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L'accès à l'information parlée chez l'aveugle

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Le Typhlophile / L'accès à l'information parlée chez l'aveugle - CHAPITRE 3 : La PRISE DE NOTES

Présentation d'une Thèse de doctorat soutenue le 8 juin 1990

Auteure :

(Une reproduction autorisée par l'auteure. Un gros merci de nous en faire profiter.)


CHAPITRE 3 : La PRISE DE NOTES

SECTION 1 : ÉTUDE THÉORIQUE

I - LENTEUR DE L'ACQUISITION DE L'INFORMATION

Même si les étudiants aveugles ont pu acquérir une base de connaissances suffisamment solide et riche pour pouvoir prolonger leurs études, ils sont confrontés à un problème majeur qui est celui de l'accès à l'information. .

Cette lenteur dans l'acquisition des informations et donc des connaissances a été soulignée et expliquée à maintes reprises dans la première partie de notre travail.

Les différences dans l'efficacité et la rapidité de perception des deux fonctions visuelle, et tactile, expliquent les résultats des recherches sur la lecture des caractères brailles et des caractères imprimés.

En effet, pour un temps de lecture donné, un lecteur aveugle qui lit le braille, couvre trois fois moins de texte qu'un lecteur voyant qui lit des caractères imprimés (Myers 1978, Drueger 1982). Un lecteur expérimenté lit avec les yeux environ 300 mots par minute alors qu'un lecteur aveugle lit avec les doigts environ 100 mots par minute (Foulke et Stitch 1969, Foulke 1982). Les explications qui rendent compte de cette différence de rapidité reposent sur des différences de structures physiologiques :

  • - la lecture haptique (tactilo-kinesthésique) implique le mouvement des mains, tandis que la lecture visuelle implique le mouvement des yeux ;
  • - l'acuité tactile est plus faible que l'acuité visuelle (l'acuité est le pouvoir de discrimination entre deux points rapprochés) ;
  • - le champ perceptif tactile est plus petit que le champ perceptif visuel ;
  • - la lenteur de la lecture tactile est renforcée par son caractère essentiellement analytique qui dérive des caractéristiques de la perception haptique définie précédemment.

L'écriture braille avec poinçon présente également cette caractéristique de lenteur par rapport à l'écriture avec crayon. De plus, la tablette et le poinçon sont assez bruyants lorsqu'ils sont utilisés par plusieurs élèves dans une même salle de cours. En outre l'écriture braille permet plus difficilement la correction, la rectification, l'annulation ou l'adjonction d'une note dans le texte écrit (Postel 1972). Or la prise de notes est une phase importante voire primordiale dans l'acquisition des connaissances de l'élève, du lycéen et de l'étudiant.

II - La TECHNIQUE DE PRISE DE NOTE

Plus le niveau est élevé dans le cursus scolaire et universitaire, plus la quantité d'informations à acquérir s'accroît. Aussi au fur et à mesure de l'évolution des études, la technique de prise de notes occupe une place de plus en plus importante.

Dans les petites classes et suivant les établissements jusqu'à la troisième, c'est l'enseignant qui gère et organise cette activité de prise de notes. Peu à peu, le professeur est moins directif et les lycéens, puis les étudiants doivent accroître leur autonomie dans ce domaine (Ledru et Sizaire 1985). Ils devront sélectionner l'information et choisir dans le discours du professeur les éléments essentiels et pertinents qui se rapportent à un thème donné et qui leur seront utiles pour pouvoir apprendre et restituer cette information (Ledru, Sizaire 1984).

Les notes stockées par les élèves et les étudiants constituent une base de données importante sur laquelle peut s'effectuer le travail de révision en vue d'examens ultérieurs. De la quantité et surtout de la qualité des notes prises, dépendra la réussite aux examens.

Confrontés à un sujet inconnu ou peu familier, les étudiants utilisent une stratégie qui consiste à prendre un maximum de notes en vue de procéder à un tri ultérieur de l'information. C'est une technique classique durant les premières années d'étude à l'université.

Pour que l'élève ou l'étudiant aveugle, intégré dans une classe de voyants, puisse suivre le rythme imposé par le débit du cours, une solution avantageuse est l'utilisation d'un magnétophone.

III - La PRISE DE NOTE AIDÉE PAR L'ENREGISTREMENT

Nous avons enregistré tous les cours de psychologie suivis entre 1982 et 1987 à l'Université de Lille III.

Les premiers cours ont été enregistrés intégralement, soit par exemple 2 heures d'enregistrement pour 2 heures de cours. Puis les enregistrements étaient retranscrits à la machine à écrire, et enfin lus et ré-enregistrés au magnétophone. Ce travail de retranscription et de ré-enregistrement avait pour but principal de condenser toutes les informations, d'éliminer les bruits de fond et les informations inutiles ou redondantes.

Toutefois, un travail de synthèse n'était pas éffectué durant ces premières opérations : toutes les phrases apportant une idée nouvelle étaient retenues. Ces différentes manœuvres avaient pour seul objectif de réduire le temps d'écoute du cours au maximum en vue d'un apprentissage ou d'un travail de révision ultérieur.

Au cours des six premières semaines d'enregistrement, suivant la nature et la densité des cours, nous avons pu constater qu'un cours de 2 heures pouvait être réduit à 20 ou 40 minutes d'écoute en moyenne.

Cependant, le temps passé dans la retranscription des enregistrements était considérable. Par exemple, pour un cours de deux heures, il s'agissait d'additionner les deux heures d'écoute de l'enregistrement d'origine, puis le temps passé à la dactylographie de 5 à 10 pages (environ 3 heures) et enfin le temps de relecture, soit au total 6 à 8 heures de travail !...

Étant donné l'inexistence quasi-totale de cours polycopiés, de livres braille ou de cours enregistrés, l'étudiant aveugle est placé devant deux possibilités : prendre des notes plus ou moins complètes en braille ou enregistrer le cours et passer de longues heures de réécoute.

Le choix des solutions est encore plus réduit pour l'étudiant aveugle accidentel ou pour le mal voyant qui perd (peu à peu ou brusquement ) la vue et qui avait délaissé la tablette braille pour les gros caractères ! Ces cas sont relativement courants.

De multiples entrevues avec des élèves aveugles de naissance ou aveugles accidentels qui avaient une bonne pratique de la tablette braille ont mis l'accent sur les difficultés rencontrées lors de la prise de notes, surtout chez les élèves intégrés avec les voyants.

Après ces six semaines d'observation sur la prise de notes à l'aide du magnétophone, il semblait primordial de réduire :

  • - le temps d'enregistrement du cours ;
  • - le temps de la retranscription ;
  • - diminuer encore le temps d'écoute.

IV - RÉDUCTION DU TEMPS D'ENREGISTREMENT

La quantité et la qualité des notes prises par un élève ou un étudiant lors d'un cours dépendent de nombreux facteurs relatifs aux sujets :

  • - niveau scolaire et universitaire ;
  • - connaissances antérieures du sujet ;
  • - utilisation ou non utilisation ultérieure des notes ;
  • - intérêt et motivation du sujet ;
  • - attention et éveil du sujet ;
  • - stratégies utilisées par le sujet...
  • - capacité mnésique de l'auditeur,
  • - intégrité sensorielle et motrice du sujet...

La quantité et la qualité des notes prises peut dépendre aussi de facteurs relatifs à la nature du cours et relatifs au locuteur. En outre ces différents facteurs pourraient être interactifs.

Lorsque le thème d'un cours est peu familier ou très complexe, les élèves et les étudiants ont tendance à prendre le maximum de détails afin de pouvoir faire un tri ultérieur de l'information et éventuellement une synthèse et un résumé de ce qui a été compris.

Lorsque l'accès à d'autres informations complémentaires est difficile voire impossible, parce que le cours est très spécialisé, que les livres et publications sont inexistants (livres en braille pour les aveugles par exemple), l'étudiant doit se résoudre à cumuler un maximum de données lors du cours.

Nous nous sommes placés dans ces conditions (thème nouveau, accès aux informations complémentaires difficiles) durant "la prise de notes" de la majeure partie des cours suivis pendant les premières années (1982 à 1985) avec pour objectif essentiel : réduire la durée d'écoute et de retranscription du cours enregistré.

Pour réduire le temps d'enregistrement d'un cours, une première solution est d'éliminer tous les "temps sans information", c'est-à-dire de ne pas enregistrer chaque fois que le locuteur cesse de parler et de redémarrer l'enregistrement dès les premières paroles. Pour ce faire, il suffit de placer le magnétophone sur "enregistrement" et un seul appui sur la touche "pause" permet alors l'arrêt immédiat ou la mise en route de l'appareil. Deux stratégies sont alors possibles. La première consiste à appuyer le plus vite possible sur la touche marche-arrêt respectivement dès les premières et dernières paroles. Compte tenu du temps de réaction à un signal auditif (qui peut varier de 150 à 200 millisecondes), la perte de l'information peut être minimale (moins d'un mot) si le temps de réaction est très court et si le débit de la parole du locuteur n'est pas trop élevé.

Toutefois ce procédé présente quelques inconvénients. En effet, même après un certain temps de pratique et l'acquisition d'une grande dextérité, la perte du premier ou des deux premiers mots d'une phrase est parfois inévitable et peut, selon la valeur de ces mots, modifier le sens de la phrase ou rendre celle-ci incompréhensible. De plus, assez souvent, en situation de cours le professeur répète une phrase ou une portion de phrase, soit pour insister sur une idée émise, soit pour aider les élèves à suivre le rythme dans la prise de notes. Aussi, si l'enregistrement est déclenché dès la perception de la première parole émise, les phrases et les séquences répétées seront également enregistrées.

En conséquence, cette redondance allongera inutilement le temps d'écoute. Cette façon de procéder est donc très simple, l'appui automatique sur une touche au début et à la fin d'un signal s'acquiert rapidement. Cette pratique permet de réduire le temps d'écoute de 20 à 30 pour cent en moyenne (cours suivis en première année de psychologie). Toutefois le temps de retranscription sera encore long en raison de la redondance du discours et d'un temps d'enregistrement encore trop long.

Une seconde façon de procéder permet d'éviter ces désavantages. Il s'agit d'attendre 1 à 2 secondes soit l'émission de 2 à 5 mots avant de décider de déclencher ou non l'enregistrement. Ce laps de temps est suffisant pour apprécier si l'idée est à enregistrer ou si elle est une simple répétition d'une phrase ou d'un segment de phrase énoncé et enregistré antérieurement.

Dans le cas ou l'enregistrement est décidé, il est alors nécessaire de superposer à l'enregistrement en cours,les premiers mots de la phrase dont l'absence risquerait de rendre l'idée incompréhensible. Cette pratique a l'avantage de pouvoir éliminer les portions de discours inutiles ou redondantes. Ainsi l'enregistrement étant plus sélectif, la durée d'écoute en sera d'autant plus réduite. Dans ce cas, la durée d'enregistrement représente en moyenne 50 pour cent de la durée d'un cours. Ce pourcentage peut être variable en fonction de la nature du cours. Il peut encore être plus faible pour un cours d'informatique ou de mathématiques. Il peut être plus élevé si le cours est très dense (préparation à un concours).

V - REDUCTION DU TEMPS DE RETRANSCRIPTION

Pour de nombreuses raisons, dont certaines peuvent être déduites des remarques précédentes sur l'enregistrement, la retranscription d'un cours enregistré au magnétophone est pratiquement toujours une nécessité. En effet, la retranscription a pour but d'éliminer les bruits de fond, les portions de discours inutiles et d'augmenter le débit de l'énoncé. Ce qui a pour conséquence de rendre le discours plus clair et surtout considérablement moins long que le discours d'origine. Le temps d'écoute est en moyenne de 10 à 25 pour cent de la durée d'un cours.

La retranscription orale est plus rapide que la retranscription écrite et plus encore que la retranscription braille. Aussi, le mode oral a été choisi ici pour la transcription. Deux magnétophones sont nécessaires : l'un pour écouter l'enregistrement du cours l'autre pour enregistrer la version condensée de cet enregistrement (retranscription orale).

La retranscription consiste à écouter l'enregistrement et à répéter plus rapidement phrase par phrase dans un second magnétophone tout en éliminant éventuellement les segments inutiles. L'écoute d'une portion du discours, l'arrêt du premier magnétophone, l'enregistrement sur le second, puis l'arrêt du second pour revenir au premier, peut faire perdre beaucoup de temps dans les manipulations. Par exemple un cours de deux heures dont la durée d'enregistrement a pu être réduite à 50 pour 100 (voir précédemment) nécessitera une heure d'écoute à laquelle il faut ajouter le temps d'enregistrement de la retranscription (10 à 20 minutes) et la durée des manipulations.Ce qui conduit à un temps de retranscription variant de une heure et demie à deux heures et quart environ. Il convient donc de réduire au maximum la durée de la retranscription.

