compréhension et de rétention seront meilleures pour l'écoute des paroles normales que pour l'écoute des paroles comprimées.

Les lecteurs rapides mémoriseront mieux les phrases immédiatement présentées que les lecteurs lents. L'intelligibilité et la compréhension des lecteurs rapides sont meilleurs que celles des lecteurs lents.

La différence entre les performances après écoute des paroles normales et des paroles comprimées sera plus importante à un âge inférieur qu'à un âge supérieur (hypothèse d'interaction entre a et P).

Plus le lecteur est rapide, plus la différence entre les performances pour PN et PC diminue (hypothèse d'interaction entre P et L).

Définitions opérationnelles des variables dépendantes :

  • l'intelligibilité est le pourcentage des mots exacts par rapport au nombre de mots total,
  • la compréhension est définie par le nombre de phrases sémantiquement correctes,
  • la rétention est définie par le nombre de "blancs" complétés par des mots exacts (mots qui ont constitué les phrases précédemment entendues).

Première hypothèse : le pourcentage de mots exacts par rapport au nombre de mots total, le nombre de phrases sémantiquement correctes et le nombre de "blancs" correctement complétés seront d'autant plus élevés que l'élève est dans une tranche d'âge élevée (6ème, 5ème, 4ème, 3ème).

Deuxième hypothèse : le pourcentage de mots exacts par rapport au nombre de mots total, le nombre de phrases sémantiquement correctes et le nombre de blancs correctement complétés seront supérieurs pour un taux de compression temporelle de 0% (paroles normales) que pour un taux de compression de 50% (paroles comprimées).

Troisième hypothèse : le nombre de "blancs" correctement complétés, le nombre de phrase sémantiquement correctes et le pourcentage de mots exacts seront plus importants chez les lecteurs rapides que chez les lecteurs lents.

Quatrième hypothèse : la différence entre la moyenne des scores obtenus après écoute de la parole comprimée et de la parole normale sera plus importante chez les élèves de sixième que pour les élèves de troisième.

Cinquième hypothèse : la différence entre les scores obtenus après écoute des paroles normales et comprimées sera d'autant plus faible que le lecteur sera rapide.

E-Plan d'expérience

1-Age (A) :

  • A1 : classe de 3ème (environ 14 ans)
  • A2 : classe de 4ème (environ 13 ans)
  • A3 : classe de 5ème (environ 12 ans)
  • A4 : classe de 6ème (environ 11 ans).

2-vitesse de lecture (L) :

  • L1 : lent,
  • L2 : rapide.

3-ordre de présentation (O) :

  • O1 : comprimée-normale,
  • O2 : normale-comprimée.

4-mode de présentation (P) :

  • P1 : normale,
  • P2 : comprimée.

5-essais (E) :

  • E1 : 1er bloc,
  • E2 : 2ème bloc,
  • E3 : 3ème bloc,
  • E4 : 4ème bloc.

Les résultats sont traités par le programme d'analyse de variance VAR3 pour lequel le plan d'expérience est de la forme S5<O2*L2*A4>*E4*P2 avec 3 groupes de mesure indépendants (Age, vitesse de lecture, ordre de présentation) et 2 groupes de mesure appareillées (présentation, essais).

III-RESULTATS
A-Le facteur "âge chronologique"

1-Intelligibilité :

L'effet du facteur "âge chronologique" sur la performance au test d'intelligibilité est significatif : le pourcentage de mots exacts par rapport au nombre total de mots écrits par le sujet est d'autant plus élevé que le sujet est âgé (F=4.767 (3-72) p<.01).

2-Compréhension

L'effet du facteur "âge chronologique" sur la performance au test de compréhension est significatif : le nombre de phrases sémantiquement correctes notées par les sujets augmente en fonction de l'âge (F=3.087 (3-72) p<.05).

Il n'existe pas de différence significative entre les performances des sujets en fonction des niveaux scolaires pris deux à deux (T de Newman-Keuls).

3-Rétention

L'effet du facteur "âge chronologique" sur les performances au test de rétention n'est pas significatif.

B-Le facteur "mode de présentation"

1-Intelligibilité

L'effet du facteur "mode de présentation" (en paroles normales ou en paroles comprimées) sur la performance des sujets au test d'intelligibilité est significatif : le pourcentage de mots exacts par rapport au nombre total de mots écrits par les sujets est plus élevé pour la présentation en paroles normales qu'en paroles comprimées (T=11.548 (2-37) p<.01). Les variances n'étant pas homogènes un T de Student pour groupes appareillés a été calculé pour ce facteur.