La durée minimale de la retranscription ne pourra pas être inférieure à la durée de l'enregistrement à moins d'écouter celui-ci à vitesse plus rapide. Il existe en effet des magnétophones qui permettent de faire varier la vitesse de déroulement de la bande magnétique et permettent ainsi de réduire de 20 à 30 pour cent la durée d'écoute. Toutefois les bruits de fond enregistrés en même temps que le cours, la superposition de la voix de l'élève et du professeur pour le début des phrases et la nécessité d'avoir une bonne intelligibilité de l'énoncé en vue d'une retranscription fidèle et claire,contraignent à une écoute de la bande enregistrée à vitesse normale.

Pour réduire la durée de la retranscription, la seule solution est de procéder à l'enregistrement de la version condensée et aux manipulations qu'elle nécessite pendant le temps d'écoute du cours enregistré. Avec un peu d'entraînement cela est tout à fait possible et a été effectué pour tous les cours enregistrés entre 1982 et 1987 (psychologie, mathématique, informatique, physiologie).

En effet pendant un cours le débit de la parole (même s'il varie beaucoup selon les locuteurs) est en général très lent. Il est donc possible de suivre le cours enregistré à l'aide d'un écouteur et dans le même temps, il est possible d'énoncer plus rapidement dans un second magnétophone les portions de discours qu'il est souhaitable de conserver. Un doigt posé sur la touche marche-arrêt de ce second magnétophone, permet de stopper l'enregistrement chaque fois qu'il est nécessaire d'attendre la phrase suivante.

En conséquence la durée de la retranscription sera réduite à la durée d'écoute du cours enregistré, réduit lui- même de 50 pour 100 et parfois plus par rapport à la durée du cours d'origine. Seuls, des retours en arrière, lors de l'écoute du cours enregistré par suite d'une mauvaise intelligibilité, pourraient allonger ce temps de retranscription.

Pour favoriser un bon enregistrement du cours et minimiser les bruits de fond, il convient de se placer le plus près possible du locuteur et de faire ainsi écran entre les "murmures des bavards" et le discours du professeur.

Dans certaines situations de cours, nous avons pu faire une retranscription orale immédiate pendant le cours et ainsi économiser de longues heures de retranscription. Les cours propices à une telle pratique se déroulent en général en amphithéâtre où la dictée orale, c'est-à-dire la répétition dans le microphone des portions de discours sélectionnés, ne peut gêner les autres auditeurs.Cette condition est en fait comparable à celle d'un journaliste en situation de transcription directe de ses commentaires dans son microphone.

Cette prise de note orale au magnétophone est très avantageuse quand elle est possible. Elle permet en effet :

  • - d'économiser le temps de la retranscription ;
  • - de procéder à l'analyse et à la synthèse immédiate de l'énoncé ;
  • - de sélectionner directement l'information et d'enregistrer immédiatement (pendant le déroulement du cours) l'information condensée ;
  • - d'ajouter à cette information des points de repères, des indices (des commentaires de graphes par exemple), l'épellation de mots complexes ou de noms propres etc...
  • - de mettre en valeur les points essentiels et le plan du cours.

Cette forme de retranscription orale directe en situation de cours est tout à fait comparable à la transcription écrite que pratique tout étudiant ou élève en situation de prise de notes. Toutefois, par rapport à la prise de notes (écrite) classique de l'élève, elle présente des avantages, mais aussi quelques inconvénients.

La transcription orale est plus rapide que la transcription écrite et permet donc de prendre des notes complètes et précises. Elle favorise aussi l'adjonction de quelques brefs commentaires personnels. Cependant elle implique une "lecture auditive" et un apprentissage auditif qui pourraient ne pas convenir à tous les étudiants. D'autre part, ce mode de prise de notes ne pourrait pas être utilisé par plusieurs étudiants dans une même salle de cours, à moins de posséder des cabines d'écoute individuelles.

VI - RÉDUCTION DU TEMPS D'ÉCOUTE

L'un des buts essentiels de la prise de notes est de rassembler un maximum d'informations dans un minimum de place, ou de temps selon le mode de transcription afin de réduire le temps de lecture et d'écoute et donc de rendre l'apprentis sage plus efficace.

La sélection et l'organisation des notes dépendent de nombreux facteurs liés au récepteur (l'élève), au locuteur (le professeur), à la nature du texte émis. Pour un thème peu familier ou inconnu de l'élève, la sélection et l'organisation des idées à retenir seront plus difficiles que pour un thème familier. Aussi la nécessité d'une retranscription et d'une réorganisation des notes prises s'impose-t-elle dans de telles conditions. Une relecture ou une réécoute d'un texte complexe en facilite grandement la synthèse. Un bon nombre d'étudiants en première année de psychologie réorganisent leurs notes dans le but de rendre le texte plus compréhensible, plus synthétique et donc d'un accès plus facile lors d'une utilisation ultérieure (Sizaire et Ledru 1985).

Pour l'étudiant voyant, le plan d'un cours et les idées principales sont mis en valeur par de nombreux artifices : soulignements, adjonction de couleurs, de symboles, utilisation de tableau, marge, tabulation ... Pour l'étudiant aveugle, l'écriture braille rend plus difficile le positionnement de ces indices, voire impossible lorsqu'une adjonction doit s'effectuer après coup. Il en est de même lors de l'écoute d'un cours enregistré.

Aussi, pour faciliter l'accès rapide à une vue d'ensemble d'un cours, il importe d'en énoncer d'abord le plan , puis de mettre en évidence ce plan par des indices sonores : élévation de l'intensité de la voix, modification du débit, pause, adjonction d'un bref commentaire ...

L'expérience nous a montré qu'une relecture visuelle et "auditive" d'un cours dont le plan est connu, peut être très rapide. Aussi lorsqu'une retranscription est bien organisée, elle peut être lue ou écoutée à vitesse rapide.

Au magnétophone, le temps d'écoute peut être réduit en augmentant le débit de la parole lors de l'enregistrement de la retranscription, mais aussi en accélérant la vitesse de défilement de la bande magnétique ou en utilisant une technique de compression de la parole. Ces méthodes et techniques seront brièvement expliquées à la fin de ce chapitre.

Il convient de remarquer que la lecture visuelle s'adresse à une organisation spatiale des éléments lus,alors que la lecture "tactile" et la lecture "auditive" font appel à une organisation temporelle de ces éléments. Ces deux derniers modes pourraient donc nécessiter un travail de mémorisation supplémentaire ou peut être une organisation mnésique différente.

VII - CARACTÉRISTIQUES DE La PRISE DE NOTES AU MAGNÉTOPHONE

Dans l'activité de prise de notes effectuée de façon manuelle (en noir ou en braille), l'élève ou l'étudiant procède à une transcription plus ou moins fidèle de ce qui est émis par le locuteur. Selon le débit du cours, les connaissances de l'élève, la vitesse de transcription et de nombreux autres facteurs, les notes ont un caractère plus ou moins analytique ou synthétique. Le caractère plus ou moins synthétique des notes qui provient d'un remaniement du discours original par transformation, adjonction, élimination de certains termes, ne peut être de même nature dans la prise de notes au magnétophone.

En effet, lors d'un enregistrement, qu'il soit plus ou moins sélectif, ne prenant pas en compte les phrases superflues, incomplètes ou redondantes, les bruits, les pauses, les séquences enregistrées sont des copies fidèles des séquences émises. C'est seulement au moment de la retranscription des notes enregistrées (retranscription écrite ou orale à l'aide d'un second magnétophone), que le processus de remaniement aura lieu.

D'autre part, les notes écrites ont essentiellement un caractère spatial et visuel. L'indexation des paragraphes, sous-paragraphes, points importants s'effectue à l'aide d'une lettre majuscule ou minuscule, d'un chiffre ou de tout autre symbole sélectionné à cet effet. Le plan peut également être mis en valeur par l'utilisation de marges, de soulignements, d'encadrements, de couleurs. L'accentuation des mots ou des idées importantes utilise des procédés analogues.

Les notes enregistrées ont un caractère temporel et séquentiel. Aussi,la mise en valeur du plan,des mots et des idées importantes, ne peut faire appel aux mêmes processus que les notes écrites.

Toutefois par analogie, il est possible de souligner le plan et les différents paragraphes par un commentaire oral : "premièrement", "deuxièmement"...ou "grand A", "grand B" ou par un silence de une à deux secondes entre les paragraphes.

Les changements de rythme, de ton ou d'intensité peuvent également être des artifices de mise en valeur d'un enregistrement. Des étudiants aveugles adeptes de la "lecture auditive" superposent des petits sons aigus ou des bruits divers pour "souligner" un mot ou groupe de mots dans un enregistrement.

Dans la prise de notes à l'aide d'un magnétophone, il importe de ne pas négliger l'orthographe et de ne pas omettre d'enregistrer l'épellation des mots inconnus ou non familiers, des noms propres, des mots complexes afin de pouvoir procéder à leur utilisation ultérieure de façon correcte.

Dans la mesure où le langage se développe dans le temps et implique deux données essentielles : la durée et la succession (Postel et al. 1972), la prise de notes au magnétophone (et écrite) nécessite une perception correcte d'une succession dans le temps.

SECTION 2 : ÉTUDE EXPÉRIMENTALE

Pour que l'élève ou l'étudiant aveugle, intégré dans une classe de voyants, puisse suivre le rythme imposé par le débit du cours, une solution avantageuse pourrait être l'utilisation d'une technique d'enregistrement.

Toutefois, le magnétophone classique entraîne quelques inconvénients, en particulier la perte des premiers mots du discours enregistré. Nous avons testé un prototype, le magnétophone à enregistrement différé qui ne présente pas ce désavantage.

Les différentes expériences ont été réalisées avec l'aide du Centre de Technologie Biomédicale de l'Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale de Lille : (C T B I N S E R M), dirigé par Y. Moschetto.

I - UNE TECHNIQUE D'AIDE À La PRISE DE NOTES : LE MAGNÉTOPHONE

a - ENREGISTREMENT DIFFÉRÉ

Le magnétophone à enregistrement différé a été conçu par F. Steenkeste et D.D. N'Guyen, respectivement ingénieur C N a M et chargé de recherche à l'INSERM de Lille.

Ce système d'enregistrement permet de sélectionner des fragments de discours, sans perdre le début de la séquence estimée intéressante.

Le principe du magnétophone à enregistrement différé repose sur l'insertion d'un codeur, d'une mémoire digitale et d'un décodeur à modulation delta dans la chaîne d'enregistre ment, c'est-à-dire entre le microphone et la tête enregis treuse, (voir la vue synoptique, fig. 1).

Suivant le principe de ce matériel, avant d'être stockée sur la bande magnétique, l'information émise par le locuteur transite dans une mémoire dynamique, dont la capacité, réglable, peut varier de 2 à 20 secondes.

Quand l'utilisateur déclenche l'enregistrement par un simple appui sur la touche marche-arrêt, il envoie sur la bande magnétique l'information contenue dans la mémoire- tampon. Ainsi, selon le réglage de la capacité de la mémoire- tampon, les quelques mots ou les quelques phrases émis avant l'appui sur le bouton "marche" sont enregistrés. L'utilisateur a, suivant le réglage, de 2 à 20 secondes, pour décider s'il enregistre ou non, l'information émise pendant ce laps de temps.

Cette technique permet de procéder directement à une sélection rapide de l'information en situation de cours ou dans d'autres conditions de prise de notes : conférence, travail de secrétariat ...

II - ÉVALUATION DU MAGNÉTOPHONE À ENREGISTREMENT DIFFÉRÉ

1 - Les expériences antérieures :

Les premières expériences furent effectuées avec des élèves de troisième, handicapés physiques, atteints d'infirmité motrice cérébrale (I M C) qui présentaient quelques difficultés à prendre des notes écrites (Ledru et Sizaire 1985).

À ce niveau scolaire, le professeur organisait l'activité de prise de notes des élèves et indiquait les éléments importants à noter. La capacité de la mémoire-tampon était réglée à 5 secondes, ne pouvant varier à cette époque qu'entre 5 et 30 secondes.

Selon les auteurs, les élèves étaient assez capables de faire une sélection de l'information, mais présentaient avant tout des difficultés à évaluer ce qui pouvait être énoncé en 5 secondes.

Après apprentissage de la technique et expérimentation en situation de cours, les auteurs avaient conclu que le magnétophone à enregistrement différé pouvait permettre une sélection et un stockage de l'information essentielle satisfaisants ; mais les élèves devaient procéder à une retranscription du cours pour éliminer les informations superflues et les phrases incomplètes.

2 - Évaluation du matériel à l'Université

Pendant l'année universitaire 1986-1987, nous avons expérimenté le magnétophone à enregistrement différé en situation de cours, dans différentes disciplines (informatique, psychologie, physiologie), afin de pouvoir tester le matériel avec une grande variété d'énoncés.

La technique de prise de notes utilisée est celle précédemment décrite et consiste à déclencher l'enregistre ment de façon sélective. Avec un magnétophone classique, cette sélectivité repose sur une prédiction plus ou moins probable, de la phrase suivante, compte tenu du contexte et de la familiarité avec le thème et le locuteur. Avec le magnétophone à enregistrement différé, cette sélectivité est plus objective : elle repose sur une prise de décision à partir de ce qui a réellement été entendu entre 5 et 30 secondes, puisque l'élève ou l'étudiant possède entre 5 et 30 secondes (selon le réglage de la mémoire tampon) pour décider s'il enregistre ou non les paroles émises pendant ce laps de temps.

Le débit des paroles émises lors d'un cours est souvent proche du débit des paroles conversationnelles, qui est de l'ordre de 120 mots par minutes (Foulke 1969). Durant nos propres investigations, nous avons constaté que le débit de la parole varie entre 100 et 180 mots par minutes selon les locuteurs et la nature du cours. En outre, pour une même personne ce débit fluctue très sensiblement d'un moment à l'autre de l'émission. Ainsi, rapide en début de phrase, le professeur peut ralentir son énoncé pour suivre le rythme des étudiants.

Selon le taux de mots émis, une phrase de 10 à 15 mots peut être énoncée en 5 secondes et 4 à 6 mots peuvent être émis en deux secondes.

Lors de nos investigations, nous avons constaté combien il est difficile d'évaluer ce qui a été "dit" en 5 secondes. Ainsi avec un réglage de la mémoire-tampon à 5 secondes, quand l'étudiant décide d'enregistrer une phrase en cours d'émission ou en fin d'émission, les derniers mots de la phrase précédente sont également enregistrés. Des portions de phrases sans signification ou des silences inutiles surchargent l'enregistrement. Elles allongent le temps d'écoute, rendent la compréhension plus difficile et nécessitent une retranscription du cours. Cette difficulté avait déjà été signalée dans les études précédentes (Ledru et Sizaire 1985).

Toutefois, quand le débit du locuteur est régulier l'étudiant bien entraîné est plus sélectif et peut tirer profit d'un temps de réflexion de 5 secondes. Il faut cependant noter que le débit de la parole du professeur fluctue très largement pendant le déroulement d'un cours.

En conséquence, l'utilisation de la mémoire-tampon de 5 secondes nécessite un entraînement long et une bonne adapta tion aux fluctuations du débit du locuteur.

3 - Hypothèse théorique

Dans l'activité de prise de notes, le traitement des paroles émises par le locuteur (le professeur) doit s'accomplir le mieux possible, il doit être précis et rigoureux à toutes les "étapes" pour aboutir à une bonne sélection des fragments d'énoncé à conserver ou construire rapidement une phrase synthétique intégrant plusieurs idées informatives. Cette activité sollicite donc au maximum la mémoire de travail.

La mémoire de travail "maintient en disponibilité immédiate les informations reçues de la mémoire à court terme ou retrouvées de la mémoire à long terme". Le nombre des éléments stockés en mémoire à court terme est limité. Il est classique de citer Miller (1956) qui évalue la capacité de la mémoire à court terme à 7 plus ou moins 2 éléments. Par ailleurs, il semblerait que sa limitation temporelle soit environ 2 secondes (Reuchlin 1981).

Dans le traitement de l'information écrite et parlée, outre l'approche ascendante (traitement dirigé par données) et descendante (traitement dirigé par concepts), exposée au chapitre précédent, "l'exécutif central" serait alimenté par deux "systèmes esclaves" : l'agenda visuo-spatial (système de stockage d'informations de type visuo-spatial) et la boucle articulatoire (Baddeley 1986). Le traitement d'un message parlé, séquentiel, code et envoie l'information auditive dans le stock phonologique et fait appel essentiellement à la mémoire à court terme. Pour mémoriser cette information séquentielle, après le décodage phonétique, , tandis qu'il procède au traitement syntaxique et sémantique, le sujet effectue "une verbalisation" de l'information reçue. L'auditeur se répète mentalement ce qu'il entend. Ainsi pour Baddeley, ce dispositif de boucle articulatoire entretiendrait la trace phonologique et pour que celle-ci ne s'estompe pas une révision du matériel (répétition mentale) s'impose. Ce codage est central et ne dépend pas obligatoirement des mécanismes moteurs du système phonatoire.

Plusieurs auteurs ont situé la capacité temporelle de la mémoire à court terme entre 1,5 et 2 secondes (Baddeley 1986, Hulme et al. 1984, Schweickert et Boruff 1986 )

Dans la prise de notes, lorsqu'un auditeur écoute un locuteur, il perçoit et décode les derniers éléments d'une phrase alors qu'il a déjà intégré en mémoire et compris les premiers éléments. Si la capacité temporelle de la mémoire à court terme est limitée à environ 2 secondes, et si, par conséquent, l'auditeur est capable de gérer et mémoriser correctement environ 2 secondes d'information parlée, nous posons l'hypothèse qu'un auditeur utiliserait avec plus de facilité le magnétophone à enregistrement différé si la capacité de la mémoire-tampon était réglée à 2 secondes.

À la suite de ces observations, une modification du prototype fut envisagée. Nous avons proposé de déplacer la limite de la capacité de la mémoire-tampon vers des valeurs plus petites (2 secondes) et d'éliminer les valeurs les plus élevées (20 et 30 secondes).

Avec la collaboration de l'I N S E R M, les modifications du prototype permettaient désormais de régler sélectivement la capacité de la mémoire-tampon selon quatre degrés de variation : 2, 5, 10 ou 15 secondes.

Dès lors, nous avons sélectionné alternativement un réglage de 2 ou de 5 secondes pour la suite de notre étude expérimentale.

4 - Résultats expérimentaux en situation de cours

Nous avons procédé à une prise de notes en situation de cours dans trois disciplines différentes : informatique, physiologie, psychologie. Nous avons utilisé un magnétophone classique (Sony, type TCM-6DX) et le magnétophone à enregistrement différé (prototype) avec une capacité de la mémoire-tampon réglée à 2 secondes.

Dans notre étude à visée essentiellement exploratoire, la prise de notes aidée par l'enregistrement classique ou différé, a pour objectif principal la sélection de toutes les phrases susceptibles de contenir un élément descriptif ou explicatif nouveau, associé au thème du cours. La prise de notes aidée par l'enregistrement étant de nature séquentielle, analytique, l'unité d'enregistrement considérée est la phrase : l'appareil démarre dès le début d'une phrase, pour le magnétophone classique, après 2 secondes d'écoute et de réflexion pour le magnétophone à enregistrement différé. La fin de la phrase coïncide avec l'arrêt des appareils.

La durée de l'enregistrement de chaque cours, le temps passé à sa retranscription et le temps d'écoute du ré-enregistrement sont chronométrés en minutes (voir tableaux 1, 2 et 3).

L'économie (E) moyenne de la durée d'écoute, après enre gistrement sélectif et "retranscription" enregistrée a été calculée pour chaque discipline : E=((T-t):T)*100 T représente la durée totale du cours et t, la durée totale de la retranscription enregistrée.

La durée d'écoute de la retranscription enregistrée est calculée également en pourcentage par rapport à la durée totale du cours pour chaque discipline : d =100-E

Dans les tableaux 1, 2, 3, les * signalent que ces cours ont été enregistrés avec le magnétophone à enregistrement différé.

Note des tableaux :

(1) : durée de l'enregistrement du cours en minutes

(2) : durée de la prise de note enregistrée en minutes

(3) : durée de la retranscription du cours en minutes

(4) : durée de la retranscription enregistrée en minutes

TABLEAU 1 : cours d'informatique
	       -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- --
	       I           I (1) I (2) I (3)  I (4) I
	       I           I     I     I      I     I
	       I cours 1   I 180 I 78  I 110  I  17 I
	       I           I     I     I      I     I
	       I *cours 2  I 180 I 75  I 100  I  15 I
	       I           I     I     I      I     I
	       I cours 3   I 180 I     I      I  14 I
	       I           I     I     I      I     I
	       I *cours 4  I 240 I 90  I 125  I  27 I
	       I           I     I     I      I     I
	       I Total     I 780 I     I      I  73 I
	       -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- --
	

* Réduction du temps d'écoute (E) = 90,64 % ; (d) =9,26 %.

TABLEAU 2 : cours de physiologie
	      -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- --
	       I           I (1) I (2) I (3)  I (4) I
	       I           I     I     I      I     I
	       I cours 1   I 130 I  74 I 115  I  28 I
	       I           I     I     I      I     I
	       I *cours 2  I 180 I 105 I 120  I  45 I
	       I           I     I     I      I     I
	       I cours 3   I 180 I  90 I 135  I  34 I
	       I           I     I     I      I     I
	       I *cours 4  I 180 I 115 I 120  I  52 I
	       I           I     I     I      I     I
	       I Total mn  I 670 I 384 I 490  I 159 I
	       -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- --
	

* Réduction du temps d'écoute (E) = 76,27 % ; (d) = 23,73 %.

TABLEAU 3 : cours de psychologie expérimentale
	       -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- --
	       I           I (1) I (2) I (3)  I (4) I
	       I           I     I     I      I     I
	       I cours 1   I 120 I  72 I 115  I  22 I
	       I           I     I     I      I     I
	       I *cours 2  I 120 I  82 I  85  I  28 I
	       I           I     I     I      I     I
	       I *cours 3  I 120 I  62 I  65  I  19 I
	       I           I     I     I      I     I
	       I cours 4   I 120 I  50 I  60  I  15 I
	       I           I     I     I      I     I
	       I Total     I 480 I 266 I 325  I  84 I
	       -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- --
	

* Réduction du temps d'écoute (E) 82,5 % ; (d) = 17,5 %.

Les résultats sont distingués en trois catégories :

  • - les résultats relatifs à la réduction du temps d'écoute de la retranscription enregistrée (E et d) ;
  • - ceux relatifs à la charge de travail supplémentaire occasionnée par la retranscription ;
  • - ceux relatifs à la comparaison des enregistrements avec les deux magnétophones (classique et prototype).

Les deux premières catégories de résultats sont princi palement de nature quantitative et s'expriment en unité de temps (minutes pour T, t ) et en pourcentage (E, d).

La troisième est à la fois de nature quantitative et qualitative.

a - PREMIÈRE CATÉGORIE DE RÉSULTATS : voir tableau 4
TABLEAU 4

(Récapitulation des tableaux 1,2 et 3)

	    -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- --
	    I Discipline     I   T   I   t   I   E   I   d   I
	    I                I       I       I       I       I
	    I Informatique   I  780  I   73  I 90,64 I  9,26 I
	    I                I       I       I       I       I
	    I Physiologie    I  660  I   159 I 76,27 I 23,73 I
	    I                I       I       I       I       I
	    I Psychologie    I  480  I   84  I 82,50 I 17,50 I
	    -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- --
	

Ces résultats montrent que le temps d'écoute de la retranscription enregistrée représente 10 à 25 pour cent de la durée totale du cours. Cette réduction du temps d'écoute de la retranscription peut dépendre de plusieurs facteurs :

  • - la nature du cours ; certaines matières nécessitent plus de démonstrations et de graphiques, de tableaux que d'autres et dans ce cas le temps de paroles est réduit ;
  • - la méthode du professeur ; si le professeur écrit un maximum de données au tableau, le temps de paroles est plus faible ;
  • - la densité du cours ;
  • - la vitesse d'élocution du professeur ;
  • - la sélectivité de l'étudiant...
b - DEUXIÈME CATÉGORIE DE RÉSULTATS : voir tableau 5
TABLEAU 5

(durée du travail de retranscription)

	 -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- --
	 I Disciplines  I T (mn)  I 1 (mn) I 2 (mn) I 3 (%) I 4 (%) I
	 I              I         I        I        I       I       I
	 I Informatique I   600   I   243  I   335  I 40,50 I 55,83 I
	 I              I         I        I        I       I       I
	 I Physiologie  I   670   I   384  I   490  I 57,31 I 73,13 I
	 I              I         I        I        I       I       I
	 I Psychologie  I   480   I   266  I   325  I 55,41 I 67,70 I
	 -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- --
	

Dans le tableau 5, les colonnes T, 1 et 2 exprimées en minutes représentent le total des colonnes 1, 2 et 3 des tableaux 1, 2 et 3, respectivement pour chaque discipline.

Les colonnes 3 et 4 exprimées en pourcentage, représentent les pourcentages des colonnes 1 et 2 par rapport à la durée totale T des différents cours.