2-Compréhension

L'effet du facteur "mode de présentation" sur les performances des sujets au test de compréhension est significatif : le nombre de phrases sémantiquement correctes notées par les sujets est plus élevé pour la présentation en paroles normales qu'en paroles comprimées (F=49.39 (1-72) p<.01).

3-Rétention

L'effet du facteur "mode de présentation" sur la performance des sujets au test de rétention est significatif : le nombre de "blancs" complétés par des mots exacts est plus élevé dans la condition de présentation en paroles comprimées que dans la condition de présentation en paroles normales (F=19.157 (1-72) p<.01). Ce résultat est contradictoire avec l'hypothèse.

C-Le facteur "vitesse de lecture"

1-Intelligibilité

L'effet du facteur "vitesse de lecture" sur la performance des sujets au test d'intelligibilité est significative : le pourcentage de mots exacts par rapport au nombre total de mots est plus élevé chez les lecteurs rapides que chez les lecteurs lents (F=4.683 (1-72 p<.05).

2-Compréhension

L'effet du facteur "vitesse de lecture" sur la performance des sujets au test de compréhension est significatif : le nombre de phrases sémantiquement correctes notées par les lecteurs rapides est plus élevé que celui noté par les lecteurs lents (F=6.068 (1-72) p<.05).

3-Rétention

L'effet du facteur "vitesse de lecture" sur les performances des sujets au test de rétention est significatif : le nombre de "blancs" complétés par des mots exacts est plus élevé chez les lecteurs rapides que chez les lecteurs lents (F=11.345 (1-72) p<.01).

D-Interaction entre le facteur âge et le mode de présentation

1-Intelligibilité

L'interaction entre le facteur "âge chronologique" et le facteur "mode de présentation" est significative : la performance des sujets au test d'intelligibilité augmente en fonction de l'âge chronologique des sujets dans la condition de présentation en paroles comprimées mais ne change pratiquement pas dans la condition de présentation en paroles normales (F=4.581 (3-72) p<.01).

2-Compréhension et rétention

Les interactions entre l'âge et le mode de présentation ne sont pas significatives pour les variables dépendantes compréhension et rétention.

E-Le facteur "essais"

L'effet du facteur "essais" sur l'intelligibilité des sujets est significatif (F'=24,578 (3-192) p<.01), ainsi que sur la compréhension (F'=21.01 (3-192) p<.01) et sur la rétention (F'=5.937 (3-192) p<.01).

L'effet de l'interaction entre le facteur "essais" et le facteur "mode de présentation" sur l'intelligibilité est significatif : la différence entre les scores d'intelligibilité en faveur de la parole normale est plus élevée pour les deux premiers blocs d'essais (F'=27.634 (3-192) p<.01).

L'effet de l'interaction entre le facteur "essais" et le facteur "mode de présentation" sur la compréhension est significatif : la différence entre les scores de compréhension en faveur de la parole normale est plus élevée pour les deux premiers blocs d'essais (F'=10.233 (3-192) p<.01).

L'effet de l'interaction entre les facteurs "essais" et "mode de présentation" sur la rétention est significatif : pour la parole normale les scores de rétention sont plus élevés pour le premier et le dernier bloc (effet de primauté et de récence), pour la parole comprimée, les scores s'élèvent du premier au troisième bloc (effet de pratique) (F'=2.72 (3-192) p<.05).

L'effet de l'ordre de présentation et toutes les autres interactions ne sont pas significatifs.

F-Vitesse d'articulation

Il existe une différence significative entre la vitesse d'articulation des lecteurs lents et celles des lecteur rapides : les lecteurs rapides ont une vitesse d'articulation plus élevée que les lecteurs lents (T=5.447 (1-79) p<.01).

G-Le facteur "âge lexical"

Dans une deuxième phase de traitement des données, pour étudier le facteur "âge lexical" indépendamment du facteur âge chronologique" et du niveau scolaire, les 80 sujets ont été classés en fonction de leur "âge lexical" d'après le barème du test de "l'Alouette". Quatre niveaux d'âge lexical" ont été ainsi déterminés distribués du plus faible au plus élevé : A1 à A4. Une analyse de variance a été effectuée, prenant en compte les facteurs "âge lexical" et "mode de présentation" suivant le plan : S20<A4>*P2 pour les trois variables dépendantes : intelligibilité, compréhension et rétention.