Ces résultats montrent que la durée d'écoute de l'enregistrement sélectif d'un cours représente en moyenne 50 pour 100 de la durée totale du cours (colonne 3). En conséquence, la durée de la retranscription (temps d'écoute de l'enregistrement auquel s'ajoute la durée des manipulations de ré-enregistrement) représente en moyenne 65 pour 100 de la durée totale d'un cours.

c - TROISIÈME CATÉGORIE DE RÉSULTATS : voir tableau 6
TABLEAU 6
	 -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -
	 I              I   M. Classique     I     Prototype      I
	 -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -
	 I Disciplines  I (1)  I (2)  I (3)  I (1)  I (2)  I (3)  I
	 I              I      I      I      I      I      I      I
	 I Informatique I 43,3 I 61,1 I  8,6 I 39,3 I 53,6 I 10,0 I
	 I              I      I      I      I      I      I      I
	 I Physiologie  I 52,9 I 80,6 I 20,0 I 61,1 I 66,7 I 26,9 I
	 I              I      I      I      I      I      I      I
	 I Psychologie  I 50,8 I 72,9 I 15,4 I 60,0 I 62,5 I 19,6 I
	 -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -
	

Le tableau 6 rassemble les résultats des tableaux 1, 2 et 3 calculés en pourcentage par rapport à la durée totale des différents cours, en séparant les résultats obtenus avec le magnétophone classique et le magnétophone à enregistrement différé.

Les colonnes 1 du tableau 6 indiquent la durée moyenne de l'enregistrement (en pourcentage) par rapport à la durée du cours pour chaque discipline. La durée de l'enregistrement est en général plus longue avec le prototype qu'avec le magnétophone classique. Après analyse du contenu des enregistrements, cette différence correspond au fait que les phrases sont entières avec le prototype, tandis qu'elles sont incomplètes avec le magnétophone classique.

Les colonnes 2 indiquent le temps nécessaire pour effectuer le ré-enregistrement du cours en pourcentage par rapport à la durée totale du cours pour chaque discipline. Le temps mis pour le travail de ré-enregistrement est inférieur avec le prototype qu'avec le magnétophone classique.En effet, les phrases complètes, sans superposition de données, enregistrées avec le prototype, ne nécessitent pas des retours en arrière et des réécoutes répétées comme l'exige l'enregistrement avec le magnétophone classique.

Les colonnes 3 indiquent la durée d'écoute des ré-enregistrements (en pourcentage par rapport à la durée totale du cours) obtenus à partir des enregistrements avec le magnétophone classique ou le prototype. Ces durées sont en général légèrement supérieures pour les retranscriptions effectuées avec les enregistrements du prototype.

Une analyse qualitative des enregistrements a été effectuée afin de préciser les avantages ou inconvénients des deux types de matériel (voir discussion).

Considérant la phrase comme unité de base, cette analyse qualitative évalue l'intégrité des phrases enregistrées, la cohérence et la coordination des idées successives et enfin relève les segments de phrases ou de mots inutiles susceptibles de gêner la cohérence ou la compréhension de l'enregistrement.

4 - Discussion et caractéristiques de la prise de notes avec le magnétophone à enregistrement différé :

Les résultats quantitatifs de cette première étude exploratoire ont souligné quelques différences entre les deux techniques de prise de notes utilisant le magnétophone classique et le magnétophone à enregistrement différé. Une analyse qualitative des enregistrements a permis d'expliquer et de compléter ces résultats.

Avec le magnétophone à enregistrement différé, dont la mémoire-tampon est réglée à 2 secondes, trois avantages notables ont été remarqués :

  • - la possibilité de sélectionner des phrases complètes dans un discours ;
  • - la possibilité de "recopier" plus rapidement (tableau 5 et 6) un enregistrement plus "propre", sans sur-ajout de données complémentaires ;
  • - la possibilité d'obtenir un enregistrement et un ré-enregistrement condensé légèrement plus long (tableau 4 et 6) mais plus complet qu'avec le magnétophone classique.

En outre, nous avons constaté que 2 secondes de délai (réglage de la mémoire-tampon) permettent de s'adapter plus facilement à la fluctuation du débit du locuteur qu'un délai de 5 secondes.

C'est probablement parce que ce délai de 2 secondes est mieux adapté à la capacité de la mémoire de travail de l'utilisateur (environ 2 secondes) que son emploi est plus aisé (voir les expériences suivantes).

Des entrevues avec des étudiants voyants ont permis de souligner qu'un décalage de 2 secondes environ par rapport à l'émission du professeur leur permet de s'adapter avec souplesse au rythme du discours. Si le délai entre ce qui est entendu et ce qui est écrit dépasse 2 secondes l'étudiant prend le risque d'oublier et d'omettre des informations. Si le délai est trop court, l'étudiant prend le risque de noter une information redondante ou inutile.

Pour prolonger l'analogie entre la prise de notes écrites et enregistrées, quelques remarques supplémentaires s'imposent .

En situation de prise de notes écrites ou enregistrées, les étudiants sont confrontés à deux tâches majeures qui font appel à la fois à l'attention, la perception et la mémoire. L'attention est indispensable à une bonne perception et une rétention efficace des informations à noter ou à enregistrer. La décision de noter ou de ne pas noter doit être prise le plus rapidement possible, sous peine de ne pouvoir conserver en mémoire à court terme, les éléments que l'étudiant souhaite écrire ou enregistrer(au moment où il déclenche l'enregistrement).

Cette phase est occupée par une répétition immédiate écrite ou verbale impliquant l'intelligibilité des mots. Cette première tâche, avant tout motrice et automatique, demande une certaine attention, mais ne nécessite pas de gros efforts de réflexion.

La seconde tâche accompagne la première : elle implique les mécanismes de l'attention, de la mémoire à court terme et à long terme et des processus cognitifs. Il importe en effet de comprendre le discours et d'effectuer un travail de réflexion afin d'évaluer la portée des idées énoncées pour les intégrer aux connaissances antérieures.

"Il y a conflit entre les efforts à faire pour se souvenir des informations arrivées il y a quelques instants et les processus impliqués dans la compréhension des données sensorielles qui nous parviennent à l'instant même...Dans un cours magistral, le fait de réfléchir à ce qui vient tout juste d'être dit, empêche d'être entièrement attentif à ce qui se dit au moment même. Ce conflit est attribuable aux limites de de la capacité humaine pour le traitement de l'information." (Lindsay et Norman 1980)

Dans la prise de notes aidée par l'enregistrement, une partie de l'attention peut être libérée au profit d'un effort accru dans la compréhension de l'énoncé à condition de maintenir une écoute active.

III - ÉTUDE EXPÉRIMENTALE AVEC DES ÉLÈVES DE QUATRIÈME

1 - Objectif et problématique :

Pendant le dernier trimestre de l'année scolaire 1986-1987, une étude exploratoire fut entreprise avec des élèves de quatrième de l'Ecole pour la Réadaptation des Déficients Visuels (E R D V ) de Loos.

L'objectif, essentiellement exploratoire de cette expérience, est d'évaluer la capacité des collégiens aveugles ou amblyopes, à utiliser le magnétophone à enregistrement différé pour la prise de notes en situation de cours.

Dans cette perspective, et compte tenu des études antérieures effectuées dans ce domaine (Ledru et Sizaire, 1985), trois questions principales sont à considérer :

  • - les collégiens et les lycéens aveugles et amblyopes sont-ils capables d'effectuer une sélection de l'information avec ce système de prise de notes ?
  • - quelle sera la qualité des notes enregistrées avec ce matériel ? L'enregistrement ne comportera-t-il pas trop de fragments de phrases qui pourraient nuire à la cohérence du discours et empêcher une bonne compréhension des notes enregistrées ?
  • - le temps d'écoute de l'enregistrement sera-t-il suffisamment réduit pour permettre une économie de temps appréciable aux réécoutes ultérieures ?

Si les réponses à ces trois interrogations sont affirmatives, est-il alors possible, pour les élèves déficients visuels, d'utiliser directement, sans retranscription les notes enregistrées pour un apprentissage ou des révisions ultérieures ?

Dans les classes de quatrième, en général, c'est le professeur qui gère l'activité de prise de notes. L'enseignant donne le plan à suivre ; il signale les idées importantes à noter et les détails superflus à ne pas noter. Des observations dans des Collèges d'Enseignement Général ont montré que la quantité minimale d'information que le professeur souhaite voir dans les notes des élèves, à la fin d'une heure de cours, peut être consignée sur 4 à 6 minutes d'enregistrement (Ledru et Sizaire, 1985).

Ainsi, quand les élèves sont suffisamment sélectifs, il est possible de réduire de façon considérable le temps d'écoute de l'enregistrement des informations essentielles du cours.

Pour une capacité de la mémoire-tampon de 2 secondes, les élèves de quatrième aveugles et amblyopes seront-ils capables de sélectionner et d'enregistrer les phrases principales d'un cours ? Ces phrases seront-elles complètes et intégrées dans l'enregistrement d'un discours global cohérent ?

2 - Entrevues avec les élèves et le professeur principal:

Deux entrevues (d'une durée de trois heures au total), avec 6 élèves de quatrième aveugles et amblyopes et leur professeur principal, ont permis de souligner les difficultés auxquelles les enfants déficients visuels doivent faire face dans l'activité de prises de notes.

Selon les professeurs, tous les élèves déficients visuels sont confrontés de façon plus ou moins cruciale, à des problèmes pendant cette activité.

Le plan, les idées essentielles et le résumé sont dictés par le professeur. Les amblyopes, capables de se relire utilisent un crayon ; les autres et les non voyants utilisent la tablette et le poinçon. Le professeur attend les élèves les plus lents : en général ceux qui ne sont pas encore bien familiarisés avec le braille abrégé. En effet l'écriture braille intégrale nécessite plus de temps que l'écriture avec le stylo. L'enseignant souligne aussi la difficulté pour corriger ou ajouter un mot en braille et la lenteur pour retrouver un mot dans une page écrite.Il note également le problème pour représenter des détails dans un schéma en relief.

Cette lenteur dans l'activité de prise de notes est d'autant plus gênante que la matière étudiée nécessite la notation d'un plus grand nombre d'informations : français, sciences humaines, sciences naturelles par exemple.

Les 6 collégiens sont volontaires pour participer à l'expérience.

Les trois prototypes sont mis à la disposition de trois collégiens ; le quatrième reçoit un magnétophone classique et effectue en tant que sujet contrôle les mêmes séances d'entraînement que les sujets expérimentaux. Les deux autres élèves,l'une amblyope, écrivant en noir, l'autre aveugle très habile en écriture braille assistent en spectateurs à la première séance d'apprentissage de leurs camarades.

La moyenne d'âge des quatre élèves : 3 sujets expérimentaux (2 filles, l'une aveugle, l'autre amblyope et 1 garçon aveugle), 1 sujet contrôle (fille), est de 14 ans 6 mois, avec une variation s'échelonnant entre 12 ans 9 mois et 15 ans 9 mois.

L'histoire de la déficience visuelle varie beaucoup d'un sujet à l'autre. Les résultats scolaires de ces élèves sont très différents et selon l'appréciation des professeurs cet ensemble comprend à peu prés tous les niveaux de réussite : bon, assez bon, moyen et faible.

3 - Les deux séances d'apprentissage :

Deux séances d'apprentissages et d'entraînement sont organisées dans le but de faire comprendre le principe du matériel d'une part, et la manière d'utiliser l'enregistrement différé en situation de prise de notes, d'autre part.

Chaque séance, d'une durée d'une heure comporte plusieurs séries d'exercices destinés à apprendre à segmenter le discours en séquences pré-déterminées et à sélectionner les segments à enregistrer.

Quelques exemples d'exercices :

  • - dans une suite de chiffres de 1 à 50, enregistrer les chiffres entre 20 et 30 et la portion entre 35 et 45.
  • - dans la suite de chiffres et de lettres suivante : a B C D E 1 2 3 4 5 F G H I J 6 7 8 9 10 K L M N O 11 12 13 14 15 P Q R S T 16 17 18 19 20 U V W X Y 21 22 23 24 25, enregistrer uniquement les chiffres.
  • - dans la suite précédemment décrite, enregistrer
  • uniquement les lettres.
  • - dans la suite de chiffres et de lettres suivantes : 1 2 3 a B C D E F G 4 5 6 H I J 7 8 9 K L M N 10 11 12 13 O P Q 14 15 16 17 R S T U V 18 19 20 W X Y Z, enregistrer toutes les lettres, puis tous les chiffres.
  • - dans une comptine dans laquelle un vers est répété plusieurs fois, enregistrer uniquement ce vers : dans notre exemple, "La biche brame au clair de lune".

Ces exercices sont distribués dans un ordre de difficulté croissante. Dans la première séance, la capacité de la mémoire-tampon est réglée sur 2 secondes. Dans la deuxième séance, cette capacité est réglée sur 5 secondes.

Les observations effectuées durant ces deux séances d'entraînement, ont permis de déterminer les conditions de l'expérimentation en situation de cours.

En effet, l'apprentissage est nettement plus facile lorsque la mémoire-tampon est réglée à 2 secondes que lorsqu'elle est réglée à 5 secondes. a 2 secondes, les trois sujets expérimentaux réussissent dés les premiers essais, à enregistrer les séquences sélectionnées, avec parfois un mot superflu ; mais très rapidement, et souvent dés le deuxième ou troisième essai, l'enregistrement demandé est parfait.

En ce qui concerne le sujet-contrôle, les résultats sont éloquents. Sauf pour les séquences pour lesquelles l'élève peut s'attendre à ce qui suit (suite croissante de chiffres, séquences alternées et régulières de chiffres et de lettres), pour lesquelles le sujet-contrôle peut anticiper la suite du discours et obtenir un enregistrement convenable, pour les exercices plus difficiles, (portions non prévisibles, phrase), les segments enregistrés sont incomplets. Il manque, dans ce cas un ou deux mots selon la vitesse de l'enregistrement.

Avec une mémoire-tampon de 5 secondes, l'apprentissage est plus difficile. Il semblerait que les collégiens aient des difficultés à évaluer ce qui peut être énoncé en 5 secondes et surtout à situer à postériori la portion du discours par rapport à la séquence temporelle de 5 secondes. Si bien, qu'en général, les sujets déclenchent trop tôt le système et les quelques mots (2 à 5) qui précédent le début de la phrase sélectionnée sont enregistrés. a la réécoute ces fragments de phrases rendent l'énoncé moins cohérent et surtout moins compréhensible et cela d'autant plus que le thème de l'enregistrement est peu familier à l'auditeur.

Afin que les notes enregistrées puissent être réutilisées directement par l'élève, il est souhaitable d'éviter l'adjonction de ces portions de discours inutiles . Pour cela, un entraînement plus long serait nécessaire.

En raison des conditions de déroulement des cours dans lesquelles le professeur signale aux élèves les informations à noter, la capacité de la mémoire-tampon est réglée à 2 secondes pour la suite de l'expérimentation.

4 - Expérimentation en situation de cours :

En accord avec le directeur de l'établissement, pour éviter toute perturbation des élèves dont l'emploi du temps est extrêmement chargé, l'étude expérimentale s'est déroulée pendant les deux derniers cours de géographie de l'année scolaire.

Après avoir introduit le sujet du cours, (Le tourisme sur la côte méditerranéenne), l'enseignante expose de façon détaillée la première partie du cours ; elle donne des explications complètes des mots difficiles, aide les élèves à trouver les points de repères sur des cartes grand format pour les amblyopes, en relief pour les aveugles. Le cours est divisé en plusieurs grands points, à la fin des explications données pour chacun d'entre eux, le professeur dicte les idées principales à retenir. Elle lit une phrase complète, puis reprend cette phrase par bribes et à plusieurs reprises jusqu'à ce que les élèves les plus lents aient fini de noter.

Le professeur dicte ensuite la phrase suivante selon le même procédé. Plusieurs idées, titres et sous-titres sont ainsi énoncés, parfois épelés pour les mots difficiles et les noms propres. Le paragraphe suivant est alors expliqué et le résumé dicté. Pour l'élève, le déroulement du cours comporte donc des phases d'écoute alternant avec des phases de prise de notes (dictées).

Les collégiens participant à l'expérience ont pour consigne d'enregistrer uniquement ce qu'ils noteraient et ce que doivent noter leur camarades (en noir ou en braille) pour apprendre le cours. Il leur est conseillé de ne pas prendre de mots superflus qui allongeraient le temps d'écoute inutilement.rappelons que la durée d'un cours est de 1 heure.

5 - Les résultats :

Pour cette étude exploratoire, ne comportant que deux séances de cours, seules, la mesure de la durée de l'enregistrement pour chacun des élèves et l'analyse qualitative du contenu de chaque enregistrement, sont effectuées.

Le tableau 7 présente la durée d'écoute des notes enregistrées par les trois sujets expérimentaux avec les magnétophones à enregistrement différé et par le sujet contrôle avec le magnétophone classique.

TABLEAU 7
	    -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- --
	    I          I  cours 1    I  cours 2     I
	    I          I      en minutes et secondes
	    I          I             I              I
	    I          I             I              I
	    I *sujet 1 I   3 mn 40 s I   3 mn 00 s  I
	    I          I             I              I
	    I *sujet 2 I   4 mn 20 s I   3 mn 02 s  I
	    I          I             I              I
	    I *sujet 3 I   4 mn 00 s I   3 mn 05 s  I
	    I          I             I              I
	    I *sujet 4 I   3 mn 30 s I   2 mn 47 s  I
	    I controle I             I              I
	    -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- --
	

Le tableau 7 montre que la durée de d'écoute des notes enregistrées par les élèves varie légèrement pour les trois sujets utilisant un prototype (noté par *), mais cette durée est nettement inférieure pour les notes enregistrées par l'élève contrôle avec le magnétophone classique (sujet 4).

L'analyse qualitative du contenu des enregistrements explique cette variation.

En effet, les sujets expérimentaux ont tous enregistré des phrases complètes. Ces sujets ont été sélectifs et ont essayé de réduire le temps d'enregistrement au minimum. Toutefois, le sujet 1 a omis d'enregistrer le plan du premier cours : titre des paragraphes, les a, b, c, des sous-titres. Ce sujet n'a pas enregistré volontairement l'épellation de certains mots (qu'elle connaissait pour certains d'entre eux). Ces omissions volontaires ou non expliquent la durée plus faible de l'enregistrement par rapport à la durée des enregistrement des sujet 2 et 3.

Malgré ces quelques omissions,les notes enregistrées par les trois sujets expérimentaux (enregistrement parfait pour le second cours), peuvent être utilisées directement et ne nécessitent pas de retranscription, les points essentiels de l'énoncé étant enregistrés intégralement et le discours étant parfaitement cohérent.

En ce qui concerne le sujet contrôle,qui déclenche l'enregistrement dès les premières paroles, un à deux mots sont souvent perdus en début de phrase.

Citons quelques exemples de mots "perdu" : des articles (un, le, des ...), le mot "après" dans la phrase "Après la seconde guerre mondiale", le mot "soixante" dans "soixante dix millions d'européens.."; "mille neuf cent trente" dans "mille neuf cent trente six : les congés payés.."

Pour réutiliser ces notes, une retranscription avec corrections et compléments d'information s'impose.

6 - Discussion et conclusion :

Pendant le premier cours, les sujets se sont attachés à sélectionner l'information qu'ils enregistrent, considérant comme unité de base la phrase. Les trois collégiens qui ont à leur disposition un magnétophone à enregistrement différé, réussissent parfaitement cette tâche, tandis que l'élève qui possède un magnétophone classique doit procéder à une retranscription pour corriger et compléter les notes enregistrées.

En effet, les pertes répertoriées dans le contenu de l'enregistrement de l'élève-contrôle ne sont pas négligeables.

Quand les mots "perdus" sont des articles, des mots d'introduction, de coordination ou de liaison, la signification de la phrase n'est pas trop perturbée du moins dans les cas rencontrés et la perte d'information est minimale. Mais quand les mots placés en début de phrase expriment une information importante (date, lieu, nombre, complément de temps...) ou modifient le sens d'une phrase, leur élimination ne peut être sans conséquence sur la compréhension et la cohérence de la suite du discours.

Avant le déroulement de la deuxième séance de cours, nous avons donné une appréciation sur le premier enregistrement à chacun des sujets. Nous avons également insisté sur l'importance des indices de plan dans l'organisation et la classification des idées de tout énoncé. Deux des sujets avaient en effet volontairement omis d'enregistrer les indices du plan et parfois même les titres (sujet 1 et sujet contrôle 4).

Pendant le second cours, l'attention de tous les élèves s'est portée à la fois sur l'énoncé des phrases et du plan.

Cette mise au point explique l'excellente qualité de l'enregistrement obtenu par les sujets expérimentaux pour le deuxième cours.

L'élève contrôle, a également bénéficié de ces nouvelles indications et l'effet de l'exercice a modifié ses stratégies d'enregistrement et diminué son temps de réaction (temps entre le début d'une phrase à enregistrer et le déclenchement de l'enregistrement). Toutefois, pour être utilisables, les notes enregistrées nécessitent encore quelques compléments d'information (nom de villes, par exemple). Ces quelques pertes d'information expliquent la différence de 18 à 23 secondes entre la durée des notes enregistrées par ce sujet contrôle et la durée d'écoute des enregistrements des sujets expérimentaux.

Les résultats de cette expérience présentent un intérêt pour l'étude des possibilités d'aide à la prise de notes chez les déficients visuels.

Dans cette classe de quatrième, où les informations essentielles sont dictées aux élèves, la prise de notes au magnétophone est relativement facile dans la mesure où le professeur prévient "maintenant vous pouvez notez". Ainsi avec un élève bien exercé et quelques compléments d'informations, le magnétophone classique pourrait être une aide à ne pas négliger pour l'enfant aveugle accidentel qui ne peut maîtriser le braille avant une longue période d'adaptation ou pour tout enfant déficient visuel ayant des difficultés dans la pratique de l'écriture braille.

La supériorité du magnétophone à enregistrement différé sur le magnétophone classique réside dans sa capacité à mémoriser l'information pendant 2 secondes, lui attribuant ainsi une véritable "capacité d'anticipation" dont est dépourvu le magnétophone classique.

IV - EXPÉRIENCE AVEC DES LYCÉENS

1 - Objectif et problématique :

Si, dans les petites classes, c'est l'enseignant qui dirige l'activité de prise de notes, peu à peu les élèves doivent accroître leur autonomie dans ce domaine. Ainsi, dès la seconde, et parfois plus tôt (selon les établissements), les lycéens doivent sélectionner l'information, c'est-à-dire choisir dans le discours du professeur, les éléments essentiels et pertinents qui se rapportent à un thème donné et qui leur seront utiles pour pouvoir apprendre et restituer cette information.

En outre la quantité d'information à prendre en compte, ne se réduit plus à 4 ou 5 minutes de notes par heure de cours et le débit du professeur est plus rapide.

À partir de la seconde, un bon nombre d'adolescents aveugles et amblyopes sont intégrés dans des classes de voyants et sont forcés de s'adapter au mieux au rythme imposé par le professeur lui-même guidé par le niveau moyen de l'ensemble de la classe.

Compte tenu de ces contraintes supplémentaires : quantité et qualité de l'information à respecter, rythme plus rapide à suivre, le lycéen aveugle intégré dans une classe de voyants pourrait-il bénéficier de l'aide de l'enregistrement dans l'activité de prise de notes ?

Pour évaluer cette possibilité, nous nous sommes placés dans des conditions expérimentales plus difficiles qu'en situation de cours.

En effet, dans notre situation expérimentale, le débit de la parole du locuteur est plus élevé que le débit moyen de parole d'un professeur, et pour les deux premières séances les thèmes proposés sont totalement inconnus des adolescents.

Dans de telles conditions, le magnétophone à enregistrement différé permet-il d'effectuer une sélection correcte de l'information ?

  • - les phrases enregistrées par les lycéens sont-elles complètes et contiennent-elles l'information principale ?
  • - les fragments de phrases et les informations superflues sont-ils réduits au minimum ?
  • - les notes enregistrées mènent-elles à un discours cohérent et compréhensible permettant une utilisation directe de l'enregistrement pour une réécoute ou un apprentissage ultérieur.
2 - Entrevues avec les lycéens et le conseiller d'éducation

Des rencontres avec des lycéens aveugles et amblyopes du lycée polyvalent de Beaupré à Haubourdin, sont organisées dans le but de mettre en évidence les difficultés éventuelles des déficients visuels pour s'adapter au rythme des voyants.

Plusieurs entretiens avec 6 lycéens , deux filles et trois garçons en classe de seconde, un garçon en terminale, ont rapidement orienté les investigations dans le domaine de l'acquisition de l'information.

En effet, les adolescents apprennent rapidement à s'orienter dans l'établissement seuls et à acquérir une autonomie totale de déplacement. La communication avec les professeurs et leurs camarades voyants est relativement aisée et dépend avant tout de la personnalité des uns et des autres. Les principales difficultés des lycéens non voyants résident donc dans l'accès à l'information.

En raison de la lenteur de l'écriture braille pour certains aveugles et des difficultés à se relire, rencontrées par quelques lycéens amblyopes, les lycéens déficients visuels sont tous plus ou moins confrontés aux problèmes posés par la prise de notes. En général, ils sont amenés à compléter leurs informations, le soir, dans le collège spécialisé qui les héberge. En outre, ce collège met à leur disposition les aides techniques et matérielles nécessaires à la transcription en braille de textes imprimés (énoncés de devoirs, sujets de contrôle...). Des séances de soutien et d'aide sont dispensées par une éducatrice spécialisée.

Des professeurs signalent que la prise de notes avec la tablette braille est assez bruyante quand plusieurs élèves aveugles sont placés dans une même salle de cours.

Les lycéens soulignent que les matières présentant le plus de difficultés concernant la prise de notes sont le français, les sciences humaines et les sciences naturelles.

3 - Les séances d'apprentissage :

À la suite des entretiens, 6 lycéens ont accepté d'expérimenter le magnétophone à enregistrement différé. Ces adolescents n'avaient pas eu de problèmes d'audition, mais n'avaient jamais utilisé le magnétophone pour travailler : prendre des notes ou apprendre un texte. Certains avaient utilisé l'enregistrement pour écouter des romans.