1-Intelligibilité

TABLEAU DES MOYENNES ET ECARTS-TYPE

P1 P2 P1 P2

A1 98.43 94.30 A1 1.45 3.83

A2 98.64 95.54 A2 1.69 2.28

A3 99.27 97.26 A3 1.52 1.70

A4 99.51 96.93 A4 0.72 2.19

L'effet du facteur "âge lexical" est significatif : le pourcentage des mots exacts par rapport au nombre total de mots écrits par les collégiens est d'autant plus élevé que leur âge lexical est élevé (F=5.50 (3-76) p<.01).

L'effet du facteur "mode de présentation" est significatif : le pourcentage des mots exacts par rapport au nombre total des mots notés par les collégiens est plus élevé dans la condition de paroles normales que dans la condition de paroles comprimées (F=135.98 (1-76) p<.01). Toutefois l'intelligibilité est toujours supérieur à 90%.

L'interaction entre les deux facteurs âge lexical et mode de présentation est significative : la différence entre les scores d'intelligibilité pour la condition paroles normales et la condition paroles comprimées est d'autant plus faible que l'âge lexical des collégiens est plus élevé (F=3.17 (3-76) p<.05).

2-Compréhension

TABLEAU DES MOYENNES ET DES ECARTS-TYPE

P1 P2 P1 P2

A1 4.65 4.37 A1 0.33 0.46

A2 4.81 4.57 A2 0.24 0.29

A3 4.91 4.52 A3 0.15 0.31

A4 4.90 4.67 A4 0.17 0.31

L'effet du facteur âge lexical est significatif : le nombre de phrases sémantiquement correctes notées par les élèves est d'autant plus élevé que l'âge lexical est élevé (F=4.77 (3-76) p<.01).

L'effet du facteur mode de présentation est significatif : le nombre de phrases sémantiquement correctes notées par les élèves est plus élevé dans la condition paroles normales que dans la condition paroles comprimées (F=50.13 (1-76 p<.01).

Il n'existe pas d'interaction entre le facteur âge lexical et le facteur mode de présentation.

3-Rétention

TABLEAU DES MOYENNES ET DES ECARTS-TYPE

P1 P2 P1 P2

A1 6.22 7.35 A1 1.17 1.15

A2 6.05 6.87 A2 1.23 1.052

A3 7.24 7.33 A3 1.61 1.61

A4 7.56 8.28 A4 1.54 1.07

L'effet du facteur "âge lexical" est significatif : le nombre des "blancs" correctement complétés par les collégiens est plus élevé pour les tranches d'âge lexical plus élevées (F=5.99 (3-76) p<.01).

L'effet du facteur "mode de présentation" est significatif : le nombre de "blancs" correctement complétés par les collégiens est plus élevé après écoute des paroles comprimées qu'après écoute des paroles normales (F=24.08 (1-76) p<.01).

L'interaction entre les facteurs "âge lexical" et "mode de présentation" n'est pas significative.

H-Corrélations et analyse de régression hiérarchique

Des analyses complémentaires ont été effectuées dans le but d'évaluer l'influence des différents facteurs sur la performance des sujets et leurs inter-corrélations.

En particulier ont été calculées toutes les corrélations existant entre les différentes épreuves et donc les différents facteurs (voir matrice triangulaire de corrélation en annexe). Tous les résultats sont significatifs à(p<.05 et p<.01 pour certains, voir annexe).

Pour évaluer le poids des différents facteurs sur la performance des sujets a été effectué une analyse de régression hiérarchique. Cette analyse ( en annexe) montre que la variable "rétention de la parole normale" et la variable "intelligibilité de la parole comprimée" permettent d'expliquer une part relativement élevée (25%) de la variance en ce qui concerne les résultats aux épreuves de lecture (test de l'alouette) et donc de prédire la réussite en lecture des élèves.