Pendant la première séance d'apprentissage, nous suggérons aux lycéens la possibilité de prendre des notes à l'aide d'un magnétophone . Les réactions sont assez variées.

Pour certains, cette idée leur semble totalement dépourvue de vraissemblance et au mieux assez difficile à réaliser ; pour d'autres c'est une idée originale qu'ils aimeraient tenter, mais ils craignent que les enseignants ne soient pas d'accord pour être enregistrés ; pour d'autres enfin l'enregistrement pourrait être d'une grande utilité et faire gagner beaucoup de temps, mais ils se demandent s'il est aussi facile d'apprendre en écoutant les notes enregistrées qu'en lisant (tactilement ou visuellement) les notes écrites.

Malgré des avis partagés, les six adolescents volontaires sont très intéressés par l'expérience. L'histoire du handicap, les difficultés rencontrées et le niveau de réussite scolaire sont très variables selon les sujets.

Pendant la première séance d'apprentissage, le principe du magnétophone à enregistrement différé est expliqué et les exercices décrits antérieurement sont effectués, la mémoire- tampon étant d'abord réglée à 2 secondes, puis à 5 secondes.

Pendant la seconde séance, l'entraînement est complété pour le réglage de la mémoire-tampon à 5 secondes. En effet si la maîtrise du matériel est acquise très rapidement avec la mémoire-tampon réglée à 2 secondes, cette acquisition nécessite un apprentissage plus long avec 5 secondes.

Les différentes étapes de l'expérimentation sont décrites en partie et les tâches qui seront à effectuer sont expliquées en détail dès cette seconde séance.

4 - Expérimentation en laboratoire :
a - Les sujets :

Les trois sujets expérimentaux, deux garçons aveugles et un garçon amblyope et le sujet contrôle (une fille amblyope) ont une moyenne d'âge de 17 ans, s'échelonnant entre 16 ans et 18 ans 3 mois.

Ces quatre adolescents fréquentent deux classes de secondes avec des lycéens voyants. Pour l'un d'entre eux (aveugle) les résultats scolaires sont bons, pour les trois autres moyens (appréciation donnée par le conseiller d'éducation).

b - Le matériel :

Les trois sujets expérimentaux ont chacun à leur disposition un magnétophone à enregistrement différé et le sujet contrôle utilise un magnétophone classique dont les facilités d'accès et de manipulation sont équivalentes à celles des prototypes.

Quatre textes sont enregistrés sur cassette à l'aide d'un magnétophone Sony :

  • - les deux textes a et B sont lus par une même voix masculine dont le débit de la parole est en moyenne de 110 mots par minutes.
  • - les deux textes C et D sont lus par une autre voix masculine dont le débit de la parole est en moyenne de 120 mots par minute (débit de la parole conversationnelle).

Les enregistrements a (Les bonzai) et B (Le chant des oiseaux) sont obtenus à partir d'articles de la revue"ça m'intéresse" (respectivement numéros 50 d'Avril 1985 et 65 de Juillet 1986). La revue et les informations contenues dans ces articles ne sont pas connues par les adolescents.

Les enregistrements C (Les mégalithes : dolmen et menhir) et D (La terre) sont des séquences d'une "revue parlante", envoyée par la Ligue Braille de Bruxelles aux jeunes aveugles qui en font la demande. Ces articles ne sont pas connus par les sujets de notre expérience, mais contrairement aux articles a et B dont les thèmes sont totalement ignorés des sujets, les thèmes des articles C et D sont bien connus des élèves de seconde.

Dans ces quatre articles, les phrases principales (information essentielle opposée à l'information superflue) ont été sélectionnées par la "méthode des juges". Trois personnes (les juges) ont trié séparément les phrases essentielles des phrases superflues, puis se sont consultées pour décider du choix à retenir en cas de litige.

c - La tâche et la consigne :

La tâche consiste à sélectionner et à enregistrer les phrases essentielles d'un discours parlé ( a B C ou D).

La consigne est exposée de la façon suivante :

""Vous allez entendre un texte dont le titre est le suivant (est alors énoncé le titre de l'article enregistré a B C ou D correspondant à la séance en cours).

Vous aurez à enregistrer toutes les phrases que vous estimerez être principales dans ce texte. Pour guider votre choix, vous pouvez considérer comme "principales" toutes les phrases qui apportent une information nouvelle et importante en rapport avec le thème du texte, c'est-à-dire toutes les phrases à partir desquelles vous pourriez obtenir l'information nécessaire à l'élaboration d'un résumé.

Vous ne devez pas enregistrer les idées qui se répètent ou qui contiennent des détails que vous n'estimeriez pas importants à retenir lors d'un apprentissage.

Essayez de n'enregistrer que des phrases complètes. Evitez d'enregistrer des fragments de phrases afin que toutes les portions enregistrées puissent former un énoncé cohérent, c'est-à-dire de telle sorte qu'une personne naïve, ne connaissant pas cet article, puisse comprendre les idées essentielles du texte en écoutant votre enregistrement.""

Pour chaque enregistrement de chaque sujet, le nombre de phrases principales et le nombre de phrases superflues sont répertoriés et comparés aux nombres de phrases principales et superflues du texte d'origine.

d - La passation :

L'expérimentation s'est déroulée en quatre séances. Chaque séance comporte les étape suivantes :

  • - une période de mise en route durant laquelle les sujets doivent sélectionner et enregistrer des portions de discours bien déterminées.
  • - une phase de questionnaire pendant laquelle le titre du texte est d'abord énoncé ; puis quelques questions sont posées à chaque sujet : "Avez-vous déjà entendu parler de cela ? Si oui, que pouvez-vous en dire ? Si non, avez-vous une idée de ce que cela peut être, ou de ce qui peut être dit sur ce thème ?
  • - une phase pendant laquelle la consigne est exposée. Si les sujets le souhaitent quelques explications supplémentaires sont données.
  • - la phase d'expérimentation proprement dite, dont la durée varie selon le temps d'écoute des différents textes, commence alors.

La prise de notes est d'abord effectuée avec une capacité de la mémoire-tampon réglée à 2 secondes, puis à 5 secondes.

Chaque séance expérimentale dure en moyenne une heure. Les quatre séances se sont déroulées sur une période de un mois, à raison d'une séance par semaine.

5 - Les résultats :

Les résultats, (les nombres de phrases principales et superflues pour chaque enregistrement) ont été recueillis uniquement pour les sujets expérimentaux ayant utilisé la mémoire-tampon de 2 secondes. En effet en raison de leurs obligations scolaires, tous les sujets n'ont pu enregistrer tous les textes avec la capacité de la mémoire-tampon de 5 secondes. Toutefois l'analyse qualitative est effectuée pour tous les enregistrements que nous possédons.

Les résultats quantitatifs n'ont pu être exprimés pour le sujet contrôle; la majorité des phrases enregistrées étant incomplètes, le tri correct entre les phrases principales et superflues est pratiquement impossible.

TABLEAUX DE RÉSULTATS

Élèves aveugles et amblyopes en seconde Les thèmes des texte a et B sont inconnus pour les élèves. Ils enregistrent des informations tout-à-fait nouvelles pour eux.

Première séance : TABLEAU 8
	    - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -
	    I                I Texte a I Sujet 1 I Sujet 2 I Sujet 3 I
	    I                I         I         I         I         I
	    I Durée d'écoute I         I         I         I         I
	    I   en secondes  I   625   I   195   I   105   I   292   I
	    I                I         I         I         I         I
	    I nbre phrases   I         I         I         I         I
	    I  essentielles  I    24   I    19   I    14   I    24   I
	    I                I         I         I         I         I
	    I nbre phrases   I         I         I         I         I
	    I  superflues    I    37   I     6   I     2   I    13   I
	    I                I         I         I         I         I
	    I nbre total de  I         I         I         I         I
	    I  phrases       I    61   I    25   I    16   I    37   I
	    - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -
	
Deuxième séance : TABLEAU 9
	    - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -
	    I                I Texte B I Sujet 1 I Sujet 2 I Sujet 3 I
	    I                I         I         I         I         I
	    I Durée d'écoute I         I         I         I         I
	    I  en secondes   I  780    I   285   I   250   I   390   I
	    I                I         I         I         I         I
	    I nbre phrases   I         I         I         I         I
	    I  essentielles  I   29    I    29   I    23   I    29   I
	    I                I         I         I         I         I
	    I nbre phrases   I         I         I         I         I
	    I  superflues    I   63    I    11   I     3   I    25   I
	    I                I         I         I         I         I
	    I nbre total de  I         I         I         I         I
	    I  phrases       I   92    I    40   I    26   I    54   I
	    I                I         I         I         I         I
	    - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -
	

Les thèmes des textes C et D sont connus des élèves. Ils enregistrent des informations qui leur sont familières.

Troisième séance : TABLEAU 10
	    - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -
	    I                I Texte C I Sujet 1 I Sujet 2 I Sujet 3 I
	    I                I         I         I         I         I
	    I Durée d'écoute I   540   I   130   I   168   I   245   I
	    I                I         I         I         I         I
	    I nbre phrases   I         I         I         I         I
	    I  essentielles  I    21   I    12   I    14   I    21   I
	    I                I         I         I         I         I
	    I nbre phrases   I         I         I         I         I
	    I  superflues    I    42   I     2   I     0   I     8   I
	    I                I         I         I         I         I
	    I nbre total de  I         I         I         I         I
	    I  phrases       I    63   I    14   I    14   I    29   I
	    I                I         I         I         I         I
	    - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -
	
Quatrième séance : TABLEAU 11
	    - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -
	    I                I Texte D I Sujet 1 I Sujet 2 I Sujet 3 I
	    I                I         I         I         I         I
	    I Durée d'écoute I   300   I   102   I    83   I   115   I
	    I                I         I         I         I         I
	    I nbre phrases   I         I         I         I         I
	    I  essentielles  I    15   I    14   I    11   I    15   I
	    I                I         I         I         I         I
	    I nbre phrases   I         I         I         I         I
	    I  superflues    I    28   I     1   I     0   I     1   I
	    I                I         I         I         I         I
	    I nbre total de  I         I         I         I         I
	    I  phrases       I    43   I    15   I    11   I    16   I
	    I                I         I         I         I         I
	    - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -
	

Données des 3 sujets transformées en pourcentages par rapport aux paramètres des textes A, B, C et D

1-Pourcentages par rapport au texte A

TABLEAU 12
	    -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -
	    I            Isujet 1  Isujet 2  Isujet 3  I
	    I Durée      I         I         I         I
	    I d'écoute   I 31,2    I 16,8    I 46,72   I
	    I            I         I         I         I
	    I Phrases    I         I         I         I
	    IessentiellesI 79,16   I 58,33   I 100     I
	    I            I         I         I         I
	    I Phrases    I         I         I         I
	    I superflues I 16,22   I  5,4    I 35,13   I
	    I            I         I         I         I
	    I phrases    I         I         I         I
	    I totales    I 40,98   I 26,23   I 60,65   I
	    I            I         I         I         I
	    -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -
	

2-Pourcentages par rapport au texte B

TABLEAU 13
	    -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -
	    I            I Sujet 1 I Sujet 2 I Sujet 3 I
	    I            I         I         I         I
	    I Durée      I         I         I         I
	    I d'écoute   I 36,54   I 32,05   I 50      I
	    I            I         I         I         I
	    IPhrases     I         I         I         I
	    IessentiellesI 100     I 79,31   I 100     I
	    I            I         I         I         I
	    I Phrases    I         I         I         I
	    I superflues I 17,46   I  4,76   I 39,68   I
	    I            I         I         I         I
	    I Phrases    I         I         I         I
	    I totales    I 43,48   I 28,26   I 58,7    I
	    I            I         I         I         I
	    -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- ---- -- --
	

3-Pourcentages par rapport au texte C

TABLEAU 14
	    -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -
	    I            I Sujet 1 I Sujet 2 I Sujet 3 I
	    I            I         I         I         I
	    I Durée      I         I         I         I
	    I d'écoute   I 24,07   I 31,11   I 45,37   I
	    I            I         I         I         I
	    I Phrases    I         I         I         I
	    IessentiellesI 57,14   I 66,66   I 100     I
	    I            I         I         I         I
	    I Phrases    I         I         I         I
	    I Superflues I  4,76   I  0      I 19,05   I
	    I            I         I         I         I
	    I Phrases    I         I         I         I
	    I totales    I 22,22   I 22,22   I 46,03   I
	    I            I         I         I         I
	    -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- --
	

4-Pourcentages par rapport au texte D

TABLEAU 15
	    -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- --
	    I            I Sujet 1 I Sujet 2 I Sujet 3 I
	    I            I         I         I         I
	    I Duréee     I         I         I         I
	    I d'écoute   I 34      I27,66    I 38,33   I
	    I            I         I         I         I
	    I Phrases    I         I         I         I
	    IessentiellesI 93,33   I 78,57   I 100     I
	    I            I         I         I         I
	    I Phrases    I         I         I         I
	    I superflues I  3,57   I  0      I 3,57    I
	    I            I         I         I         I
	    I Phrases    I         I         I         I
	    I totales    I 34,88   I 15,58   I 37,21   I
	    I            I         I         I         I
	    -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- --
	
TABLEAU 16

Temps d'enregistrement : pourcentage du temps d'enregistrement des notes enregistrées par les sujets par rapport à la durée d'écoute des textes a et B.

Indice T : Taux moyen (pour les textes a et B) du nombre de phrases essentielles enregistrées par les sujets par rapport au nombre total des phrases essentielles.

Indice S : Taux moyen (pour les textes a et B) de phrases essentielles enregistrées par chaque sujet par rapport au total des phrases enregistrées.

Données pour texte a + texte B :

	    -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- --
	    I                  I Sujet 1 I Sujet 2 I Sujet 3 I
	    I                  I         I         I         I
	    I Temps ( en mn)   I         I         I         I
	    I d'enregistrement I  33,87  I  24,40  I  48,36  I
	    I                  I         I         I         I
	    I  Indice T (A,B)  I  89,58  I  68,82  I 100,00  I
	    I                  I         I         I         I
	    I  Indice S (A,B)  I  73,85  I  88,10  I  58,24  I
	    I                  I         I         I         I
	    -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- --
	
TABLEAU 17

Données pour Texte C + Texte D :

	    -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- --
	    I                  I Sujet 1 I Sujet 2 I Sujet 3 I
	    I                  I         I         I         I
	    I  Temps (en mn)   I         I         I         I
	    I d'enregistrement I  29,04  I  29,39  I  41,85  I
	    I                  I         I         I         I
	    I  indice T (A,B)  I  75,23  I  72,26  I 100,00  I
	    I                  I         I         I         I
	    I  Indice S (A,B)  I  89,66  I 100,00  I  80,00  I
	    I                  I         I         I         I
	    -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- -- --
	

Fig. 2 : diagrammes (texte A)

Fig. 3 : diagrammes (texte B)

Le thème des textes a et B est inconnu des lycéens. Chaque figure comporte 3 groupes de 4 colonnes pour les sujets 1, 2 et 3.

LEGENDE :

Colonne 1 (en hachures) : Pourcentage du temps d'écoutes des notes enregistrées par rapport au temps d'écoute du texte entier.

Colonne 2 (en pointillés) : Pourcentage du nombre total de phrases enregistrées par rapport au nombre total de phrases dans le texte.

Colonne 3 (en blanc) : Pourcentage du nombre de phrases essentielles enregistrées par rapport au nombre de phrases essentielles du texte.

Colonne 4 (en noir) : Pourcentage du nombre de phrases superflues enregistrées par rapport au nombre de phrases superflues du texte.

Fig. 4 : diagrammes (texte C)

Fig. 5 : diagrammes (texte D)

Les thèmes des textes C et D sont bien connus des lycéens.

Chaque figure comporte 3 groupes de 4 colonnes pour chacun des 3 sujets expérimentaux (1, 2 et 3).

LEGENDE :

La légende est la même que celle des figures 2 et 3.

Fig. 6 : diagrammes (textes a et B)

Fig. 7 : diagrammes (textes C ET D)

Chaque figure comporte 3 groupes de 3 colonnes pour chacun des sujets 1, 2 et 3.

LEGENDE :

Colonne 1 (en noir) : Pourcentage du temps d'écoute des notes enregistrées par rapport au temps d'écoute des 2 textes (a et B pour la figure 6 , C et D pour la figure 7).

Colonne 2 INDICE T (en pointillés) : Pourcentage des phrases essentielles enregistrées par chaque sujet par rapport aux phrases essentielles des textes a et B (Fig. 6), C et D (Fig. 7).

Colonne 3 INDICE S (en blanc) : Pourcentage des phrases essentielles enregistrées par chaque sujet par rapport au nombre total de phrases enregistrées des textes a et B (Fig 6) , C et D (Fig. 7).

La quantité de fragments de discours ou de phrases incomplètes enregistrés par chaque sujet quand la capacité de la mémoire-tampon est 2 secondes, est inférieure à 2 pour cent par rapport à l'ensemble des phrases enregistrées. Ce nombre, considéré comme négligeable, est additionné au nombre de phrases superflues.

Les tableaux 8 et 9 et les tableaux 10 et 11 , dans lesquels sont exprimés pour le texte d'origine et pour les notes enregistrées de chaque sujet, la durée d'écoute de l'enregistrement, le nombre de phrases essentielles, de phrases superflues et de phrases totales, met en évidence trois points essentiels :

  • - la durée d'écoute des notes enregistrées est inférieure à la durée d'écoute des textes originaux ;
  • - le nombre de phrases essentielles semble être relativement important par rapport au nombre de phrases enregistrées et au nombre de phrases essentielles des textes originaux ;
  • - le nombre de phrases superflues est relativement faible par rapport au nombre de phrases essentielles enregistrées et au nombre de toutes les phrases enregistrées.

Pour objectiver ces données, le nombre de phrases essentielles, superflues et totales est respectivement exprimé en pourcentage par rapport au nombre de phrases essentielles, superflues et totales des textes originaux. De plus, les données pour les textes a et B d'une part, les textes C et D d'autre part, sont rassemblées.

Les diagrammes fig 2 et 3 illustrent les données des tableaux 12, 13 et 14 et 15 . Ils différencient les tendances des lycéens par rapport à la sélection de l'information.

Les diagrammes fig 6 et 7 illustrent les données des tableaux 16 et 17 . Ils mettent en évidence la sélectivité des sujets expérimentaux.

6 - Discussion et conclusion :

Cette expérience, réalisée en laboratoire avec quatre lycéens aveugles et amblyopes, s'est déroulée en 6 séances.

Dans les deux premières séances d'apprentissage, il est noté que les lycéens réussissent la sélection et l'enregistrement des séquences, dès les premiers essais, quand la capacité de la mémoire-tampon est de 2 secondes, mais nécessite un apprentissage plus long pour une capacité de la mémoire-tampon de 5 secondes.

Ainsi, bien que plus âgés, les lycéens semblent avoir également des difficultés à évaluer ce qui peut être dit en 5 secondes ou encore à apprécier la durée d'une séquence temporelle de 5 secondes.

L'analyse qualitative des notes enregistrées à partir du texte A, quand la mémoire-tampon est réglée à 5 secondes, souligne aussi cette difficulté. En effet, les notes enregistrées par les sujets expérimentaux pour une seconde écoute du texte a avec une mémoire-tampon de 5 secondes, contiennent beaucoup plus de phrases incomplètes (plus de 5 pour cent) que les notes enregistrées avec la mémoire-tampon de 2 secondes.

Les réponses aux questions posées sur les impressions et les stratégies des sujets traduisent que les élèves ont des difficultés à "localiser" une portion de discours dans une séquence temporelle, si cette séquence temporelle est supérieure à 2 secondes.

La prise de notes enregistrées ou écrites implique les mécanismes de l'attention,de la perception et de la mémoire. Elle nécessite à la fois la compréhension du discours et une prise de décision concernant les derniers mots énoncés :

  • - apportent-ils des éléments importants ?
  • - constituent-ils une information essentielle et pertinente par rapport à l'ensemble de l'énoncé précédemment émis, par rapport au thème du cours et aux connaissances antérieures de l'élève ?

Les mots prononcés par le professeur sont retenus par l'élève en mémoire à court terme dont la capacité est limitée. Cette limitation concerne d'une part le nombre des éléments stockés (5 à 6) et d'autre part la durée de la rétention : "l'oubli en mémoire à court terme tient autant d'une dégradation due au temps, que d'une interférence produite par la présentation de matériel nouveau" (Lindsay et Norman 1980, p. 315 à 318).

Nous rappelons que la mémoire à court terme se rapporte à l'étape où sont conservées pendant un temps relativement bref les informations dont le sujet a besoin temporairement ou qu'il essaie d'organiser pour être stockées de façon permanente.

Or, la trace mnésique de la mémoire à court terme se dégrade rapidement (qualitativement et quantitativement) après 2 secondes de rétention.

Dans notre expérience, il semble que la capacité réglée à 2 secondes de la mémoire-tampon du magnétophone à enregistrement différé est particulièrement bien adaptée à la capacité de rétention de la mémoire de travail des sujets expérimentaux. Ce qui expliquerait pourquoi les sujets ont des difficultés dans la prise de notes quand la mémoire- tampon du prototype est réglée à 5 secondes.

Etant donné le débit de la parole du locuteur (en moyenne de 120 mots par minutes) pour les textes présentés aux sujets de l'expérience, 4 à 5 mots sont émis pendant ce laps de temps de 2 secondes. Ainsi, la facilité avec laquelle tous les élèves ont pu utiliser le magnétophone à enregistrement différé quand la mémoire-tampon est réglée à 2 secondes, semble être expliquée par la limitation (dans le temps et dans le nombre d'éléments retenus) de la capacité de la mémoire de travail.

Les 5 premiers mots d'une phrase sont-ils suffisants pour juger la valeur de cette phrase ? Compte tenu des résultats obtenus avec les trois sujets expérimentaux, il semblerait que le magnétophone à enregistrement différé ait permis une sélection convenable de l'information. En effet, pour les textes a et B dont les thèmes sont totalement inconnus des lycéens, l'indice T, représentant le taux de phrases essentielles enregistrées par rapport au nombre de phrases essentielles du texte est en moyenne de 86 pour 100 (variant de 69 à 100 pour 100 selon les sujets) ; l'indice S représentant le taux de phrases essentielles enregistrées par rapport au nombre de phrases totales enregistrées par les sujets est en moyenne de 73 pour 100 (variant de 58 à 88 pour 100 selon les sujets). Ces données prouvent que les sujets ont procédé à une sélection de l'information. La comparaison des deux indices met en évidence une plus grande sélectivité chez le sujet 2 et une moindre sélectivité chez le sujet 3. De plus la comparaison des indices T et S pour les textes a et B d'une part et les textes C et D d'autre part montrent que ces indices sont plus élevés pour les textes dont les thèmes sont bien connus des lycéens : la sélection des notes enregistrées est meilleure quand le thème du discours est familier pour l'élève.

D'un point de vue qualitatif, pour les trois sujets expérimentaux qui utilisent le magnétophone à enregistrement différé, toutes les phrases enregistrées sont complètes à quelques exceptions près. L'analyse des portions de phrases et le questionnaire des sujets ont montré qu'en fait les fragments sont des propositions entières ayant une signification et contenant des éléments informatifs que le sujet souhaite conserver. En outre présentés à des sujets "naïfs", ne connaissant pas les textes originaux, les différents enregistrements condensés sont jugés cohérents et compréhensibles (présentant une suite d'idées logiques);

En ce qui concerne les enregistrements du sujet contrôle, utilisant un magnétophone classique, la plupart des phrases sont incomplètes : un à trois mots sont absents en début de phrase, donnant à celle-ci une signification différente ou la rendant peu compréhensible. De plus,la succession de ces portions de phrase produisent un enregistrement hâché et incohérent, rendant la majorité du discours enregistré incompréhensible. En outre cette succession de fragments de phrases a rendu impossible l'analyse quantitative des enregistrements.

Après quelques minutes de pratique, les sujets expérimentaux disaient "se sentir plus détendus pour réfléchir à la phrase à enregistrer".

V - CONCLUSION

Nos investigations et les expériences en situation de cours et de laboratoire effectuées avec des collégiens et des lycéens aveugles et amblyopes, ont validé notre hypothèse sur la mémoire à court terme d'une part et ont prouvé d'autre part que l'enregistrement pourrait être un moyen de prendre des notes.

En ce qui concerne la mémoire à court terme, deux explications semblent justifier nos résultats. La première est le choix de la capacité de la mémoire-tampon du magnétophone à enregistrement différé qui a été guidé par les résultats des recherches sur la mémoire de travail : la plupart des auteurs situent la limite temporelle de la mémoire à court terme entre 1,5 et 2 secondes. La deuxième est associée au nombre de mots émis par le locuteur en 2 secondes. Le locuteur, ici le professeur en situation de cours, émet au maximum 6 mots en 2 secondes, ce qui est en accord avec le chiffre 7 plus ou moins 2 de Miller. La combinaison de ces deux facteurs, c'est-à-dire le respect des conditions de limitation temporelle et de limitation du nombre des éléments de la mémoire à court terme, justifie la facilité avec laquelle les sujets ont utilisé le magnétophone à enregistrement différé dans une condition de prise de notes. Par ailleurs, l'existence d'une boucle articulatoire associé au niveau cognitif du traitement de la parole introduirait un autre facteur : la vitesse de la parole ( Baddeley, Thompson et Buchanan 1975, Baddeley 1986). L'empan mnésique serait fonction linéaire du taux de prononciation du sujet (Baddeley 1986, Hulme et al. 1984, Schweickert et Boruff 1986 ). Nous étudierons plus particulièrement ce facteur dans le quatrième chapitre.