IV-DISCUSSION-CONCLUSION
A-Intelligibilité et compréhension

L'intelligibilité et la compréhension sont meilleures chez les élèves plus âgés (âge chronologique et âge lexical). Le traitement de l'information parlée fait appel aux connaissances lexicales du sujet et aux processus de la mémoire à court terme et ce d'autant plus que le langage parlée est formé d'une suite d'éléments sonores qui évoluent dans le temps. En effet, contrairement au langage écrit qui évolue dans une dimension spatiale et pour lequel le lecteur peut à tout instant vérifier les traces incertaines d'une mémoire défaillante, le langage parlée évolue dans une dimension temporelle et l'auditeur sait qu'une fois les paroles émises, il devra compter essentiellement sur ses capacités mnésiques pour conserver l'information. Dans cette expérience l'intelligibilité et la compréhension sont testées à court terme et sont directement associées à la capacité de la mémoire à court terme des élèves. Or, il existe un effet de l'âge sur l'empan mnésique (F=4.418 (3-76) p<.01) : plus les élèves sont âgés (chronologique) plus l'empan mnésique est élevé. L'augmentation de la capacité de la mémoire à court terme (nombre des éléments stockés) expliquerait en partie l'amélioration des performances aux tests d'intelligibilité et de compréhension en fonction de l'âge.

L'âge lexical des sujets calculé en fonction de la vitesse et de la qualité de la lecture, a également un effet significatif sur les variables dépendantes "intelligibilité" (F=5.50 (3-76) p<.01) et "compréhension" (F=4.77 (3-76) p<.01)dans les deux conditions de présentation.

La variable vitesse de lecture liée à l'âge lexical du sujet) a un effet significatif sur l'intelligibilité (F=4.683 (1-72 p<.05) et sur la compréhension (F=6.068 (1-72) p<.05).

En condition de paroles comprimées à 50%, de petits fragments de signal vocal de 20 millisecondes tous les 40 millisecondes sont éliminés de façon aléatoire par rapport à la distribution des phonèmes. Du fait du caractère aléatoire de l'élimination des portions sonores, il est assez peu probable qu'un silence par exemple, nécessaire à la reconnaissance d'une plosive soit éliminé en entier. Par ailleurs, l'élimination régulière d'une aussi petite portion de signal permet une bonne reconnaissance des voyelles, conserve la disposition des pauses, l'intonation, la prosodie et la fréquence fondamentale. Aussi, bien que l'intelligibilité soit plus faible en paroles comprimées qu'en paroles normales (F=135.98 (1-76) p<.01), elle reste supérieure à 94% pour la parole comprimée (>98% pour la parole normale). Mais les résultats les plus intéressants concernant cette expérience sont ceux relatifs aux effets d'interaction : de la variable "mode de présentation" avec les variables "âge" chronologique (F=4.581 (3-72) p<.01) d'une part et lexical (F=3.17 (3-76) p<.05) d'autre part. Les lecteurs rapides qui traitent mieux l'information visuelle que les lecteurs lents traiteraient également mieux l'information parlée comprimée (Pierce 1978, Johnson et al. 1963, Newman 1982, Leroy 1982, Goldstein 1940, Orr et al. 1965, Foulke 1969).

En raison du caractère séquentiel d'un message parlé, le traitement du signal fait appel à la mémoire à court terme et selon Baddeley (1986), la capacité de la mémoire à court terme ne dépend pas seulement du nombre des éléments qu'elle peut contenir, mais aussi du temps de stockage et si l'on combine ces deux paramètres du débit des paroles prononcées. Or la vitesse de lecture des sujets est liée à leur vitesse d'articulation : les lecteurs rapides ont une vitesse d'articulation plus élevée que les lecteurs lents (T=5.447 (1-79) p<.01). Tandis que les phrases sont prononcées, le lecteur rapide se répète les mots entendus plus vite que le lecteur lent Le lecteur rapide peut ainsi se répéter la phrase un plus grand nombre de fois avant de l'écrire Quand le lecteur rapide commence à noter la phrase entendue, le nombre de répétition des mots de la phrase a été plus élevé pour lui que pour le lecteur lent : ce qui expliquerait le meilleur résultat obtenu par les lecteurs rapides pour les performances au test d'intelligibilité. L'auto-répétition de maintenance permet un stockage à long terme de l'information : ce qui expliquerait les scores plus élevés des lecteurs rapides aux tests de compréhension (ils peuvent mieux interpréter) et de rétention.