En ce qui concerne l'application de notre étude, bien qu'elle ait un caractère essentiellement exploratoire, elle met en évidence les avantages du magnétophone à enregistrement différé.

Ce matériel permet en effet de sélectionner de façon plus précise et plus sûre, sans perdre d'informations les phrases que l'étudiant souhaite conserver. Cette technique a de plus l'avantage de pouvoir suivre aisément le rythme du locuteur.

Il est à noter que les notes enregistrées par les collégiens et les lycéens peuvent être utilisées directement pour un apprentissage ultérieur ou une révision. En ce qui concerne le magnétophone classique, quelques manipulations supplémentaires (définies précédemment) sont nécessaires pour permettre l'utilisation des notes enregistrées.

Le magnétophone à enregistrement différé nous semble être un matériel d'un grand intérêt pour tous ceux qui ont besoin de sélectionner rapidement une information orale.

D'un point de vue théorique, des recherches sur la lecture et l'apprentissage par "l'écoute" pourrait intéresser les domaines de la psychologie cognitive et la psycho-pédagogie.

Sur un plan pratique, il serait très profitable d'étudier la possibilité d'utiliser ce mode d'apprentissage. Bien que l'utilisation de l'enregistrement ne nous semble pas être une panacée pour l'enseignement de tous les déficients visuels, le magnétophone pourrait être une aide précieuse pour tous les aveugles accidentels et les amblyopes confrontés à des difficultés insurmontables dans l'utilisation du braille.

Dans le chapitre suivant, , nous nous proposons d'étudier " la parole comprimée et l'écoute rapide" qui pourrait être un mode d'apprentissage efficace pour l'aveugle (Foulke et Stitch, 1969).

VI - RÉSUMÉ

Même si les étudiants aveugles ont pu acquérir une base de connaissances suffisamment solide et riche, pour pouvoir prolonger leurs études, ils sont confrontés à un problème majeur qui est celui de la lenteur de l'acquisition de l'information.

L'œil est l'organe sensoriel qui apporte la plus grande quantité d'informations à un moment donné. Le champ perceptif visuel très étendu permet une perception simultanée des objets. De par sa simultanéité, l'approche visuelle facilite l'anticipation, la préparation à l'action et assure ainsi la rapidité et la précision d'une action ou d'un comportement. En revanche, la perception tactile qui est une réorganisation des sensations fragmentées dans l'espace et successives dans le temps est considérablement plus lente.

Pour un temps de lecture donné, un lecteur aveugle qui lit le braille couvre trois fois moins de texte qu'un lecteur voyant qui lit les caractères imprimés (Myers 1978, Krueger 1982). Un lecteur expérimenté lit avec les yeux environ 300 mots par minutes, alors qu'un lecteur aveugle lit avec les doigts environ 100 mots par minutes (Foulke 1982, Nollan et Késéris).

L'écriture braille avec poinçon présente également cette caractéristique de lenteur par rapport à l'écriture avec crayon. De plus la tablette et le poinçon sont assez bruyants lorsqu'ils sont utilisés par plusieurs étudiants dans une même salle de cours. En outre l'écriture braille permet plus difficilement la correction, la rectification, l'annulation ou l'adjonction d'une note dans le texte écrit(Postel 1972).

La TECHNIQUE DE PRISE DE NOTES

Plus le niveau est élevé dans le cursus scolaire et universitaire, plus la quantité d'information à acquérir s'accroît. C'est pourquoi, au fur et à mesure de l'évolution des études, la technique de prise de notes occupe une place de plus en plus importante.

Dans les petites classes, c'est l'enseignant qui gère et organise cette activité de prise de note. Peu à peu le professeur devient moins directif et les lycéens, puis les étudiants doivent accroître leur autonomie dans ce domaine. Il leur faut sélectionner l'information et choisir dans le discours du professeur les éléments essentiels et pertinents qui se rapportent à un thème donné et qui leur seront utiles pour pouvoir apprendre et restituer cette information.

De la quantité, et surtout de la qualité des notes prises, dépendra essentiellement la réussite aux examens.

LE MAGNÉTOPHONE À ENREGISTREMENT DIFFÉRÉ

Pour que l'élève ou l'étudiant aveugle, intégré dans une classe de voyants puisse suivre le rythme imposé par le débit du cours, une solution avantageuse est l'utilisation d'un magnétophone.

Une étudiante aveugle a expérimenté en psychologie le magnétophone à "enregistrement différé". Ce système permet de n'enregistrer que les parties importantes du cours, c'est-à-dire d'enregistrer des notes. L'intérêt d'une phrase ou d'une idée n'est perçu par l'auditeur qu'à postériori, et donc seulement après son émission par le locuteur. Dans ces conditions, l'auditeur ne peut l'enregistrer sur bande magnétique que s'il en dispose dans une mémoire, car il a besoin d'un temps de réflexion et de décision.

L'insertion d'une mémoire numérique, d'un codeur et d'un décodeur à modulation delta dans la chaîne d'enregistrement d'un magnétophone, c'est-à-dire entre le microphone et la tête d'enregistrement, permet d'obtenir un magnétophone à enregistrement différé. Grâce à une commande marche-arrêt, l'utilisateur transfère sur la bande magnétique les informations contenues dans la mémoire-tampon. Ainsi, selon la capacité de la mémoire-tampon, variable de 2 à 20 secondes, les quelques mots ou les quelques phrases émises avant l'appui sur la commande marche-arrêt sont enregistrés sur la bande magnétique. L'utilisateur dispose, suivant le réglage, de 2 à 20 secondes, pour décider d'enregistrer ou non l'information émise durant ce laps de temps.

Cette technique permet de procéder directement à une sélection de l'information rapide en situation de cours.

LES EXPÉRIENCES AVEC LE MAGNÉTOPHONE À ENREGISTREMENT DIFFÉRÉ

1- Les premières expériences furent effectuées en 1985 avec des élèves de quatrième, handicapés physiques. La capacité de la mémoire-tampon était réglée à 5 secondes. Selon les auteurs, les élèves étaient peu sélectifs et avaient des difficultés à évaluer ce qui pouvait être dit en 5 secondes.Après apprentissage et expérience en situation de cours, les auteurs avaient conclu que le magnétophone à enregistrement différé pouvait permettre une sélection et un stockage de l'information essentielle satisfaisant . Mais les élèves devaient procéder à une retranscription du cours, pour éliminer les informations superflues et les phrases incomplètes (Capelain et al.1985, Canivet et al. 1984, Ledru et Sizaire 1985, Steenkeste et al. 1985).

2- Une étudiante aveugle a enregistré, avec un magnétophone classique, tous les cours de psychologie suivis à l'Université de Lille III entre 1982 et 1987. Elle a constaté :

  • - Selon le débit de la parole et la redondance du texte, le temps d'enregistrement d'un cours peut être réduit environ de moitié. Ce qui réduit d'autant le temps d'écoute ultérieur.
  • - a l'aide d'un second enregistrement en répétant les phrases bout à bout plus rapidement, il est encore possible de réduire le temps d'écoute de 50 pour cent.
  • - Toutefois, pour chaque déclenchement de l'enregistre ment, les premiers mots d'une phrase sont perdus. Ce qui peut modifier ou rendre inaccessible la signification de la phrase.
  • - Il est possible de pallier cet inconvénient en superposant à l'enregistrement en cours le début de la phrase. Cela représente une charge mentale supplémentaire pendant l'écoute du cours et lors de son ré-enregistrement ultérieur.
  • - Avec le magnétophone à enregistrement différé utilisé en 1986, 1987, ces problèmes trouvent une solution :
  • - En réduisant la capacité de la mémoire-tampon à 2 secondes, il est possible d'enregistrer des phrases complètes de sélectionner les phrases à enregistrer sans perte d'information.
  • - Avec une bonne sélection et des énoncés rapides, les notes (enregistrement condensé) peuvent être conservées pour une utilisation ultérieure. Ce qui permet d'éviter la retranscription.

3- Une expérience avec des élèves de quatrième aveugles

et amblyopes est réalisée en situation de cours. L'apprentissage du système avec une capacité de la mémoire-tampon réglée à 2 secondes est plus facile qu'avec une mémoire-tampon réglée à 5 secondes.Pour un cours de géographie d'une heure le temps d'écoute de l'enregistrement sélectionné est de 5 minutes en moyenne.Pour 2 des élèves, l'enregistrement très correct ne nécessite pas de retranscription. Pour la troisième, l'enregistrement des phrases est correct, mais elle a omis de prendre le plan du cours.L'élève contrôle, qui utilise un magnétophone classique a perdu le début de certaines phrases. Ce qui se traduit par des pertes d'information importantes : dates, chiffres, noms propres. Il est nécessaire d'apporter un complément d'informations pour pouvoir utiliser cet enregistrement.

4- Une expérience avec quatre élèves aveugles et amblyopes d'une classe de seconde est réalisée en laboratoire.Cette expérience s'est déroulée pendant 6 séances. Lesdeux premières sont des séances d'apprentissage avec une capacité de la mémoire-tampon de 2 et 5 secondes. Dans les deux suivantes, les élèves doivent enregistrer les idées principales de deux textes dont le thème leur est inconnu. Dans les deux dernières séances, les sujets doivent enregistrer les phrases principales de deux textes dont le thème leur est familier.Les résultats montrent que tous les élèves sont capables de sélectionner les idées essentielles d'un texte. Cette sélection est d'autant plus satisfaisante que le thème de l'énoncé est plus familier.Pour les trois sujets qui utilisent le magnétophone à enregistrement différé, les phrases de l'enregistrement "condensé" sont complètes et peuvent être utilisées pour un apprentissage ultérieur.Pour l'enregistrement du sujet contrôle, les phrases sont incomplètes. De ce fait, la signification est modifiée et l'énoncé devient incompréhensible et n'est pas utilisable pour un apprentissage ultérieur.

La technique de l'enregistrement sélectif, rendue plus confortable et plus efficace grâce à l'utilisation du magnétophone à enregistrement différé, permet :

1- de sélectionner rapidement l'information et d'être ainsi compétitif par rapport à l'étudiant voyant dans une condition de prise de notes,

2- d'effectuer ultérieurement un travail d'analyse et de synthèse sur les notes enregistrées ; ce qui peut améliorer la compréhension et l'apprentissage du cours.

3- de réduire et de condenser un texte enregistré ; ce qui réduit le temps d'écoute pendant la période de révision.

4- d'écouter éventuellement la version condensée à vitesse rapide; de ce fait la durée d'écoute de l'étudiant aveugle sera équivalente à la durée de lecture de l'étudiant voyant (voir chapitre 4).

Ces expériences ont mis en évidence l'influence de la capacité de la mémoire de travail dans l'activité de prise de notes. En effet, l'utilisation du magnétophone à enregistrement différé est rendue plus difficile pour un réglage de la mémoire-tampon supérieur à 2 secondes. Ce résultat peut être expliqué par la limitation de la capacité de la mémoire de travail qui se situe approximativement à 2 secondes.


 


Au sommaire de la thèse

  1. Présentation de la thèse
  2. CHAPITRE 1 : LENTEUR DANS L'ACQUISITION DES CONNAISSANCES CHEZ L'AVEUGLE
  3. CHAPITRE 2 : L'ÉCOUTE ET LE TRAITEMENT DE L'INFORMATION PARLÉE
  4. CHAPITRE 3 : LA PRISE DE NOTES
  5. CHAPITRE 4 : LA PAROLE COMPRIMÉE ET L'ÉCOUTE RAPIDE
  6. CHAPITRE 4 : LA PAROLE COMPRIMÉE ET L'ÉCOUTE RAPIDE - Section II
  7. CHAPITRE 4 : LA PAROLE COMPRIMÉE ET L'ÉCOUTE RAPIDE - Section III
  8. CHAPITRE 5 : LA SYNTHÈSE VOCALE DANS LES NOUVELLES TECHNOLOGIES

Fac ut videam (Faites que je vois)
Le mot latin Fac écrit en braille. 
Le mot latin Ut écrit en braille. 
Le mot latin Videam écrit en braille.

Éphéméride du jour

Aucune éphéméride en déficience visuelle pour aujourd'hui.

Saviez-vous que :

Au Québec, le nombre de jeunes handicapés visuels âgés de 5 à 21 ans est estimé, dans certains programmes gouvernementaux, à 5135 individus.

TyphloPensée

« La perspective ne permet pas aux aveugles de voir. »

Georg Christoph Lichtenberg - Aphorismes

Étymologie

Typhlophile tire sa racine de « typhlo » d'origine grecque et qui veut dire « cécité »; et « phile » veut dire ami, sympathisant, etc. Donc, Typhlophile veut dire l'ami des aveugles.

Un clin d'œil vers :

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DERNIÈRE MISE À JOUR DU SITE 20 janvier 2012
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