Que l'on considère l'âge chronologique ou l'âge lexical, l'intelligibilité pour les paroles normales varie peu pour les différents groupes d'âge alors que l'intelligibilité pour les paroles comprimées augmente en fonction des âges chronologique et lexical. : plus les sujets lisent vite, mieux ils sont capables de percevoir la parole comprimée.

B-La rétention

Les sujets procèdent à une tâche de traitement de l'information pendant l'intervalle de rétention de l'empan mnésique (Klapp et al. 1983).

La rétention est meilleure pour les élèves dont la vitesse de lecture est plus élevée (F=11.345 (1-72) p<.01) et dont l'âge lexical est plus élevé (F=5.99 (3-76) p<.01).

Dans la mesure où les lecteurs rapides peuvent effectuer plus de répétition et procéder à un meilleur stockage de l'information à court terme, ce résultat semble tout à fait logique. En effet l'auto-répétition de maintenance permet un stockage de l'information à long terme (Baddeley 1986)et en conséquence le taux de répétition à long terme étant plus élevé chez le lecteur rapide que chez le lecteur lent, la rétention est meilleure. Le traitement du message parlé ayant été effectué de façon plus approfondie par les bons lecteurs, la trace mnésique a été renforcée. Il est à noter que la rétention a pu être favorisée pour tous les élèves par la nature des tests d'intelligibilité et de compréhension qui consistaient à écrire sur une feuille ce qui venait d'être entendu. Ainsi une perception visuelle des phrases écrites pouvait encore améliorer la trace mnésique.

Mais un autre résultat intéressant et peut-être plus inattendu concerne l'effet significatif du facteur "mode de présentation" sur la rétention : le nombre de "blancs" complétés par des mots exacts est plus élevé dans la condition de présentation en paroles comprimées que dans la condition de présentation en paroles normales (F=19.157 (1-72) p<.01). Ce résultat est d'autant plus surprenant que les scores d'intelligibilité et de compréhension en paroles comprimées sont moins élevés qu'en paroles normales. L'analyse qualitative des tests d'intelligibilité pour la parole comprimée a montré que les erreurs des collégiens concernent surtout des mots courts (articles, conjonction de coordination) et portent plus rarement sur le groupe nominal ou le groupe verbal. Si bien que ces erreurs n'empêchent pas le maintien de l'intelligibilité à un bon niveau (94%), de conserver une bonne compréhension globale et une rétention correcte des indices et éléments pertinents et essentiels pour pouvoir compléter le test. Par ailleurs, confrontés à un mode de présentation surprenant (la parole comprimée), les collégiens ont optimisé leurs capacités d'attention et d'éveil pour pouvoir détecter au mieux les paroles énoncées qu'ils devaient ensuite écrire. Cette optimisation de l'attention et de l'activation des capacités perceptives a contribué à améliorer l'encodage du message entendu et par là-même à parfaire sa rétention. Cela, d'autant plus que nous avons noté une grande curiosité et une très forte motivation chez tous les élèves. Quelques questions posées à chaque groupe de sujets après la passation ont confirmé cette observation. Or, la motivation peut avoir un effet bénéfique sur le traitement de la parole comprimée (Beatty et al. 1980, Harvey 1981, Gade et al. 1984).

Un dernier résultat est à considérer tout particulièrement : l'effet du facteur "essais". L'écoute des cinq premières phrases (non recopiées) avait pour objectif de familiariser les sujets avec le matériel de l'expérience. Puis les phrases écoutées (et recopiées) sont réparties en groupes de 5 pour tester un effet de pratique ou d'habituation éventuel. Toutefois les résultats mettent en évidence un effet significatif de la variable "essais" sur l'intelligibilité (F'=24,578 (3-192) p<.01), sur la compréhension (F'=21.01 (3-192) p<.01) et sur la rétention (F'=5.937 (3-193) p<.01). Ces résultats sont expliqués par l'effet significatif de l'interaction entre les facteurs "essais" et "mode de présentation" sur l'intelligibilité (F'=27.634 (3-192) p<.01), sur la compréhension (F'=10.233 (3-192) p<.01) et sur la rétention (F'=2.72 (3 192) p<.05). Les scores d'intelligibilité et de compréhension s'élèvent du premier au deuxième bloc d'essais et atteignent un niveau optimal. au troisième bloc pour la présentation en paroles comprimées, alors qu'ils fluctuent peu pour la présentations en paroles normales. Ce qui traduit un effet de pratique pour la parole comprimée. Plusieurs auteurs ont montré que l'intelligibilité et la compréhension de la parole comprimée s'améliorent avec l'apprentissage et l'entraînement (Leroy 1982, Lambert et al. 1980, Stitch 1970, Gade et al. 1984, ). En ce qui concerne les scores de rétention les résultats mettent en évidence un effet de primauté et de récence dans la condition de paroles normales et un effet de pratique dans la condition de paroles comprimées.

C-Conclusion

Chez des collégiens de 11 à 15 ans, l'intelligibilité, la compréhension et la rétention immédiate des paroles comprimées sont meilleures pour les lecteurs rapides que pour les lecteurs lents. Le matériel utilisé pour cette expérience est facile, Que deviendraient les scores avec un texte continu, abstrait et plus difficile ? Est-ce qu'une rétention à plus long terme (quelques heures à quelques jours) ne serait pas plus faible après écoute des paroles comprimées (King 1989) ? Il semblerait que l'écoute, tout comme la lecture fasse appel à un processus multi-dimensionel et que le traitement des informations écrites et parlées dépendent de facteurs inhérents aux sujets (entraînement, motivation, éveil, rapidité de discrimination et de perception...).

[Suite à la section III]


 


Au sommaire de la thèse

  1. Présentation de la thèse
  2. CHAPITRE 1 : LENTEUR DANS L'ACQUISITION DES CONNAISSANCES CHEZ L'AVEUGLE
  3. CHAPITRE 2 : L'ÉCOUTE ET LE TRAITEMENT DE L'INFORMATION PARLÉE
  4. CHAPITRE 3 : LA PRISE DE NOTES
  5. CHAPITRE 4 : LA PAROLE COMPRIMÉE ET L'ÉCOUTE RAPIDE
  6. CHAPITRE 4 : LA PAROLE COMPRIMÉE ET L'ÉCOUTE RAPIDE - Section II
  7. CHAPITRE 4 : LA PAROLE COMPRIMÉE ET L'ÉCOUTE RAPIDE - Section III
  8. CHAPITRE 5 : LA SYNTHÈSE VOCALE DANS LES NOUVELLES TECHNOLOGIES

Fac ut videam (Faites que je vois)
Le mot latin Fac écrit en braille. 
Le mot latin Ut écrit en braille. 
Le mot latin Videam écrit en braille.

Éphéméride du jour

Aucune éphéméride en déficience visuelle pour aujourd'hui.

Saviez-vous que :

Ted Henter, de nationalité américaine, l'inventeur de JAWS, le logiciel que plusieurs personnes aveugles utilisent pour accéder à l'environnement Windows, est aveugle? En effet JAWS signifie Job Acces With Speech; mais aussi 'machoires'. Le sigle de JAWS est aussi un clin d'œil au film Les Dents de la mer, car on y voit la dorsale d'un requin surgissant de l'eau. Le logiciel a aussi été commercialisé par Henter qui a fondé Henter-Joyce, le manufacturier de JAWS. Donc, Ted Henter est aussi donc un gestionaire d'entreprise.

JAWS le film, est un classique des films d'épouvante et raconte l'histoire d'un grand requin blanc qui terrorise les plages et bouffe les vacanciers!. Ce requin n'était pas un vrai requin dans le film, mais une merveille mécanique qui a valu à ce film certaines distinctions pour ses innovations techniques. Or, Ted Henter était aussi récemment un champion du ski nautique, sport qu'il pratique toujours encore. Les bruits de vagues lorsqu'on installe JAWS, vous vous rappelez? Le moindre qu'on puisse dire, c'est que Ted Henter est un aveugle qui n'a pas froid aux yeux et n'a pas craint de dominer la mer de mots imprimés dans laquelle nous vivons.

TyphloPensée

« Et me demande pas d'être aveugle quand je vois Personne ne peut rester sourd à des cris. »

Axelle Red - Paroles de la chanson J'ai jamais dit

Étymologie

Typhlophile tire sa racine de « typhlo » d'origine grecque et qui veut dire « cécité »; et « phile » veut dire ami, sympathisant, etc. Donc, Typhlophile veut dire l'ami des aveugles.

Un clin d'œil vers :

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DERNIÈRE MISE À JOUR DU SITE 20 janvier 2012
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